Les 3 Grands Crus de Ribeauvillé selon Eric Kientzler

LES GRANDS CRUS DE RIBEAUVILLE...


Après une longue pause dans cette quête qui me permet découvrir les secrets des Grands Crus alsaciens, je me suis rendu compte que si je n’accélérais pas ma cadence de travail je n’arriverai pas au bout de mon projet d’apprendre à mieux vous faire connaître tous les terroirs classés de notre vignoble.
Mais avec mon arrivée à Ribeauvillé je vais pouvoir faire « d’une pierre, trois coups » et profiter de la présence de 3 Grands Crus sur le ban communal de ce village pour rattraper un peu mon retard.
Comme pour les Grands Crus d’Andlau, c’est un vigneron du village qui va m’aider à déchiffrer les subtiles nuances qui distinguent ces 3 terroirs voisins : c’est parti pour l’étude du Geisberg, de l’Osterberg et du Kirchberg de Ribeauvillé en compagnie d’Eric Kientzler.

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Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


Situé au pied du massif vosgien et en plein cœur du vignoble alsacien,
Ribeauvillé compte parmi les plus beaux villages de notre région.
C’est une cité chargée d’histoire qui fait partie aujourd’hui des hauts-lieux touristiques de la Route des Vins d’Alsace.

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Ribeauvillé en mars 2025

Comme toujours le nom de ce village a changé de nombreuses fois depuis sa première apparition dans un texte officiel en 768.
Dans « La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace », M.P. Urban répertorie une longue série de toponymes avérés : Ratbaldovillare en 768, Ratpoldesvillare en 896, Rapolswilr en 1162 et Raprehtsvilare en 1219 pour les formes germaniques, Rabaviler en 1287, Rebauvilleirs en 1351 pour les formes romanes. Par la suite on retrouve une alternance entre toponymes français (Ribauvillers) et germaniques (Rappolsweiller ou Rappschwihr).
La version la plus crédible de l’origine du toponyme nous est proposée par M.P. Urban : « du suffixe villa, précédé d’un nom d’homme germanique, Ratbald » et le nom français serait le résultat d’un ensemble de déformations phonétiques dans le temps comme d’ailleurs le passage « Ribauvillers » à « Ribeauvillé » est probablement du à des erreurs orthographiques qui ont perduré.

Des fouilles entreprises dans le secteur de Ribeauvillé ont apporté des éléments qui prouvent que le site était occupé par des humains depuis le néolithique.
La civilisation celtique a également laissé des traces – notamment des poteries – qui attestent d’une présence sur ces lieux jusqu’à l’arrivée des romains au cours du premier siècle après J.C.
C’est ainsi que de nombreux historiens s’accordent à dire que Ribeauvillé doit son nom à une ancienne villa gallo-romaine située à l’est de la Ville.

Au Moyen-âge, Ribeauvillé devient le siège de la Seigneurie de la famille des Ribeaupierre qui fera construire les 3 châteaux forts dont les ruines dominent encore aujourd’hui la cité et les collines environnantes.

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Les 3 châteaux de Ribeauvillé

Malgré leur consonance très proche, le nom de cette famille et le nom de la ville n’auraient pas de rapport direct puisque le nom « Ribeaupierre » serait issu du nom germanique « Rappoltstein » qui désignait la colline sur laquelle était construite le donjon de la première forteresse que les seigneurs de Ribeaupierre ont agrandi durant de longues années pour en faire ce château impressionnant et majestueux, qu’on nomma tour à tour « Rappolstein », « Gross Rappolstein », « Ulrichsburg » et « Saint Ulrich ».
Par la suite les Ribeaupierre firent construire deux autres forteresses sur la même colline : le « Haut Ribeaupierre » aux XIème et XIIème siècles et le « Girsberg » au XIIIème siècle.
En 1290, Rappoltsweiler (Ribeauvillé) a obtenu le statut de ville : les sires de Ribeaupierre en possédaient une moitié et l’évêque de Bâle l’autre moitié.

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Le blason de Ribeauvillé avec les 3 écussons qui évoquent les seigneurs de Ribeaupierre et une « main bénissante » qui évoque  probablement l’évêque de Bâle

C’est également durant ce siècle que furent édifiées les fortifications dont une partie est encore visible aujourd’hui.

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Les vestiges de l’enceinte médiévale à l’est et au sud de la ville.

Après la fin de la guerre de 30 ans (en 1648) les seigneuries alsaciennes passent en fief à la couronne de France mais la maison royale décide de maintenir les Ribeaupierre dans leur principauté.
A la fin du XVIIème siècle la famille des Ribeaupierre s’éteint et leurs biens passent à la famille de Birkenfeld qui les conservera jusqu’à la Révolution.

Même si la vigne a été cultivée autour de Ribeauvillé depuis les romains, on ne trouve les premières traces écrites relatives à la vigne qu’à partir du VIIIème siècle, notamment un texte qui vante les vertus du fameux « Clos du Zahnacker », un clos crée par un moine-chevalier nommé Martin Zahn.

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En revanche, selon Médard Barth (« Der Rebbbau des Elsass ») le premier document officiel répertorié est un texte qui parle d’une cession de vignes entre deux abbayes en 1293.
Il nous apprend également que les premiers terroirs qualitatifs autour de Ribeauvillé – dont ceux qui nous intéressent particulièrement – ont été identifiés dès le XIVème siècle.

L’activité viticole du village s’est perpétuée (avec des hauts et des bas comme partout dans le vignoble alsacien) jusqu’à nos jours complétée notamment par la production d’eaux minérales avec l’entreprise Carola qui a commercialisé ses premières bouteilles en 1890.
Initialement vendue en droguerie et en pharmacie comme eau médicinale, les bouteilles de Carola occupent actuellement une position de leader sur le marché des eaux minérales du Grand Est.

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Le site de l’usine CAROLA vu du domaine Kientzler

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L’entrée du Parc CAROLA avec restaurant,  piscine et aire de loisirs.

Avec ses nombreux édifices classés « Monument Historique », ses rues piétonnes très pittoresques, sa célèbre « Fête des Ménétriers » (le « Pfifferdaj ») et surtout ses caves et caveaux de dégustation qui accueillent les amateurs de vins durant toute l’année, Ribeauvillé attire un nombre impressionnant de touristes du monde entier.
Petite promenade en images dans la ville :

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L’église Saint Grégoire, construite entre le XIIIème et le XVème siècle…

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...avec une belle nef de style gothique et un orgue magnifique dont on dit qu’il serait le plus ancien de la région.

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L’église protestante qui date du XVIIIème siècle avec également un très bel orgue installé par Sébastien Krämer en 1784


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Construite au XVème siècle, l’ancienne chapelle de l’hôpital accueille régulièrement des expositions artistiques

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L'ancienne église des Augustins, dite de la Providence, fait l’objet d’une inscription au titre des M.H. depuis 1932

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Sur la même place on trouve l’Hôtel de ville, construit dans un style classique au cours du XVIIIème siècle

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Les rues pavées de Ribeauvillé bordées par de très belles maisons qui datent des XVIème et XVIIème siècles et la Tour des Bouchers édifiée à la fin du XIIIème siècle.

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Une place avec l’une des nombreuses fontaines classées de Ribeauvillé…et les premiers touristes qui profitent de ce beau soleil de mars.

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La maison Louis Sipp et la maison Trimbach, deux des grands domaines établis à Ribeauvillé…

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…et l’une des nombreuses Winstub pour faire une pause gourmande : il s’agit du restaurant « La Ville de Nancy » un établissement hautement recommandable pour la qualité de sa cuisine et de sa carte des vins qui fait une très belle place aux vignerons alsaciens.

Le marcheur un peu plus aguerri pourra emprunter le sentier qui grimpe vers les trois châteaux qui dominent la ville et voir de plus près les ruines de ces impressionnantes forteresses médiévales que sont le Saint-Ulrich et le Girsberg qui sont ouverts à la visite, et le Haut Ribeaupierre situé plus haut mais dont l’accès est interdit au public.

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Le Saint-Ulrich dont la construction a débuté au cours du XIème siècle

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Le Girsberg construit au XIIIème siècle sur un éperon rocheux à 528 m d’altitude

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Situé au sommet de cette colline de 642 m d’altitude, le Haut-Ribeaupierre domine les deux autres châteaux.

L’amateur de randonnées se fera plaisir en montant vers le Taennchel, un sommet vosgien qui culmine à 989 mètres et où on peut voir de nombreux rochers aux formes étranges…parfois même inquiétantes.

En sortant de la ville en direction de Sainte-Marie-aux-Mines, on peut également visiter le Sanctuaire de Notre Dame de Dusenbach, un lieu de pèlerinage qui date du XIIIème siècle et dont les bâtiments ont été vandalisés durant les guerres du moyen-âge et lors de la Révolution avant d’être reconstruits au cours du XIXème siècle.

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On accède au sanctuaire en empruntant un « chemin de croix » installé en 1896 au bord d’un sentier forestier assez pentu.

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Les 3 chapelles du sanctuaire reconstruites en 1894

Mais Ribeauvillé possède encore d’autres atouts touristiques dans son jeu car après une longue suite de projets de casino qui n’ont pas abouti – le premier projet date de 1910 – Ribeauvillé a vu la création d’un grand complexe touristique qui a ouvert ses portes le 1er janvier 2005 avec un casino (enfin !) mais également une salle de spectacle et un hôtel.

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L’entrée du complexe touristique de Ribeauvillé

Pour terminer il faut également évoquer la fameuse « Cave de Ribeauvillé » qui a vu le jour en 1895 en devenant ainsi la première structure coopérative en France.
Cette cave qui regroupe aujourd’hui une quarantaine de coopérateurs, possède notamment le fameux « Clos du Zahnacker », une parcelle de légende au passé chargé d’histoire, située dans les limites du Grand Cru Osterberg.

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La cave de Ribeauvillé et son beau caveau de dégustation.



Les
3 Grands Crus de Ribeauvillé sont délimités sur les flancs d’une large colline qui surplombe le village au nord. Ils se succèdent de l’ouest à l’est en partageant des frontières communes avec le Kirchberg de Ribeauvillé orienté sud/sud-ouest, le Geisberg orienté sud et l’Osterberg orienté est/sud-est.

Avec une superficie de 24,60 hectares, l’Osterberg est beaucoup plus étendu que ses deux voisins qui ne représentent que 11,40 hectares pour le Kirchberg de Ribeauvillé et 8,53 hectares pour le Geisberg.

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Le tracé des 3 Grands Crus de Ribeauvillé avec le Kirchberg en jaune, le Geisberg en rouge et l’Osterberg en bleu.

Pour une fois, il n’y a pas vraiment de débat au sujet de l’origine des noms de ces lieux-dits :
- le Kirchberg – qui peut se traduire par le « mont de l’église » – doit son nom aux églises construites dans la vieille ville juste au pied du coteau qui porte ce Grand Cru,
- le Geisberg – qui peut se traduire par le « mont aux chèvres » – doit son nom à sa morphologie, un coteau pentu et escarpé où seules les chèvres pouvaient se mouvoir sans trop de difficultés,
- l’Osterberg – qui peut se traduire le « mont d’est » – doit son nom à son orientation dominante au levant.

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Les églises au pied du coteau du Kirchberg

Les parcelles de vignes sont plantées à une altitude entre 250 et 350 mètres.
Sur le Kirchberg le bas du coteau est très pentu alors que la déclivité diminue dans la partie haute.

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Des parcelles de vignes sur le haut et le bas du Kirchberg

Sur le Geisberg, le relief est très accidenté avec des pentes abruptes qui ont obligé les vignerons à cultiver ce coteau en terrasses, les « Kammerle ».

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Les Kammerle du Geisberg

Sur l’Osterberg, les pentes sont un peu plus douces avec des déclivités qui varient de 10 à 30%.

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Des vignes sur le versant est de l’Osterberg

Au niveau micro-climatique, les trois terroirs bénéficient de la protection de la montagne vosgienne qui constitue une barrière naturelle contre les flux d’ouest souvent porteurs de pluie. Le niveau de pluviométrie moyen enregistré sur le secteur de Ribeauvillé est très faible – 700 à 800 mm par an – et leurs expositions du sud à l’est leur garantissent un très bon ensoleillement.
En revanche, le Kirchberg, le Geisberg et la partie sud-est de l’Osterberg sont exposés aux vents catabatiques (les « Talwendela »), des vents frais et nocturnes qui viennent de la montagne en tempérant les possibles excès de chaleur de la journée pour permettre une maturation lente et progressive des raisins et préserver un bon niveau d’acidité dans les baies. Cette ventilation naturelle contribue également au maintien d’un bon état sanitaire dans la vigne.

Au niveau géologique, les trois terroirs appartiennent au champ de fracture de Ribeauvillé et le C.I.V.A. a classé leurs sols dans la famille des sols marno-calcaro-gréseux.
Dans le livre « Les Grands Crus d’Alsace » (2002), Serge Dubs et Denis Ritzenthaler, sont un peu plus précis en identifiant le Kirchberg comme un terroir marno-gréseux, le Geisberg comme un terroir calcaro-gréseux et l’Osterberg comme un terroir marno-calcaro-gréseux.

Même si ces trois terroirs partagent de nombreux points communs sur le plan géologique, ils se différencient néanmoins par certains caractères qui leur confèrent leur identité propre et qui ont été décrits dans le document de référence du CIVA (« Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien ») :
- le Geisberg présente une unité géologique quasi parfaite avec « des sols bruns calcaires gréseux sur grès coquillier et grès à Voltzia »,
- le Kirchberg partage le même type de sol que le Geisberg dans le secteur bas mais lorsqu’on monte dans les secteurs hauts on trouve « des sols bruns calciques sur marnes du Muschelkalk »,
- l’Osterberg présente une géologie bien plus hétérogène que ses voisins.
 Etienne Sipp y distingue « 3 facettes : l’extrême ouest comparable au Geisberg avec des traces de grès, le centre plutôt marno-calcaire à tendance marneuse et l’extrémité nord composée de marnes grises avec un sol plus humide et plus lent à se réchauffer ».

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Un pied de vigne sur le Geisberg

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Un pied ce vigne dans la partie basse du Kirchberg

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Un pied de vigne à mi-pente sur l’Osterberg

Au niveau physique, les trois Grands Crus reposent sur la même roche mère composée de calcaire coquillier du Muschelkalk. Ils sont de nature argilo-sableuse à argilo-limono-sableuse et souvent très caillouteux.
Dans les parties hautes des 3 Grands Crus, on trouve régulièrement des traces de gypse.

Sur le plan historique, Médard Barth a répertorié des documents datant du XIVème siècle où sont cités ces trois lieux-dits : « Am Osterberge » en 1306, le « Geiseberg » en 1308 et « An dem Kirchberg » en 1328.
Ces trois terroirs identifiés et reconnus dès le moyen-âge pour leur qualité ont permis aux vignerons de Ribeauvillé de faire connaître leurs vins dans tout le nord de l’Europe.
On raconte même que les sires de Ribeaupierre ont servi du vin du « Clos du Zahnacker » (situé au cœur de l’Osterberg) à Louis XIV lors de son passage à Ribeauvillé en 1673. Depuis la réputation de ce clos n’a jamais été contestée.
Au XIXème c’est le poète Faber qui chantait ses louanges :
« Aber du Krone vom Elsässer Wein
Ist der Zahnacker von Rappolstein »

(« Le roi des vins d’Alsace est le Zahnacker de Ribeauvillé »).

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Le Clos du Zahnacker sur l’Osterberg, une parcelle de 124 ares complantée de riesling, pinot gris et gewurztraminer

La réputation des terroirs et des vins de Ribeauvillé a perduré jusqu’à nos jours et c’est tout naturellement que le Geisberg et le Kirchberg ont été sélectionnés pour faire partie de la première liste des lieux-dits classés Grand Cru d’Alsace (décret du 23 novembre 1983) suivi quelques années plus tard par l’Osterberg (décret du 17 décembre 1992).

Au niveau de la viticulture, ma longue sur les pentes de ces 3 Grands Crus m’a permis de vérifier que ce vignoble était travaillé avec un vrai sens du respect de l’environnement : enherbement quasi généralisé, des sols labourés et des zones pentues structurées en terrasse…en revanche, je pense qu’il reste des progrès à accomplir en ce qui concerne la diversité de l’écosystème sur ces coteaux presque entièrement dédiés à la vigne.

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L’extrême nord de l’Osterberg avec une vue sur Bergheim : un coteau presque exclusivement couvert de vigne.

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Labour un rang sur deux sur une parcelle dans la partie haute de l’Osterberg

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L’herbe est très présente sur les terrasses du Geisberg…

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…et sur cette parcelle du Kirchberg, la tonte est assurée par des moutons.

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Dans les parties basses du Kirchberg, proches de la ville et de la montagne on trouve une végétation plus diversifiée.

Au niveau de l’encépagement, le riesling règne en maître absolu sur le Geisberg alors que les 4 cépages nobles sont présents sur les deux autres terroirs : 71% de riesling, 17% de pinot gris, 8% de gewurztraminer et 4% de muscat sur le Kirchberg, 46% de riesling, 29% de gewurztraminer, 24% de pinot gris et 1% de muscat sur l’Osterberg.

« Petit par sa surface, très pentu et immense par son potentiel qualitatif » (S. DUBS), le Geisberg est un terroir unique qui produit des rieslings d’une grande complexité et d’une finesse remarquable.
Dans un article de la R.V.F. (mai 2000), Pierre Casamayor a décrit l’évolution des rieslings du Geisberg de leur naissance jusqu’à plus de 50 ans : des notes d’agrumes, surtout du citron, dans leur jeunesse, un fruité plus confit, des notes miellées et poivrées à l’approche des 10 ans, des notes balsamiques (pin, résine, térébenthine…) et épicées qui supplantent progressivement les arômes fruités lorsqu’on atteint le quart de siècle, par la suite et jusqu’à 50 ans, palette aromatique est dominée par des notes de cire, de fumé, de menthe, de réglisse…
En revanche, si l’expression aromatique des Geisberg évolue dans le temps, leur densité et leur tension acide/minérale restent des constantes qui caractérisent vraiment les rieslings issus de ce terroir.

Le Kirchberg de Ribeauvillé donne naissance à des vins de fort tempérament : « des vins assez virils, denses et concentrés marqués par une minéralité intense et marine » (R. ILTIS).
Les pinots gris et les rieslings développent généralement une palette assez classique sur les agrumes (mandarine, orange sanguine, kumquat).
Le muscat exprime spontanément de belles notes florales et fruitées tout en gardant une grande profondeur structurelle.
Le gewurztraminer délivre des arômes très séduisants sur le litchi et la rose.
Les vins du Kirchberg peuvent se montrer assez fermes et austères dans leur jeunesse mais après 5 années de garde (ou plus…), l’acidité s’intègre dans la matière et le potentiel aromatique se développe et se définit.

Les vins de l’Osterberg que j’ai eu la chance de découvrir avec Etienne Sipp en 2024, sont également un peu austères dans leur jeunesse : les anciens parlaient de « knorrige Weine », des « vins osseux » lorsqu’ils goûtaient les Osterberg jeunes. C’est assez explicite !
Comme pour les autres Grands Crus, les vins de l’Osterberg commencent à se révéler après 5 années de garde.
Ce sont des vins amples et capiteux, portés par des acidités larges qu’on va retrouver sur tous les cépages.
Les arômes de fruits exotiques, de fruits jaunes et de miel sont caractéristiques de tous les vins de l’Osterberg mais les rieslings peuvent également développer « des notes d’herbes séchées, surtout lorsqu’ils sont issus d’un millésime précoce » (R. ILTIS)

 

…SELON ERIC KIENTZLER

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La famille Kientzler cultive la vigne à Ribeauvillé depuis le milieu du XIXème siècle et c’est François Kientzler, le père d’André Kientzler, qui a décidé de se consacrer uniquement à l’activité vigneronne au milieu du XXème siècle.
Après une formation au lycée viticole de Beaune, André Kientzler, rejoint son père au  domaine en 1971 et ensemble ils entreprennent des travaux de restructuration de leur vignoble en replantant des cépages nobles.
Les années 70 verront également le transfert de leur exploitation du centre de Ribeauvillé (place de la Mairie) vers des bâtiments plus spacieux et plus fonctionnels construits à l’extérieur de la ville, au bord de la route menant à Bergheim.
A l’heure actuelle le domaine est dirigé par Thierry et Eric Kientzler, les fils d’André Kientzler : Thierry s’occupe de la vigne et de la vinification et Eric est responsable du volet commercial de cette entreprise.

Le domaine exploite 13 hectares de vignes « situées sur des parcelles qui se trouvent dans un rayon de 3 kilomètres autour de la maison » et dont 4,5 hectares sont plantées sur des terroirs classés Grand Cru : 1,5 hectare sur le Geisberg, 1,63 hectare sur le Kirchberg 1,15 hectare sur l’Osterberg et 12 ares sur le Schoenenbourg, acquis en 2010.

Je retrouve Eric Kientzler dans la cave du domaine et il me propose de commencer par visiter les installations pour parler viticulture, vinification et élevage avant de nous retrouver dans un petit salon attenant au caveau de dégustation où je lui pose mes questions habituelles sur le sujet du jour.


Comment définiriez-vous ces terroirs ?

L’existence de 3 Grands Crus sur Ribeauvillé est due à « l’action militante de quelques vignerons comme André Kientzler ou Pierre Trimbach ».
Leur délimitation respecte l’identité de chaque terroir car « elle est basée sur le cadastre historique du vignoble de Ribeauvillé ».

« Le Geisberg est depuis toujours, le vin emblématique de la cave Kientzler »
« Il délimité sur un coteau très pentu orienté plein sud, avec un sol calcaro-gréseux, très clair et rocailleux ».
C’est un terroir très homogène « qui suit parfaitement la délimitation du cadastre ».
Structuré entièrement en terrasses, le Geisberg est « un terroir solaire mais pas chaud, grâce notamment aux vents frais qui viennent de la vallée d’Aubure ».
Avec 5 hectares de vignes en plantation, la production de bouteilles est très limitée sur le Geisberg « les vins du Geisberg rayonnent par leur notoriété et non par leur diffusion…on peut dire qu’ils sont reconnus mas pas forcément connus ».

Le Grand Cru Osterberg prolonge le Geisberg sur le versant est de la colline : « nos parcelles sur l’Osterberg jouxtent les vignes du Geisberg et sont orientées sud-est »…mais la plus grande partie de l’Osterberg fait face au levant.
« Avec sa nature marno-calcaro-gréseuse, le sol de l’Osterberg a une composition géologique assez courante dans le vignoble alsacien ».
C’est de loin le plus étendu des 3 Grands Crus de Ribeauvillé – « sa surface a été poussée un peu trop loin vers le nord » - mais ce terroir est capable d’engendrer de très beaux vins qui offrent une expression classique d’un Grand Cru alsacien : « les vins de l’Osterberg constituent une belle porte d’entrée dans le monde des Grands Crus ».

Avec son sol à dominante marno-gréseuse, le Kirchberg « est un terroir un peu plus rare en Alsace ».
Orienté au sud et même parfois au sud ouest et proche de la montagne vosgienne « le Kirchberg est le plus frais des 3 Grands Cris de Ribeauvillé ».
Les parcelles du domaine Kientzler sont situées en hauteur, « sur un plateau où les pentes sont assez douces » mais les pentes du bas de coteau sont souvent aussi abruptes que celles du Geisberg.


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

- Sur le Geisberg le riesling règne pratiquement sans partage : « 98% de sa surface est dédiée au riesling ».
Le domaine y cultive encore une petite vigne de pinot gris mais dont la production n’est pas revendiquée en Grand Cru.

- l’Osterberg est un terroir qui convient à beaucoup de cépages différents notamment l’auxerrois ou même le chasselas avec lequel le domaine Kientzler produisait sa cuvée « Osterberg », plus de quarante ans avant le classement de ce terroir en Grand Cru.
Après les travaux de replantation entrepris à la fin du siècle dernier, le domaine produit du riesling et du gewurztraminer sur l’Osterberg.

- le Kirchberg est également un terroir très polyvalent et c’est sur ce Grand Cru que le domaine Kientzler cultive le plus de cépages :
- 2 parcelles de riesling « une vieille vigne pour le Grand Cru et une jeune vigne dont les raisins vont entrer dans la cuvée générique »,
- 1 parcelle de muscat « un cépage qui réussit magnifiquement bien sur ce terroir » et qu’Eric défend avec beaucoup de ferveur pour que le domaine Kientzler continue de proposer cette cuvée rare de Grand Cru,
- 2 parcelles de pinot gris pour produire des raisins dont une partie va entrer dans la cuvée de Grand Gru et une partie va entrer dans la cuvée de crémant,
- 1 parcelle d’auxerrois plantée en 1959, pour réaliser la fameuse cuvée en surmaturité l’« Auxerrois K ».
- 1 parcelle de pinot noir créée en 2020 par sur-greffage avec une sélection massale bourguignonne, et qui va permettre au domaine de sortir sa première cuvée de rouge du Kirchberg sur le millésime 2025.
Lorsque le millésime le permet, le domaine produit également une cuvée de crémant « 100% Grand Cru avec des auxerrois récoltés en sous-maturité, des pinots gris  et des pinots noirs issus de jeunes vignes »


Quels caractères spécifiques ces terroirs transmettent-ils aux vins ?

Les rieslings du Geisberg perdent très rapidement leur caractère variétal pour développer des notes pétrolées ou terpéniques « qui ne sont pas dues à un manque de maturité mais à l’effet du soleil sur la peau des raisins ».
Ce sont des vins qui ont besoin de temps pour que « leur acidité infuse dans la matière minérale » et donne à la bouche « une grande élégance, un ressenti sphérique et un caractère à la fois puissant et raffiné ».

Les vins de l’Osterberg se distinguent par un « volume en bouche plus linéaire avec une puissance qui se maintient sur la longueur ».
Avec leur « énergie très rectiligne », ces vins se montrent plus « immédiats que ceux du Geisberg. Ils développent une présence minérale plus importante et un équilibre plus frais ».

Les vins du Kirchberg tirent une « certaine opulence due à la présence de marnes dans le sol » mais le climat plus frais – grâce à l’altitude et à une situation plus proche de la montagne – leur apporte « une forme de minéralité brute et une forte salinité qui leur confèrent un profil très ciselé ».

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 Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être un Grand Cru ?

La fameuse question inspirée par une remarque de maître Thierry, n’a pas spécialement Eric Kientzler qui m’a expliqué que comme c’était son frère qui avait la main sur la conception des vins, il n’était pas le mieux placé pour me parler des rencontres et des dégustations qui ont contribué à définir le style des grands vins du domaine.
« Ce qui est certain, c’est que notre vision du vin a été cimentée par notre père qui avait de très bonnes relations dans d’autres vignobles français ».
« Avec la découverte de grands chardonnays de la Côte de Beaune et du Chablisien mais également avec la dégustation de vieux millésimes de riesling du domaine, nous avons développé une culture des grands vins secs sans pour autant chercher à copier ce qui se faisait ailleurs car nous produisons des vins qui affirment leur propre identité ».


Les vins du domaine : quelle conception ?

Au niveau de la viticulture, le domaine Kientzler est certifié BIO depuis le millésime 2023 : « avant notre conversion officielle, 90% des vignes du domaine étaient cultivées en BIO, seules certaines parcelles sur le Geisberg, très difficiles à travailler étaient encore traitées de façon conventionnelle ».
Des investissements conséquents pour acquérir du matériel adapté (chenillard et outils spécifiques) et pour réaménager les terrasses du Geisberg ont permis la généralisation des pratiques BIO sur l’ensemble du domaine.
« Nous faisons également de gros efforts pour favoriser la biodiversité dans nos vignes : enherbement fleuri, installation de nichoirs, plantation de haies et d’arbustes et expérimentation de culture en agroforesterie sur quelques parcelles ».

Les vendanges sont 100% manuelles avec une procédure assez particulière sur le Geisberg où « les rieslings sont vendangés en 2 ou 3 passages et chaque récolte est vinifiée à part ».

Les raisins sont pressés dans un pressoir pneumatique qui se trouve au dessus de la cave pour que les jus arrivent dans les cuves de débourbage par gravité.

Même s’il y a encore de nombreux foudres dans la cave du domaine, les vins sont vinifiés et élevés exclusivement en cuve depuis le millésime 2008.
« Les vinifications se font dans des cuves inox thermo-régulées et contrôlées individuellement par ordinateur ».
Les fermentations malo-lactiques ne sont ni recherchées ni empêchées « elles se font ou non de façon naturelle selon les cuvées ».

Les élevages sont relativement courts : « les cuvées de la gamme Alsace avec bouchon vis sont mises en bouteilles en avril alors que les cuvées de la gamme Terroir et les Grands Crus, bouchés liège, sont mis en bouteilles en juillet ».

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Les foudres qui proviennent de la cave historique du domaine

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Le cuvage inox avec des contenances très variés…

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…et des cuves en béton pour les très gros volumes.

Le domaine Kientzler produit de 50 à 70 000 bouteilles par an avec une gamme qui comporte une vingtaine de cuvées.

 

Et dans le verre ça donne quoi ?

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L’entrée du caveau du domaine Kientzler…

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…et Eric Kientzler qui me présente ses Grands Crus.

En guise de travaux pratiques pour illustrer ses propos Eric me propose la dégustation des cuvées de Grand Cru disponibles actuellement à la vente.

Alsace Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé Muscat 2023 : nez discret qui laisse deviner une palette très raffinées sur les fleurs blanches et la menthe fraîche, bouche puissante et solidement construite avec une présence saline qui commence à se faire sentir, finale longue, fraîche et sapide.

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Avec son expression aromatique encore un peu retenue mais d’une grande pureté et sa présence en bouche remarquable d’équilibre et d’énergie, cette cuvée 100% ottonel est une vraie bénédiction pour les amateurs de grands muscats de terroir. C’est un vin fort plaisant dès aujourd’hui mais qui promet d’être mémorable après quelques années de garde.


Alsace Grand Cru Osterberg Riesling 2023
: nez discret avec des notes de fruits blancs frais, bouche ample et généreuse avec du gras, une belle mâche minérale et une acidité mûre et très large qui porte l’ensemble, finale longue et droite stimulée par des amers nobles.

Alsace Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé Riesling 2023 : nez également très discret mais plus austère avec des notes de pierre chaude et d’épices, bouche longiligne avec un équilibre très harmonieux, portée par une maille acide/saline très solide, finale très sapide avec des amers fins et un beau sillage sur le pamplemousse et le poivre blanc..

Alsace Grand Cru Geisberg Riesling 2022 : nez plus intense marqué par des notes terpéniques et minérales (pierre à fusil), bouche puissante avec un équilibre très abouti entre un jus riche et dense et une charpente acide très solide, finale très élégante avec une acidité qui commence à s’intégrer et une belle longueur épicée.

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Ces 3 très belles bouteilles qui se goûtent déjà très bien à l’heure actuelle nous rappellent quelques « vérités premières » :
- le riesling est un cépage irremplaçable pour révéler de grands terroirs,
- ces 3 rieslings qui affirment des personnalités très différentes nous montrent à quel point les 3 Grands Crus de Ribeauvillé marquent les vins qui y naissent…et prouvent par la même occasion que la délimitation de 3 terroirs sur cette colline était très pertinente,
- le Geisberg est un terroir d’exception pour le riesling car même si les cuvées du Kirchberg et de l’Osterberg ont fière allure, la cuvée du Geisberg les dépasse sur le plan de la concentration, de la texture et de la structure.
Il y a deux grands vins face à une cuvée d’anthologie.


Alsace Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé Pinot Gris 2023
: nez encore très discret qui laisse deviner de fines notes fumées et épicées, bouche dense avec du gras et une forte salinité qui crée un équilibre très dynamique, finale fraîche et salivante avec un long sillage épicé.

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La sélection de pinots gris issus de la partie sommitale du Kirchberg, a permis aux Kientzler de nous proposer une très belle interprétation de ce cépage vinifié en sec : c’est un vin élégant et bien construit avec un caractère gastronomique affirmé.


Alsace Grand Cru Osterberg Gewurztraminer 2024
: nez complexe et séduisant qui développe de belles fragrances florales, bouche puissante avec un équilibre sec, présence saline intense qui donne beaucoup d’énergie à une finale très digeste relevée par de beaux amers minéraux, qui laisse persister un long sillage épicé.

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Cette très belle cuvée de gewurztraminer, vinifiée en sec, nous rappelle qu’il n’y a pas que le riesling pour révéler un grand terroir : c’est un vin avec une aromatique très raffinée et une présence en bouche intense avec une finale qui laisse une belle impression de fraîcheur.

 

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Un sextuor en terroir majeur


Comme d’habitude je conclurai cet article par un petit bilan sur cette 31ème  expérience de visite approfondie de terroirs classés Grand Cru (attention je risque de me répéter…).

J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Grands Crus de Ribeauvillé comme avant !

Contrairement aux 3 Grands Crus d’Andlau qui sont délimités sur des sols très différents – schisteux, gréseux et marno-calcaires – les 3 Grands Crus de Ribeauvillé sont tracés sur les versants d’une colline sous-vosgienne dont le substrat géologique est à dominante calcaire.
Malgré ceci, les vignerons ont identifié dès le Moyen-âge, 3 secteurs très qualitatifs qui marquaient profondément les vins en leur donnant un profil singulier…et comme souvent, les anciens ne se sont pas trompés dans le choix de ces lieux où la vigne réussit mieux qu’ailleurs et leur permet de produire de grands vins marqués par leur terroir.

Les vins du Geisberg sont flamboyants, parfois fougueux dans leur jeunesse, avec des éléments constitutifs puissants qui ont besoin de temps pour s’harmoniser…c’est probablement l’un des plus grands terroirs alsaciens pour le riesling.
Les vins du Kirchberg conjuguent opulence et fraîcheur minérale dans un rapport qui s’équilibre progressivement : ce sont des vins qui peuvent sembler austères dans leur jeunesse mais à qui l’âge apporte de l’équilibre et beaucoup d’élégance.
Les vins de l’Osterberg révèlent des profils assez classiques avec des acidités larges et souvent un peu rustiques qui structurent des matières bien concentrées : ce sont des vins généreux et solidement construits, capables de se bonifier durant plusieurs décennies en cave.

La famille Kientzler perpétue depuis plusieurs générations une tradition d’excellence et d’authenticité en produisant des vins précis et sans concession qui traduisent le plus fidèlement possible les subtiles nuances de ces trois grands terroirs de Ribeauvillé.
Leurs vins qui laissent une impression de rigueur et de pureté, demandent à l’amateur de faire preuve de patience pour découvrir leurs natures profondes et la force de leurs empreintes minérales…ce sont des vins de pierre et de temps qui méritent leur place dans la cave de tout œnophile.

Merci à Eric Kientzler pour son accueil.

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