Vins d'Alsace et fromages au domaine Bechtold - Edition 2014


Après avoir raté toutes les éditions de 2013, faute d’avoir trainé trop pour réserver ma place, je n’ai pas hésité à répondre à cette nouvelle invitation de Jean-Marie et d’Isabelle Bechtold pour goûter quelques belles cuvées de vins d’Alsace et tester leurs comportements face à un plateau de fromages provenant de la cave d’affinage de la maison Tourrette à Strasbourg.

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Le caveau est prêt pour accueillir les convives…


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…et les assiettes richement garnies attendent les dégustateurs.

Comme à l’accoutumée c’est le couple Bechtold qui anime la dégustation : madame nous raconte les fromages et monsieur nous raconte ses vins…oyez, oyez chers convives, l’histoire va commencer !

Pour l’apéritif :

Crémant Brut : nez raffiné et bien mûr sur le citron, le beurre frais et la brioche, bouche vineuse, effervescence très agréable mais peu persistante, finale sapide que de fins amers rendent très appétante.

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Réalisée à partir d’un assemblage devenu classique au domaine Bechtold (chardonnay et pinot noir de 2011 à 50/50) cette cuvée élevée 20 mois sur lattes et non dosée se distingue par sa matière mûre et équilibrée.
Un crémant gourmand et digeste…voilà l’apéritif par excellence qui va nous mettre dans des conditions optimales pour démarrer la soirée !

Pour la ronde fromagère :

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La ronde 2012 toujours aussi appétissante…

Klevner 2011 : nez très avenant sur les fruits blancs bien mûrs, gouleyant en bouche avec un joli volume et une finale très suave.

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Ce pinot blanc franc et savoureux qui flatte les sens avec simplicité et facilité est une petite friandise qui possède tous les atouts pour servir d’apéritif ou pour accompagner un plat de charcuteries alsaciennes sur une tablée de copains.
Associé à la Bonde de Gâtine (chèvre – Poitou) et au Chèvrefeuille (chèvre – Périgord), deux fromages de chèvre assez riches mais peu aromatiques, le vin n’est pas assez sec pour résister au gras des fromages. Avec le Brebidin Fermier (brebis – Rhône-Alpes) plus puissant et plus salé mais avec une structure moins compacte, l’accord fonctionne un peu mieux mais sans convaincre pleinement…

Riesling Grand Cru Engelberg 2011 : nez bien ouvert avec des notes de groseille à maquereau complétées par une touche minérale déjà très marquée (pierre à feu), bouche très agréable avec une structure ample et déliée, finale très saline et d’une belle complexité aromatique (zestes d’agrumes, pamplemousse silex…)

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Malgré sa matière assez généreuse (8 g de SR) ce riesling laisse déjà s’exprimer la puissante minéralité de l’Engelberg…déjà très séduisant aujourd’hui il sera grand dans quelques années (je pense qu’il mérite encore au moins 2 ans de garde). Associé à des fromages à très forte personnalité comme le Pavin d’Auvergne (vache – Auvergne) ou le Soumaintrain fermier (vache – Bourgogne), le vin souffre mais ne s’écroule pas : les arômes coexistent sans interagir et la structure du vin tient sans vaciller…belle performance !

Pinot Noir Obere Hund 2011 : nez discret et raffiné sur la cerise, la torréfaction et une touche légèrement fumée, bouche superbe, matière généreuse et bien fruitée, tanins souples et fraîcheur guillerette en finale.

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Avec sa silhouette très élégante ce pinot noir plein de fruit et de gourmandise est une belle réussite : élaboré à partir d’un mélange vendange entière et vendange égrappée disposées par couches successives pendant la cuvaison et élevé en barriques et en demi-muids, il se goûte parfaitement bien dès sa prime jeunesse.
Face à un Camembert fermier au lait cru bien rustique, le côté suave et fruité du vin passe très bien, mais comme souvent lorsqu’on associe un vin rouge à une pâte fleurie, le fromage durcit et assèche les tanins en finale.
Le crémant de l’apéritif (j’en avas gardé un fond de bouteille sous la table…) trouve une très belle harmonie gustative et structurelle sur le fromage.

Les Pinots 2007 : nez riche et complexe sur le coing frais et les épices avec une touche finement boisée, charnu et solidement charpenté en bouche, finale sapide et délicatement épicée.

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Cet assemblage de différents pinots élevés durant 2 ans sous bois dans un milieu légèrement oxydatif procure des sensations surprenantes mais fort agréables au demeurant. Le caractère légèrement jurassien de cette cuvée « Les Pinots » permet de réaliser un accord somptueux avec ces deux fromages montagnards que sont l’Etivaz d’Alpage (vache – Suisse) et le Laguiole de l’Aubrac (vache – Aveyron).
Superbe vin et superbe association gustative !

Gewurztraminer Obere Hund 2011 : nez discret mais palette complexe sur la poire confite, le poivre blanc et une fine touche fumée, en bouche l’équilibre est sec avec un milieu un peu fuyant mais une finale droite et puissamment épicée.

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Ce gewurztraminer vinifié en vin sec (8g de SR) par Jean-Marie dispose d’un potentiel gastronomique évident. Même si sa structure en bouche nous fait penser que cette cuvée a encore besoin d’un peu d temps pour se mettre bien en place, il faut bien reconnaître que son expression épicée intense fait merveille face au Cap Gris Nez (vache – Pas de Calais). Le Vieux Lille (vache – Nord) qui semblait déjà trop salé sur le plateau de l’édition 2012, s’est révélé impossible à marier cette année : encore plus affiné et plus salé, il a dépassé les limites de ma tolérance gustative…je le laisse aux Chtis pour leur tartine du matin avec un bol de chicorée !

Riesling Sussenberg 2005 : nez racé et classique avec de puissants aromes balsamique, la matière assez riche (20g de SR) est équilibrée par une acidité mûre mais très rectiligne et par une intense salinité finale.
Issu du beau terroir du Sussenberg, qui prolonge le Grand Cru Engelberg vers l’ouest, ce riesling semble avoir atteint son stade de maturité optimale et nous enchante avec son élégance classique alliant gourmandise et digestibilité.
Avec le Gorgonzola (vache – Italie) l’accord est facile et évident : les arômes créent une belle harmonie et l’acidité du vin répond bien au gras du fromage.
Hélas, face à la force d’un Roquefort artisanal (brebis – Aveyron) très persillé, le vin s’incline pratiquement sans combattre

Juste avant les mignardises, Jean-Marie nous propose de déguster en primeur sa dernière cuvée de Pinot Gris Grand Cru Engelberg 2012  qui va bientôt faire son apparition sur le tarif du domaine : petites notes torréfiées et fruité délicat au nez, bouche ample, puissante et tonique avec une finale longue et tendue.

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Vinifié à la bourguignonne ce pinot gris sec et plein d’énergie est encore très jeune mais extrêmement prometteur.
Voilà une bouteille qui fera partie de notre sélection pour illustrer un futur thème du club AOC consacré à la renaissance du pinot gris en Alsace.


Pour conclure :

- Cela fait maintenant plusieurs années que la famille Bechtold organise ces rendez-vous gastronomiques qui permettent à de nombreux amateurs de déguster une série de belles bouteilles tout en testant quelques possibilités d’associations gustatives avec une sélection de fromages.
Comme lors de mes précédentes participations, j’ai pleinement apprécié l’ambiance détendue et conviviale qui a donné un côté vivant et récréatif à cette soirée mais j’ai également trouvé une occasion pour évoluer dans mes idées sur les relations complexes qui s’établissent entre vins et fromages.
Mille mercis à tous ceux qui ont œuvré pour nous permettre de vivre ces moments…

- Sur la plus haute marche de mon podium personnel des plus jolis mariages, je placerai le couple Etivaz et Les Pinots 2007, une synergie classique et évidente avec une pâte cuite montagnarde et un vin finement oxydatif. Pour les accessits, j’opterai pour les associations surprenantes mais réussies entre le Cap Gris Nez et le gewurztraminer Obere Hund et entre le gorgonzola et le riesling Sussenberg

- Les vins du domaine Bechtold se sont montrés comme à l’accoutumée très homogènes au niveau qualitatif mais bien diversifiés dans leurs profils gustatifs.
Les 2011 sont encore enveloppés de rondeurs juvéniles (assez caractéristiques de ce millésime) qui les rendent très aimables aujourd’hui mais que les amateurs de droiture et de minéralité devront attendre un peu.
Les cuvées les plus marquantes de la soirée furent pour moi le pinot noir 2011 dont l’élégance très bourguignonne m’a impressionnée et cet étonnant assemblage de pinots 2007. Après le superbe pinot gris 2007 dégusté lors de notre réunion AOC de novembre, voilà une nouvelle expérience oxydative tentée et réussie par Jean-Marie Bechtold. Chapeau !

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