Des mets et des vins à Blienschwiller : le Double Rendez-Vous des Saveurs 2017

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N’aimant ni les commémorations morbides ni la musique qui marche au pas – mais je comprends parfaitement la ferveur des anciens lorsqu’il s’agit de célébrer la fin des combats de la seconde guerre mondiale sur le sol européen – je suis toujours très heureux de pouvoir profiter de ce jour férié pour participer au « Double rendez-vous des Saveurs » organisé par le Syndicat d’Initiative de Blienschwiller.

On déguste de petits plats préparés par des chefs cuisiniers et on partage quelques verres de vin offerts par les vignerons du village…c’est une façon comme une autre de fêter la paix non !
Hoppla c’est parti !

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Il est 13H30 et les participants attendent leur laisser passer et leur verre pour commencer leur promenade gourmande.

La première halte nous permet d’inaugurer notre verre avec un verre de crémant choisi parmi une sélection de bouteilles fournies par les vignerons de Blienschwiller.

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Début de notre circuit gourmand avec un verre de crémant.

Après ces bulles apéritives nous partons pour un parcours de 9 étapes gustatives qui vont nous proposer de tester 9 accords entre des plats préparés en direct par des chefs-cuisiniers et des vins sélectionnés par les vignerons du village.

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L’opération « Double rendez-vous des saveurs » 2017 est lancée : les rues de Blienschwiller se vident…

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…et les cours vigneronnes se remplissent.


1. Domaine Hubert Meyer : Riesling Grand Cru Winzenberg 2014

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Ceviche de saumon et maquereau et son espuma à la citronnelle réalisé par Philippe Gervasi« Auberge du Neuland » à Colmar.

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Le premier vin que nous dégustons est un riesling Grand Cru qui séduit par sa prestance et sa facilité d’accès.
J’aime son aromatique discrète mais bien franche, son équilibre très droit, sa matière généreuse et sa finale saline qui laisse persister longuement de belles notes de pomelo.
Cette verrine qui associe des saveurs marines très prononcée et la délicate fraîcheur de la citronnelle a trouvé un interlocuteur de choix avec ce riesling charnu et structuré qui a bien résisté à la puissance aromatique de cette préparation.
Très bel accord avec un vin étonnant qui a fini par imposer son caractère vif et fruité.

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Les artistes sont également présents dans les cours vigneronnes comme Laurent Bessot, célèbre pour ses peintures au vin rouge.

 

2. Domaine Jérôme Meyer : 50 Nuances de Gris 2016

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Maquereau, fenouil et aneth réalisé par Xavier Jarry « La Fabrique » à Schiltigheim.

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Réalisé à partir de raisins de pinot gris pressés après une macération de 72 heures en grappes entières ce rosé surprenant nous séduit par son fruité charmeur (notes d’abricot frais, de nectarine…) et sa présence en bouche pleine d’énergie : la matière est dense avec une texture un peu granuleuse et la finale fraîche et sapide révèle de beaux amers minéraux.
Cette préparation délicate et raffinée avec un poisson de caractère adouci par de fines nuances anisées a permis un accord complexe et original avec cette interprétation très particulière de pinot gris : l’harmonie gustative s’est imposée avec une grande évidence en faisant résonner à l’unisson les amers nobles du vin et du plat.
Une création vinique surprenante qui montre un réel potentiel gastronomique.

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Xavier Jarry à l’œuvre dans sa cuisine de campagne

 

3. Domaine Benoît Frey : Gewurztraminer 2014

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Bruscheta de légumes du soleil grillés au chorizo et tuile au parmesan réalisé par Christophe Knecht« Eveillez vos Papilles » chef à domicile à Epfig.

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Le seul gewurztraminer de la journée s’exprime avec un grand classicisme et une simplicité quelque peu déconcertante : épicé avec une structure ample, un équilibre sec et une finale bien glissante.
Face à ce plat qui semblait à priori difficile à marier – avec ses légumes grillés et son chorizo bien épicé – ce vin a pris du volume et de la prestance tout en intensifiant son expression aromatique.
Un gewurztraminer galvanisé et vraiment grandi par cette bouchée…accord magique !

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Benoît Frey à l’accueil et au service

 

4. Domaine Spitz et fils : Riesling Prestige 2015

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Saumon mariné à la betterave façon gravlax, choucroute croquante aux noisettes et mousse au raifort réalisé par Olivier Juan« Traiteur du Moenchberg » à Eichhoffen.

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Né durant un millésime très chaud, ce riesling assume pleinement sa nature généreuse en posant une matière riche et épanouie en bouche. Son expression aromatique est encore un peu retenue avec une palette délicate sur les fleurs et la pierre chaude mais sa finale bien sapide laisse le palais frais et dispos.
Ce plat qui associe un saumon adouci par la betterave et un accompagnement plutôt dynamique – un chou qui craque sous la dent et un raifort qui réveille les papilles – montrait un caractère peu enclin à s’entendre avec ce riesling doux et suave et pourtant cet accord construit sur le contraste a parfaitement fonctionné…comme quoi il ne faut jamais hésiter à « oser » avec les vins d’Alsace !

 

5. Domaine du Racème : Pinot Noir Rosé 2015

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     Foie gras au chorizo, espuma de maïs et pop-corn réalisé par Sacha Bender « Le Freiberg » à Obernai.

Le pinot noir rosé né sur un terroir sablonneux s’exprime de façon classique et attendue en délivrant une palette fruitée fraîche et gourmande sur la groseille et la fraise avant de nous régaler en bouche par sa matière longiligne et sa finale bien tonique.
Face à cette préparation culinaire avec des saveurs complexes et une texture bien grasse, ce vin simple et désaltérant joue avec bonheur sur le registre du contraste pour construire un accord original mais parfaitement équilibré.
J'ai l'impression que nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

 

6. Domaine Claude et Jean-Paul Straub : Pinot Noir 2013

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Burger d’effiloché de canard, oignons confits, courgette et sauce 12 épices réalisé par Sylvie Grucker« Le Pressoir de Bacchus » à Blienschwiller.

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Ce pinot noir qui s’exprime de façon très discrète au nez en laissant deviner une palette pure et raffinée. En bouche la matière charnue et concentrée est structurée par une ligne acide bien tendue et un maillage tannique très fin. La finale s’étire et se tend en laissant persister de beaux aromes fumée et épicés.
Les saveurs douces et harmonieuses de ce burger très original s’accordent facilement avec ce pinot noir plein et équilibré : il y a une douceur partagée en milieu de bouche mais en finale c’est la tonicité du vin qui domine en laissant le palais frais et dispos…et prêt pour la seconde bouchée. MIAM !

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Sylvie Grucker qui dresse ses petits hamburgers très originaux

 

7. Domaine René Bohn et fils : Sylvaner Blienschwiller 2015

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Brochette d’esturgeon flambée à l’alcool de cumin et risotto à l’ail des ours réalisé par Marie-Christine Herment « Auberge aux Deux Clefs » à Lièpvre.

Le sylvaner s’exprime de façon classique avec une franche bonhommie et une fraîcheur réjouissante mais sa présence en bouche révèle néanmoins une belle consistance.
Face à ce plat fort en goût avec un poisson libérant de puissantes effluves marines et un risotto bien aillé, je pensais que le vin allait rendre les armes dès la première gorgée mais à ma grande surprise, ce sylvaner a parfaitement relevé le défi en jouant le contrepoint avec une belle facilité et se payant même le luxe de dominer la finale.
Décidément, le sylvaner m’étonnera toujours !

 

8. Domaine François & Pierre-Yves Meyer : Muscat 2015

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Brochette de volaille aux épices espagnoles, velouté citronnelle-cardamome et sésame grillé réalisé par Geoffrey Lagneau « A la Ville de Strasbourg » à Epfig.

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S’exprimant avec l’exubérance et la gourmandise qu’on attend tous d’un muscat, cette cuvée du domaine Meyer nous flatte les sens avec beaucoup de spontanéité tout en révélant une belle présence en bouche avec une matière charnue et une finale intense et bien salivante.
Voilà un muscat que j’aurai bien siroté à l’apéritif mais qui s’est montré très à l’aise face à cette préparation culinaire élégante aux subtils arômes épicés.
C’est un vin qui séduit par ce côté caractéristique du cépage mais qui possède une structure et un corps qui lui confèrent un vrai potentiel gastronomique.

 

9. Domaine Hubert Metz : Pinot Gris Grand Cru Winzenberg 2014

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Ballotine de volaille aux champignons et émulsion d’asperge réalisé par Yohann Nicod « L’Endroit » à Strasbourg.

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Comme me le disait Céline Metz lorsque nous avons parlé ensemble de ce Grand Cru « le Winzenberg n’est pas un grand terroir pour les pinots gris, mais chaque année on découvre quelques réussites surprenantes lors de la dégustation organisée par notre Gestion Locale » et cette cuvée 2014 confirme parfaitement cette affirmation : c’est un vin charnu avec un équilibre sec, une structure élégante et une finale marquée par une belle trame saline.
La bouchée préparée Yohann Nicod nous a caressé les papilles avec ses arômes délicats et sa texture très sensuelle…dans cet environnement gustatif doux et suave le pinot gris a joué en terrain conquis pour créer un accord ton sur ton vraiment impeccable. MIAM !

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Céline Metz qui sert son pinot gris Grand Cru.

 

Pour conclure :

Depuis 6 ans, le village de Blienschwiller célèbre le 8 mai en invitant les amateurs de bons vins et de bonne chère à faire un petit circuit reliant une dizaine de cours vigneronnes où nous sommes invités à tester des accords gastronomiques entre un vin d’Alsace et une création culinaire préparée in-situ par un chef cuisinier.
Les chefs et les vignerons se sont concertés pour imaginer des possibilités d’associations gourmandes entre des mets et des vins de Blienschwiller…et comme chaque année ces mariages, classiques pour certains et plus originaux pour d’autres, ont été parfaitement réussis.
Bravo à tous ceux qui ont œuvré pour nous offrir ce joli festival papillaire !

La série de vins présentés ce jour – dans des verres bien plus sympathiques que les modèles INAO des années précédentes – a révélé un niveau qualitatif très homogène avec quelques bouteilles qui se sont particulièrement distinguées comme le surprenant pinot gris de Jérôme Meyer, une cuvée expérimentale un peu déstabilisante mais diablement séduisante, ou le pinot gris Grand Cru Winzenberg de Céline Metz, sûrement le vin le plus abouti de cette courte sélection.
Ma mention spéciale ira au riesling Grand Cru Winzenberg de Hubert Meyer, un vin plein et charmeur pour un rapport Q/P tout à fait exceptionnel.

Comme chaque année les associations gustatives proposées pour cette édition 2017 se sont toutes révélées particulièrement harmonieuses…même note qu’en 2016 : 9/9 avec les félicitations du jury !!!

A titre personnel j’ai envie de mettre en avant deux propositions d’accord, non parce qu’elles étaient plus réussies que les autres mais parce qu’elles ont constitué de vraies surprises avec tout d’abord ce gewurztraminer du domaine Frey qui a réagi de façon étonnante face à une tartine aux accents méditerranéens et pour suivre le muscat du domaine Meyer qui a montré un vrai caractère gastronomique face à un plat complexe et raffiné.
Décidément, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise quand on invite un vin d’Alsace à table !

Merci Blienschwiller et vivement l’édition 2018 !!!

Commentaires (2)

1. pierre_radmacher (site web) 04/06/2017

Désolé...je vais corriger immédiatement cette erreur.

Pierre

2. Frey Benoît 04/06/2017

Dommage il y a une erreur dans le dernier paragraphe. Le gewurztraminer devait être du domaine Frey, le domaine Straub proposait un Pinot Noir.

Salutations

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