Club AOC : Pommard/Volnay et pinots gris alsaciens

L’ultime session « classique » de cette année civile – décembre c’est la fête de Noël du club – sera dédiée à deux thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur puisqu’ils sont consacrés à des vins provenant de mes deux régions fétiches :

- Petite confrontation amicale entre Pommard et Volnay
- Grands pinots gris alsaciens de 2010 et 2012

Les pinots gris ont été collectés durant ces deux dernières années par mes soins et la série de rouges bourguignons a été constituée principalement à l’aide de prélèvements dans les caves de nos membres.

Les bouteilles de pinots gris été débouchés à la sortie du réfrigérateur au moment du service.
Les rouges de Bourgogne ont été mis debout 24 h avant le débouchage et débouchés 3 heures avant la dégustation.

Les vins sont goûtés 2 par 2 à l’aveugle.

C’est parti !

Verres Spiegelau Authentis 01


Soirée Club AOC du 7 novembre 2014 à La Wantzenau



Petite mise en bouche pour patienter :

Pinot Gris Quand le chat n’est pas là 2013 – Domaine Rietsch à Mittelbergheim : nez discret, mystérieux voire déstabilisant avec des notes de poire, de sous-bois et de bâton de réglisse, matière souple et détendue en bouche, finale saline et finement tannique.

Dsc 1868    Dsc 1869

Vinifié de façon très originale par Jean-Pierre Rietsch (cf la contre-étiquette) ce pinot gris 2013 a évidemment segmenté l’assemblée du soir mais il faut dire que lorsqu’on fait abstraction d’une aromatique peu conventionnelle, on ne peut que tomber sous l’emprise de cette matière goûtue, sapide et d’une buvabilité exemplaire…J’aime !


Thème 1 : Volnay contre Pommard…un petit face à face amical dans un secteur bourguignon qui connaît une période difficile.


Volnay 1°Cru Santenots 2011 – Domaine Buisson-Charles à Meursault : nez finement torréfié (grillé, café), notes discrètes de mûre et de cassis, matière dense mais équilibre tonique, finale longue, belle fraîcheur et belle minéralité naissante.
Pommard Les Charmots 2011 – Domaine Rebourgeon-Mure à Pommard : nez intense sur un registre floral très séduisant, bouche gourmande, bien souple, matière assez légère, petite touche végétale en finale.

Dsc 1875

Face à ce Volnay très jeune mais plein de classe, le Pommard semble presque un peu superficiel mais au bout du compte ces deux premiers vins mettent la barre qualitative à un niveau déjà tellement élevé qu’ils me rappellent pourquoi j’aime les vins de Bourgogne plus que tous les autres…ça promet pour la suite !


Volnay 1°Cru Les Pitures 2009 – Domaine Girardin à Meursault : nez noble et complexe avec un fruité fin et une petite touche de poudre à canon, matière puissante en bouche, volumineuse, sphérique, fine trame tannique et beau sillage minéral en finale (graphite et fumée).
Pommard Les Noizons 2009 – Domaine D. Carré à Meloizey : nez élégant et raffiné avec une palette complexe (fruit mûr, épices douces, fumé léger), matière svelte et longiligne qui s’élargit progressivement, trame tannique très douce, finale longue et minérale, notes d’argile et de fumée.

Dsc 1876

Le Volnay 1° Cru est fidèle à la réputation de finesse qui caractérise le terroir des Pitures même si l’effet millésime est nettement perceptible sur la structure…voilà un très beau vin qui a fait l’unanimité ce soir.
Les Noizons est un terroir situé sur le coteau nord de Pommard. Exposée au sud-est cette parcelle a généré un vin riche et complexe qui commence à définir son profil minéral...MIAM !!!


Volnay 1°Cru Clos des Chênes 2005 – Domaine T. Moillard à Nuits Saint Georges : nez qui s’ouvre sur de puissantes notes de réduction avant de développer une palette très évoluée sur la figue et le tabac, bouche assez molle et un peu déstructurée, aromatique bien mûre assez agréable, finale longue mais manquant de pureté.
Pommard 1°Cru La Chanière 2006 – Domaine Cyrot-Buthiau à Pommard : nez noble et complexe, imprégné d’une forte présence minérale, bouche structurée, bien droite avec des tanins vifs et une finale un peu sèche.

Dsc 1878

Originaire d’une parcelle située sur le coteau nord de Pommard, ce premier cru s’exprime de façon classique avec une belle trame tannique et minérale. Malheureusement le Volnay fut plutôt décevant…et pourtant il y avait un bon millésime, un lieu-dit classé parmi les meilleurs de l’appellation mais le vin de ce soir était visiblement en phase de déclin bien avancée. Dommage !


Volnay 1°Cru Clos des Chênes 2001 – Domaine Buffet à Volnay : assez louche à l’ouverture le nez restera douteux malgré une longue oxygénation, assez dur à l’attaque, le vin s’élargit un peu en bouche avant de resserrer à nouveau en finale.
Pommard Vieilles Vignes 2003 – Domaine Maréchal-Caillot à Bligny les Beaune : nez complexe et raffiné, notes florales, arômes de cassis bien mûr et fine touche minérale, matière douce et charnue en bouche, finale longue et digeste.

Dsc 1877

Pour ne pas être en reste par rapport à son cadet, le Volnay 1° Cru 2001 fait également bien triste figure…à croire qu’il y avait une malédiction qui pesait sur le Clos des Chênes ce soir !
Par contre, le Pommard termine cette série avec brio : plein, équilibré, complexe et profond…il a tout ce qu’on cherche chez un grand vin.
Hélas, ce domaine qui a figuré pendant quelques années sur l’itinéraire de mes virées bourguignonnes n’existe plus aujourd’hui…c’est bien dommage !


Pour conclure :

Malgré les deux ratés (que je ne m’explique toujours pas…) cette série a connu un succès retentissant ce soir : la finesse aromatique et structurelle des ces pinots noirs bourguignons est vraiment incomparable…MIAM énorme et général pour cette sélection !

Le fait de mettre en parallèle des Volnays et des Pommards incitait tout naturellement à comparer les vins et à rechercher des éléments qui pourraient caractériser l’une ou l’autre appellation. Mais comme on pouvait s’y attendre avec seulement 4 paires de bouteilles différentes nous n’avons pas vraiment pu dégager de conclusions pertinentes…de toute façon, ce n’était pas le but annoncé.
En revanche, tous les convives ont apprécié l’absolue maîtrise avec laquelle ces vignerons bourguignons savaient travailler ce cépage…admiration et respect !

Dans cette jolie série, je choisirai comme coups de cœurs le Santenots 2011 de Buisson-Charles, séduisant dans sa prime jeunesse mais avec un très beau potentiel de garde et le Pommard 2003 du domaine Maréchal-Caillot, riche, équilibré et complexe, un vin superbe qu’on a eu la chance de goûter dans sa phase de maturité optimale.



Thème 2 : quelques grands pinots gris alsaciens…sucre en moins et profondeur en plus, peut-être la voie de la rédemption !


Pinot gris Fondation 2010 – Domaine Josmeyer à Wintzenheim : nez qui s’ouvre sur des notes de céréales avant de délivrer de discrets arômes de pêche et d’abricot frais, dense et profond en bouche, finale longue avec une fine touche fumée.
Pinot gris Grand Cru Altenberg de Bergbieten 2010 – Domaine Schmitt à Bergbieten : nez épanoui et complexe sur l’ananas frais, l’abricot et le foin avec une pointe légèrement fumée, matière généreuse en bouche, acidité fine mais structurante, finale sapide qui laisse le palais frais et dispos.

Dsc 1874

L’Altenberg de Bergbieten 2010 est le pinot gris qui a initié ma phase de réconciliation avec les vins issus de ce cépage…et après plus de 2 ans de vieillissement la matière est toujours aussi juteuse et le maillage acidité/salinité toujours aussi fin et précis. MIAM !
Né sur le terroir alluvial du Herrenweg de Wintzenheim, le pinot gris Fondation se goûte sec mais laisse une sensation plus large et plus opulente en bouche…style plus classique, moins charmeur mais avec un supplément de profondeur qui le place dans la catégorie des grands vins de gastronomie.


Pinot gris Grand Cru Engelberg 2012 – Domaine Bechtold à Dahlenheim : nez délicat sur le citron mûr et la pêche blanche, bouche avec du gras et du tonus, finale très digeste avec un long sillage aromatique sur les épices et la craie.
Pinot gris Lerchenberg 2012 – Domaine Kreydenweiss à Andlau : nez ouvert et flatteur sur la chair de poire, la mirabelle et une petite pointe de volatile, bouche ample et généreuse mais sans jamais devenir lourde, longue finale alliant douceur et salinité.

Dsc 1871

Les styles de ces pinots gris sont assez proches car il y a de la chair et de la tension dans ces deux vins mais l’Engelberg de Jean-Marie Bechtold est un peu plus élancé avec une empreinte minérale calcaire bien marquée alors que le Lerchenberg d’Antoine Kreydenweiss se montre un peu plus ventru avec un jus opulent et une puissante salinité.
Voilà deux vins qui se livrent avec franchise et gourmandise et qui peuvent s’apprécier tout simplement pour eux mêmes possèdent un potentiel gastronomique est évident.


Pinot gris Cuvée Sainte Catherine 2012 – Domaine Weinbach-Faller à Kaysersberg : nez complexe et frais avec des notes de fruits blancs mûrs sur un fond discrètement épicé, matière opulente et généreuse en bouche mais l’équilibre paraît plutôt sec en bouche, acidité bien mûre et longue qui donne un côté bien digeste à la finale.
Pinot gris Grand Cru Furstentum 2012 – Domaine A. Mann à Wettolsheim : nez discret mais d’une grande élégance alliant notes fruitées et minérales, bouche assez moelleuse qui ne laisse aucune sensation de lourdeur, finale persistante, fumé puissant, aromes poivrés et fins amers.

Dsc 1872

Cette troisième paire de pinots gris produite par deux grands domaines alsaciens nous propose une interprétation un peu plus classique de ce cépage avec des textures relativement riches mais avec des structures fermement soutenues par de belles trames acides et minérales.
Faciles d’accès aujourd’hui, ces bouteilles méritent évidemment quelques années de garde supplémentaires pour exprimer pleinement leur classe et leur race.


Pinot gris Le Maréchal 2012 – Domaine F. Schmitt à Orschwihr : nez agréable mais encore dominé par des notes d’élevage (résine, croute de pain grillé), bouche ample et charnue, acidité profonde, finale longue sur un registre « pâtissier » (brioche au beurre, tarte au citron) et boisé.
Pinot gris Grand Cru Muenchberg-A360P 2012 – Domaine Ostertag à Epfig : nez discret, fin et racé qui développe une palette aromatique très complexe (fruits blancs, notes florales, brioche…), matière ample, pleine et sphérique en bouche, équilibre d’une précision absolue, long et sapide en finale.

Dsc 1873

Malgré sa jeunesse, l’A360 P d’André Ostertag s’est montré digne de sa grande renommée : complexité aromatique naissante, matière parfaitement balancée et élevage dosé avec une exceptionnelle finesse…c’est sans conteste le vin de la soirée. MIAM !!!
Travaillé de façon similaire mais avec surement davantage de bois neuf, le Maréchal de Frédéric Schmitt manquait encore un peu d’harmonie et souffrait d’un boisé bien trop marqué mais je sais que ce vin plein d’énergie positive se révèlera pleinement dans quelques années…on en reparlera dans 3 à 4 ans !


Pour conclure :

Amateur inconditionnel de pinots gris au début de ma carrière de picoleur alsacien, j’ai tourné le dos à ces vins il y a plus de 10 ans, fatigué par des breuvages flatteurs mais superficiels qui n’avaient comme seul qualité leur facilité d’accès et leur aptitude à plaire au plus grand nombre.
Quand j’en ai eu assez de déboucher ces bouteilles qui ne se vidaient jamais et dont le fond finissait souvent à l’évier, j’ai appliqué un boycott quasi général sur une bonne dizaine de millésimes.
La rencontre avec certains pinots gris de 2010 – dont l’Altenberg de Schmitt dégusté ce soir – m’a fait prendre conscience qu’un vent de changement s’était levé en faisant évoluer radicalement la conception des vins conçus à partir de ce cépage : recherche de fraîcheur, de complexité, d’élégance et d’expression minérale…des éléments indispensables pour tout vin qui prétend accéder dans la cour des grands !

La sélection de ce soir, sans fausse note, nous a donné une image assez convaincante de ce renouveau en nous proposant des vins complexes et équilibrés avec des matières élégantes qui n’écrasaient pas les signatures acides/salines de leurs terroirs d’origine.

Dans cette série où je mettrais volontiers chaque référence dans ma cave personnelle – d’ailleurs, un bon nombre s’y trouve déjà ! – je suis quand même obligé d’accorder un coup de cœur indiscutable à la cuvée A 360P d’André Ostertag : née dans un secteur calcaire du Grand Cru Muenchberg, cette cuvée, que d’aucuns trouveront un peu trop éloignée des canons esthétiques alsaciens, nous fait entrer dans le monde des très grands vins blancs.



Commentaires (1)

1. Patrick Essa 10/12/2014

Toujours passionnants tes comptes rendus Pierre! Merci pour tout ce travail que tu accomplis pour les producteurs.

Patrick

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