Le Frankstein selon Florian et Mathilde Beck-Hartweg

LE FRANKSTEIN…


De retour dans le Bas-Rhin pour traiter mon avant dernier Grand Cru reconnu dans ce département, je vais aller fureter du côté de Dambach la Ville pour retrouver un jeune vigneron dont je suis la trajectoire depuis quelques années : Florian Beck-Hartweg.
Après quelques premiers contacts virtuels sur un forum d’amateurs de vins, j’ai eu l’occasion de rencontrer Florian à maintes reprises et dans de nombreuses circonstances : club A.O.C., visites au domaine, vendanges, dégustations à l’U.G.V....une des dernières rencontres en date fût d'ailleurs un somptueux
repas autour de ses vins.

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Vue panoramique sur Dambach et les coteaux du Frankstein…

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…et en zoomant un peu, on constate qu’on est bien au bon endroit !

Pour une fois je n’ai eu de problèmes ni pour choisir le Grand Cru ni pour trouver le vigneron qui va m’accompagner dans mon travail…on pourrait presque croire que le chapitre sur Frankstein va se réaliser sans grande difficulté.
Mais, à l’aune d’une bonne vingtaine d’études précédentes je sais que le Grand Cru de Dambach va me réserver quelques surprises…et c’est bien plus intéressant comma ça.
Hoppla, c’est reparti !

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

 

Le Grand Cru Frankstein se trouve sur le ban communal de Dambach la Ville, une cité viticole de 2016 âmes (recensement de 2013) située au pied du massif vosgien à une dizaine de kilomètres au nord de Sélestat.

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Dambach vue à partir da la chapelle Saint Sébastien.

Comme souvent, l’origine de l’histoire de Dambach-la-Ville remonte à l’époque gallo-romaine et les premiers toponymes, où on identifie clairement l’influence de cette culture, confortent cette hypothèse. D’après M.P. Urban (« La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace »), l’étymon gallo-romain « tannacum » - qui peut se traduire par « haut talus » – se trouve à la racine de tous les noms qu’on a pu répertorier dans des écrits anciens relatifs à ce village : Tambacum (1029 - 1047), Tanbach (1135), Tambascum (1190), Tamboch (1192)…mais le suffixe gallo-romain « acum » a été rapidement germanisé en « ach » ou en « bach ».
Par contre, le rapport à priori logique et évident avec le « sapin » – « Tanne » en allemand – et le « ruisseau » – « Bach » en allemand – est contesté par cet auteur.
Par la suite, le nom Tannenbach semble s’imposer avant de subir une contraction et passer à Tambach puis à Dambach. L’apposition de « La Ville » au nom du village est bien plus tardive, elle date de 1920.


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Le blason de Dambach : un sapin pour symboliser les Vosges et un ours pour évoquer le château du Bernstein (« Bär » signifie ours en allemand)

Vers 1029, Tambacum est donné à l’Evêque de Strasbourg qui décide d’en faire une place forte qui constituera la base d’attaque pour conquérir le château du Bernstein qui appartenait alors aux comtes d’Eguisheim-Dabo.
Dès le milieu du XII° siècle, les habitants de ce village ainsi que ceux des villages environnants – notamment Altenwiller (Altonisvillare en 1131) et Oberkirch – sont regroupés dans une petite cité fortifiée entourée de remparts : c’est l’enchâtellement.
En 1227, après deux mois de siège, les forces armées de l’évêque de Strasbourg parviennent à conquérir le château du Bernstein qui devient alors une nouvelle place forte épiscopale.

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Le château du Bernstein (photo du site chateauxfortsalsace.com)

Les remparts de Dambach ont été agrandis progressivement et leur plan actuel date de 1323. La date de la pose de la première pierre figure sur l’arc en grès de la porte est appelée porte d’Ebersheim.

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L’arche de la porte d’Ebersheim…

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…et les remparts est de Dambach.

La cité fortifiée qui a absorbé les villages avoisinants dont Altenweiler et Oberkirch fut élevée au rang de ville sous le règne de Berthold II de Bucheck, évêque de Strasbourg.
La configuration actuelle des rues et des maisons de Dambach est encore marquée par le manque d’espace du au confinement à l’intérieur des remparts.

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Une ruelle étroite qui conduit vers la porte de Diefenthal et une maison étroite à pans de bois datant du XVII°

Ces remparts ont servi très souvent durant les siècles qui ont suivi leur édification notamment lors de l’attaque des Armagnacs en 1444, lors de la révolte du « Bundschuh » et de la Guerre des Paysans (1525) ou durant la Guerre de 30 ans (1618-1648) où Dambach a été assiégée par les troupes suédoises puis françaises.

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L’ossuaire de la chapelle Saint Sébastien et sa célèbre devise : on suppose que certains ossements dateraient de la bataille de Scherwiller lors de la Guerre des Paysans où 13000 paysans perdirent la vie.

Le XVII° siècle fut assez sombre pour la cité fortifiée : une occupation française très dure pour les paysans, des famines, des épidémies…et de nombreux procès en sorcellerie.
Lors de la Révolution la chapelle Saint Sébastien devient le lieu de rassemblement des adversaires de l’administration révolutionnaire mais en 1796 elle est confisquée, déclarée bien national et vendue aux enchères.
La chapelle fut rachetée peu après par 32 citoyens de Dambach qui ont constitué une confrérie – la confrérie de Saint Sébastien – et dont les descendants se réunissent chaque année le jour de la Saint Sébastien.

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La Chapelle Saint Sébastien.

Au XIX° siècle la population de Dambach augmente de façon significative et la cité viticole commence à s’industrialiser : exploitation des filons de fer et de manganèse (jusqu’en 1943), création des premières usines de la ville qui produisent des cigares, des brosses puis des bas et des chaussettes.

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L’usine de chaussettes Labonal vue des hauteurs de Dambach

Malgré les guerres qui ont semé le malheur dans la population au cours du siècle dernier, Dambach n’a pas trop subi de dégradations et offre aujourd’hui aux visiteurs une occasion unique de remonter le temps en flânant dans les rues de  cette cité fortifiée riche en édifices remarquables.

Les remparts et les 3 portes du XIV° siècle :

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La porte d’Ebersheim et les remparts est de la cité fortifiée.

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La porte de Blienschwiller

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La porte de Diefenthal

Les édifices religieux :

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L’église Saint Etienne construite au XVIII° siècle à la place d’une ancienne chapelle du XIII°.

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L’ancienne synagogue datant du XIX° siècle.

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La chapelle Saint Sébastien…


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…et son somptueux maître-autel baroque datant du XVII° siècle et sculpté par les frères Winterhalter dans du bois de tilleul, de poirier et de chêne.

L’hôtel de Ville datant de la Renaissance (1547) :

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L’Hôtel de Ville de Dambach

Les maisons à colombages et à pans de bois :

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Remarquable maison médiévale avec un oriel en bois (rajouté en 1599)

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Des colombages magnifiques à chaque coin de rue…

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…et de nombreux oriels en bois.

Le touriste qui aime musarder dans les rues pour admirer de belles constructions sera comblé par une promenade dans les rues étroites de Dambach mais le marcheur plus sportif pourra profiter des nombreux sentiers de randonnées balisés entre le Mont Sainte Odile et le château du Bernstein.

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L’œnophile pourra se mettre en condition en arpentant le nouveau sentier viticole qui passe dans les coteaux du Frankstein en reliant les plus beaux points de vue sur la cité (il faut quand même compter 1H30 de promenade). Après il pourra se rafraîchir en visitant l’une des nombreuses caves de grand village viticole – on dit que c’est le plus grand d’Alsace – et avec sa cave coopérative et ses nombreux vignerons indépendants…difficile de ne pas y trouver son bonheur !

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« Un moment sur le chemin des vignes » : c’est le sentier viticole de Dambach.

 

Le Grand Cru Frankstein s’étend sur une superficie de 56,2 hectares et est délimité sur 4 coteaux exposés à l’est et au sud-est : le Frauenberg et le Pflanzer au nord et au sud de la Chapelle Saint Sébastien, le Frankstein qui a donné son nom au Grand Cru et le Lanzenberg situé au dessus du village de Dieffenthal.

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Vignes sur le coteau du Frauenberg…

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…dans le grand amphithéâtre du Pflanzer...

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…sur le Frankstein…

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…et sur le Lanzenberg.

Les parcelles de ce Grand Cru se situent à une altitude comprise entre 220 et 340 mètres et la totalité de leur superficie est incluse dans le ban viticole de Dambach.

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Les 4 secteurs du Grand Cru Frankstein

L’origine du nom Frankstein n’est pas très bien définie et même une grande spécialiste de l’histoire de Dambach comme Yvette Beck-Hartweg (la mère de Florian) n’a aucune certitude à ce sujet : le préfixe « Frank » ou « Franken » fait probablement référence au nom ou au prénom d’un ancien propriétaire du lieu « mais ce dont on est sûr c’est que le nom Frankstein n’a aucun rapport avec les francs »…bref, le mystère reste entier !

Sur le plan géologique Serge Dubs (« Les Grands Crus d’Alsace » 2002) et le C.I.V.A. (Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace) placent le Frankstein dans la petite famille des terroirs granitiques. Ce type de terroir est assez rare dans la famille des Grands Crus : les granits purs ne se trouvent que dans 2 terroirs classés bas-rhinois (Frankstein et Winzenberg) et 4 terroirs classés haut-rhinois (Schlossberg, Wineck-Schlossberg, Sommeberg et Brand).
La roche-mère du Frankstein est constituée de granit à 2 micas (mica noir et mica blanc) et le terroir d’arène granitique qui résulte de la dégradation de cette roche se présente sous la forme de petites caillasses et petits grains de cailloux contenant très peu d’argile.

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Pieds de vignes sur le Frauenberg, sur le Pflanzer…

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…sur le Frankstein et sur le Lanzenberg.

Au niveau physique, les sols du Frankstein sont très légers, peu profonds, pauvres en éléments organiques mais riches en éléments minéraux : la silice du quartz apporte l’acidité, le mica qui se fractionne génère la structure granuleuse au sol et le feldspath dégradé se transforme en argile à feuillets.
Ce type de sol très filtrant oblige la vigne à plonger ses racines très profondément à travers les fissures de la roche-mère pour trouver les éléments nutritifs nécessaires à sa croissance.

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L’aspect physique du sol du Grand Cru

Protégé des flux d’ouest par la les crêtes montagneuses qui dépassent 800 mètres (entre l’Ungersberg et le Val de Villé) bénéficiant d’une exposition dominante au sud et avec un sol granitique qui emmagasine la chaleur durant la journée pour la restituer durant la nuit, le Frankstein est généralement identifié comme un terroir chaud et précoce.

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Un versant sud du Pflanzer au soleil et la pente nord (hors Grand Cru) sous la neige…en hiver on comprend mieux l’influence de l’exposition !

De nombreuses archives d’époque nous confirment que l’histoire de Dambach a toujours été liée à la vigne et au vin. Il y a notamment ces anciens règlements de la ville datant de 1364 et de 1562 où on constate que de nombreux articles étaient consacrés à l’organisation des métiers de la vigne et du vin.
Les tonneliers formaient une corporation très importante : non seulement ils fabriquaient les tonneaux mais ils étaient également sollicités pour assister les vignerons pendant les vinifications. On dit même que c’était le tonnelier de garde qui sonnait la cloche de l’hôtel de ville pour informer les vignerons de l’arrivée d’un acheteur de vin.

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La place de l’Hôtel de ville avec la fontaine de l’ours et la maison des tonneliers

Dès le haut moyen-âge, le terroir du Frankstein était identifié par les vignerons et recherché par les connaisseurs : il y a des écrits qui attestent qu’en 1291, le Couvent Sainte Agnès de Strasbourg possédait des vignes sur le lieu-dit « Auf dem Frankenstein ». D’autres textes nous apprennent que l’Abbaye d’Unterlinden de Colmar et l’Evêché de Strasbourg y possédaient également des vignes.
A partir du XVII° siècle la culture de la vigne se développe de façon importante à Dambach et aujourd’hui ce village possède l’un des plus grands vignobles d’Alsace.
Le Grand Cru Frankstein a été délimité avec beaucoup de sagesse par les vignerons locaux qui n’ont sélectionné que les coteaux bénéficiant de la meilleure exposition et c’est en 1992 (décret du 17 décembre) que ce terroir fut officiellement classé parmi les Grands Crus d’Alsace.

Au niveau de la viticulture, l’encépagement est dominé par le riesling et le gewurztraminer mais le pinot gris et le muscat y sont également représentés. Bien qu’exclu de l’appellation Grand Cru, le pinot noir qu’on trouve depuis toujours sur le Frankstein, produit de très beaux vins et pourrait bien revendiquer son intégration dans les prochaines années.

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La plupart des parcelles du Grand Cru son enherbées comme ici sur le Frauenberg…

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…où là sur le Frankstein.

Même s’ils peuvent être appréciés dans leur jeunesse pour leur fruité agréable, les vins du Frankstein sont avant tout des vins de garde : il faut les attendre au moins 3 ans si on veut que le caractère propre du Grand Cru commence à se révéler mais tous les sommeliers s’accordent pour affirmer qu’un bon Frankstein atteint son apogée au bout d’une quinzaine d’années.
Les rieslings jeunes s’expriment de façon très guillerette avec des arômes floraux (fleur de sureau, fleur d’acacia, bourgeon de cassis), un fruité délicat (pamplemousse) et une touche mentholée. En bouche les vins sont toujours très droits avec une minéralité cristalline et une belle salinité.
En vieillissant les rieslings gardent leur côté juvénile avec un équilibre cristallin et une salinité qui s’intensifie mais leur expression aromatique se complexifie en développant des nuances de résine et de pierre à fusil.

Les gewurztraminers restent fins et aériens même avec des niveaux de maturité élevés. Les arômes évoluent entre les fruits blancs, les fruits exotiques et les épices (safran, cardamome). La bouche reste fraîche grâce à une acidité toujours présente et une minéralité marquée. Avec l’âge « terroir et cépage rivalisent pour réussir un mariage de raison » (S. Dubs), l’aromatique se complexifie en laissant apparaître des nuances caractéristiques de miel de sapin et de résine.

Les pinots gris sont opulents et charpentés mais avec un équilibre très gastronomique. Les arômes fumés caractéristiques du cépage ne sont jamais trop marqués et laissent la place à des palettes florales et mentholées.

Le muscat s’exprime tout en finesse et dévoile un fruité croquant, de jolis arômes floraux et des nuances mentholées en finale.

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Un nom qu’on voit de loin !

 

…SELON FLORIAN ET MATHILDE BECK-HARTWEG

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Après plusieurs atermoiements dus à des emplois du temps incompatibles, nous sommes arrivés à nous entendre sur une date et c’est donc avec une vraie impatience que je me rends à Dambach pour parler « Frankstein » avec l’ami Florian.
Conçu par le vigneron et son épouse le programme de ce dimanche de février est plutôt prometteur puisqu’il nous propose de déguster une longue série de crus du Frankstein et de tester quelques accords mets/vins avant de faire une promenade digestive dans les vignes.

Pour débuter cette longue journée « d’étude » Florian nous invite à le suivre dans sa cave pour une dégustation géoensorielle de ses cuvées Grand Cru 2016…mon protocole habituel qui place la séquence de questionnement théorique avant les travaux pratiques est un peu chamboulé mais au fond je crois que c’est une très bonne idée : nos échanges verbaux auront surement plus de consistance après une expérience gustative.

La cave est plongée dans le noir et c’est à la lueur d’une bougie que Florian remplit nos verres avec des jus prélevés sur ses vieux foudres…silence et concentration maximale sur le comportement du vin en bouche : dynamisme, texture, épaisseur, qualité de l’acidité…

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Grâce à l’éclair du flash, mon appareil photo a pu voir ça…

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…mais dans la lumière réelle on voit çà !

Riesling G.C. Frankstein 2016 : acidité bien centrée mais assez virevoltante, matière élancée, léger grip tannique sur les côtés de la langue, amers salivants en finale.

Pinot Gris G.C. Frankstein 2016 : matière sphérique, plus épaisse, structure acide semblable à celle du riesling, amertume plus présente qui provoque une salivation intense.

Gewurztraminer G.C. Frankstein 2016 : aromatique bien en place et déjà très expressive, notes de grillé sur un fond résine/cire d’abeille, structure acide toujours très centrée mais enrobée par une matière généreuse.

Pinot Noir F 2016 : structure acide saline qui fait immédiatement penser au riesling, aromatique qui s’ouvre progressivement en bouche, petits fruits rouges croquants et belles sensations minérales en finale.

Déguster dans le noir est un exercice difficile mais il nous permet d’approcher de façon très directe les caractères organoleptiques constitutifs de l’identité d’un terroir comme la cinétique de l’acidité et la qualité de la présence saline.
Ces 4 vins dégustés en cours d’élevage – et à des stades différents – nous ont permis de sentir deux constantes remarquables :
- une acidité directe et bien centrée
- une expression minérale qui se révèle à travers un grain tannique vibrant et des amers qui font saliver.
Voilà une étude qui commence plutôt bien, non !


On remonte vers la lumière pour aller s’installer dans la « Stube » et poursuivre notre dégustation par une impressionnante série de bouteilles, servies à l’aveugle.

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Suite de la dégustation Frankstein avec la famille d’un grand oenophile…qui doit regretter de ne pas être là !


Granit 2015 : expression complexe, palette florale discrète, notes d’écorce, matière consistante, structure acide/saline solide et bien en place, structure très droite.
Riesling Frankstein 2015 : nez un peu brouillon, notes d’amande amère et de résine, matière élancée, acidité fine et droite, salinité intense.
Pinot gris Frankstein 2015 : notes grillées et fumées au nez, matière riche et sphérique, structure acide/saline cohérente qui étire progressivement la structure, mais la finale reste plutôt aimable.

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Réalisée à partir d’un assemblage de 3 cépages récoltés sur des coteaux granitiques (pinot noir sur le Rittersberg, pinot gris et riesling sur le Breitstein) et vinifiés « nature », cette cuvée Granit constitue peut-être le révélateur parfait de ce type de terroir.
Le riesling non filtré et non sulfité aura besoin de temps en bouteille pour se mettre en place mais au niveau de sa présence en bouche l’air de famille avec la cuvée Granit est une évidence.
Le pinot gris semble plus apaisé et met un terme à cette triplette de 2015 en laissant une jolie impression de gourmandise.


Riesling Frankstein 2014 : nez complexe, notes fruitées (pêche blanche) et pierreuses, touche de résine, matière très droite, acidité vive et grain tannique assez ferme, finale un peu rustique.
Pinot gris Frankstein 2014 : nez timide, notes de résine et minéralité sensible (pierre chaude, silex), matière souple et élancée, acidité bien mature, salinité appétente en finale.

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Ces deux vins de 2014 développent expressions aromatiques discrètes qui partagent cependant un véritable air de famille mais leurs présences en bouche restent encore assez marquées par le cépage…même si la minéralité commence à imprégner les finales.


Riesling Frankstein 2013 : nez bien ouvert, notes de miel de fleurs et d’amande grillées sur un fond minéral bien marqué (silex), matière dense mais silhouette assez svelte, acidité ciselée et traçante, belle salinité en finale.
Gewurztraminer Frankstein 2013 : olfaction suave, bouquet floral très séduisant et fines notes de noisette, bouche ample et riche, équilibre confortable avec une structure acide/saline qui ne se fait pratiquement pas sentir (mais qui tient l’ensemble), finale miellée et délicatement saline.

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Avec leurs éléments constitutifs très puissants, on dira que ces deux bouteilles auront du mal à renier leur millésime mais après quelques années de garde on sent que de belles harmonies sont en train de se construire et que le terroir du Frankstein est loin d’avoir dit son dernier mot.
Patience…


Riesling Frankstein 2012 : nez expressif et séduisant, notes de miel, de résine et de pierre à fusil, structure acide/saline qui se pose immédiatement en bouche et qui tient fermement un jus fruité très noble, la finale s’étire et s’allonge, la présence tannique persiste longuement en stimulant les papilles.
Pinot noir F 2012 : expression aromatique très élégante, notes de fruits rouges mûrs et de poivre, texture en bouche qui rappelle le riesling avec cette flèche acide/saline qui traverse le palais et ce grain tannique fin et persistant, retour aromatique sur le poivre et la pierre chaude.

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Ces deux très belles bouteilles confirment que 2012 est décidément un très grand millésime en Alsace mais aussi et surtout que le terroir du Frankstein se fiche un peu du cépage et de la couleur pour exprimer son identité : un riesling archétypique et un pinot noir qui montre la valeur de ce cépage sur ce terroir…voilà sans doute deux vins référence sur le Frankstein !


Pinot noir F 2011 : nez assez évolué, palette un peu animale, notes de cuir et de poivre, touche grillée, matière compacte, structure allongée mais finale assez austère, sillage réglissé.
Avec son expression aromatique qui le fait plus vieux qu’il n’est est sa matière en bouche encore un peu sauvage, ce vin ne semble pas très bien en place à l’heure actuelle…pas sûr qu’il faille déboucher des pinots noirs 2011 en ce moment !


Pour continuer notre quête à la recherche de l’âme du Frankstein, Florian nous propose une série de triplettes composées de 3 bouteilles de millésimes différents :

Riesling Frankstein 2010 : nez ouvert et séduisant, notes de fruits exotiques, de résine et de cire d’abeille sur un fond minéral discret, acidité immédiate et traçante en bouche qui structure une matière bien mûre, beau développement aromatique sur l’ananas frais, finale tonique et très salivante.
Pinot noir F 2009 : olfaction un peu tertiaire à l’ouverture mais le fruit se montre assez rapidement après aération, notes de prune sur un fond minéral bien dessiné, matière dense, équilibre droit, tanins soyeux, finale tonique marquée par une belle présence saline.
Riesling Frankstein 2008 : nez intense, notes exotiques sur un fond citronné, matière étirée par un acidité très droite mais milieu de bouche suave – presque sucré – avec des nuances miellées et citronnées, finale fraîche et salivante, sillage long sur les herbes aromatiques.

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Nous commençons par 2 rieslings majestueux issus de deux grands millésimes (en Alsace du moins) : le 2010 et le 2008 qui entrent dans leur phase de plénitude révèlent une vraie gourmandise avec une empreinte minérale très bien définie et dont la présence nous rappelle que ce sont également des vins de garde..
Entre ces deux blancs nous trouvons un pinot noir généreux et gourmand qui commence à révéler son terroir mais qui aura besoin d’un peu plus de temps pour laisser parler vraiment le Frankstein.


Riesling Frankstein 2007 : nez bien en place, notes de miel et de pinède, matière assez riche parfaitement équilibrée par une acidité fine mais structurante, finale fraîche et légère…glissante à souhait.
Riesling Frankstein 2006 : expression olfactive élégante et spontanée, fruits blancs, miel de fleurs et touche de cire d’abeille, matière suave en bouche, structure un peu légère mais présence très avenante, retour minéral en finale.
Gewurztraminer Frankstein 2005 : nez flatteur et bien complexe, notes de fleurs et de résine, attaque souple en bouche, sensations acides et salines qui prennent progressivement de l’ampleur, finale tonique avec des amers nobles et un sillage épicé.

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Même s’ils sont issus de millésimes très différents ces deux rieslings se sont montrés particulièrement séduisants et épanouis aujourd’hui : arrivé dans la force de l’âge mûr le 2007 est un vrai bonheur et le 2006 que je n’attendais pas à ce niveau apporte une preuve supplémentaire pour confirmer la qualité du travail de ces vignerons. Chapeau !
Récompensé par une médaille d’or au concours du « Meilleur gewurztraminer du monde » le Frankstein 2005 révèle une classe absolue et une jeunesse insolente.


Riesling Frankstein 2004 : nez subtil et raffiné, palette sur les agrumes mûrs (mandarine), touches miellées discrètes, belle présence en bouche, acidité bien en place, salinité qui marque plus la saveur que la texture, finale un peu plus courte mais jolie fraîcheur.
Tokay Pinot Gris Frankstein 2003 : expression aromatique très généreuse, notes de poire au sirop, touche de menthe fraîche et fines nuances grillées, matière opulente, milieu de bouche légèrement moelleux, finale digeste avec une présence acide/saline sensible.
Gewurztraminer Frankstein 2002 : nez frais et complexe, notes d’eucalyptus et de menthe poivrée, nuances miellées et grillées, matière riche tenue par une arête acide assez solide, finale très sapide avec une salinité et des amers très appétents.

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Cette nouvelle triplette nous présente 3 cépages différents dans 3 millésimes (très) différents…mais l’âge aidant on trouve de plus en plus d’éléments communs dans ces vins et on sent que le Frankstein commence à parler haut et fort !
Le riesling 2004 est étonnant de pureté et de gourmandise, la chair est élégante et l’expression aromatique ne porte pas les habituels stigmates d’une vendange en sous-maturité.
Le pinot gris 2003 est d’une fraîcheur tout à fait inattendue et le gewurztraminer 2002 exprime avec beaucoup d’allant la force saline du Frankstein.


Riesling Frankstein 2001 : nez flatteur, notes d’ananas frais et de citron mûr, nuances résineuses en fond, matière fuselée, acidité droite et filante, salinité très large qui vibre sur les côtés de la langue, finale tonique, sillage aromatique fruité avec une petite touche grillée.
Riesling Frankstein 2000 : nez très mûr, notes de raisin sec, de miel et de résine, matière longiligne, acidité qui se tend progressivement, finale fraîche et sapide.
Gewurztraminer Frankstein-Cuvée Marie Louise 1997 : fruité confit au nez, notes de pâte de coing et de noisette grillée, matière riche et concentrée, texture fluide et bien glissante, finale rafraîchie par de délicates nuances mentholées.

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Précédant un riesling 2000 en très grande forme – millésime historique oblige – le premier riesling de ce beau trio confirme le fait que 2001 est surement l’un des plus grands millésimes alsaciens de ces 20 dernières années.
Récolté en V.T. le gewurztraminer qui a le même âge que mon Titi, est une cuvée qui montre une gourmandise et une jeunesse tout à fait remarquables…un bel hommage à la grand-mère de Florian.


Riesling Frankstein 1996 : nez discret, notes de noisette grillée et nuances d’herbes à tisane, bouche nette et précise avec une acidité très droite et une finale parfaitement sapide.
Tokay Pinot Gris Frankstein 1994 : nez intense et charmeur, fruité bien mûr, notes de miel de sapin et fine touche mentholée, attaque suave en bouche, acidité qui monte rapidement en puissance, finale très tonique, sillage réglissé et mentholé.
Gewurztraminer Frankstein 1989 : nez superbe de complexité, notes de réglisse, d’infusion puis senteurs florales très raffinées qui se révèlent après oxygénation, silhouette svelte et élégante en bouche, équilibre frais, finale longue, arômes de noisette grillée, de réglisse et d’épices douces, amers salivants.

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Notre remontée dans le temps se poursuit avec 3 vins absolument splendides : un riesling de plus de 20 ans archétypique et sans concession, un pinot gris 1994, issu d’un millésime difficile et d’une vigne très jeune (à l’époque), qui montre une plénitude absolue et un gewurztraminer 1989 qui m’a mis sur le c… avec sa complexité incroyable et son équilibre encore plein d’énergie juvénile.


Riesling Frankstein 1986 : nez évolué mais encore très agréable, notes de miel, d’amande et de noisette, matière qui manque un peu de profondeur mais équilibre frais et tonique avec une acidité vive et constante qui file droit.
Riesling Frankstein ???? : nez bien ouvert et complexe, notes de noisette grillée et de noix de muscade, nuances grillées/torréfiées, matière svelte étirée par une acidité fine et profonde, équilibre très frais, finale « punchy », belle présence minérale et retour aromatique de grande longueur.
Gewurztraminer 1972 : nez mûr et complexe, notes de fruits jaunes (mirabelle, abricot), nuances poudrées et fine touche de rancio, matière longiligne, acidité solide et bien en place, présence saline sensible, finale salivante, sillage réglissé.

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La dernière triplette de crus du Frankstein nous confirme que ce terroir est fait pour produire des vins de temps : un riesling quadragénaire toujours fringant, un autre dont on ne connait pas le millésime – « probablement un 1973 » – mais qui révèle une palette complexe et une énergie impressionnante et pour finir en apothéose, un gewurztraminer profond et minéral où on sent vraiment l’âme d’un beau terroir granitique (issu d’une parcelle sur le Lanzenberg situé au dessus du Grand Cru)…un vin exceptionnel vinifié par le grand-père de Florian. Respect !!!

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Si après ça  je ne comprends pas ce Grand Cru…


La suite de notre rencontre se passe à table où Florian et Mathilde me proposent de tester quelques accords mets/vins avec des crus du Frankstein.
Nous profitons de cette pause gourmande pour aborder ma série de questions habituelles sur le Grand Cru.


Comment définiriez-vous ce terroir ?

Malgré le fait qu’il soit constitué de 4 coteaux « le Frankstein est un terroir qui présente une unité géologique remarquable ».
« Ce sont des sols de granit rose à 2 micas. Ils sont composés de sables et de cailloux provenant de la dégradation de la roche-mère granitique ».

Le terroir du Frankstein est « un terroir pauvre et sec » : c’est du aux effets conjugués d’une « pluviométrie très faible, d’un fort pouvoir drainant des sols et d’une exposition dominante au sud ».

Il y a néanmoins des différences qui apparaissent lorsqu’on compare les secteurs haut et bas des différents coteaux « les sols sont plus riches en bas de coteau ».


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Lorsqu’on considère l’histoire récente du vignoble de Dambach (les 40 dernières années) « le riesling et le gewurztraminer sont les cépages les plus plantés sur le Frankstein ».
Mais lorsqu’on remonte un peu plus loin dans le temps on s’aperçoit que le pinot noir était très bien représenté sur le Grand Cru.

En termes de qualité le riesling « qui a le vent en poupe en ce moment » est un vecteur naturel pour exprimer le terroir du Frankstein et le gewurztraminer « reste très intéressant »…surtout après quelques années de garde (cf. la dégustation ci-dessus).
Le pinot gris s’est répandu « pour remplacer le sylvaner et le pinot noir au moment du décret qui a reconnu le Frankstein comme Grand Cru »…mais Florian reste un peu réservé sur ce cépage : « si le Frankstein fait de très beaux pinots gris, le pinot gris ne fait pas de grands Frankstein ».

Bref, pour Florian le trio gagnant sur le Frankstein c’est « riesling, gewurztraminer et pinot noir » et il espère bien qu’un jour on reconnaîtra ces coteaux granitiques pour leur aptitude à produire de grands vins rouges.

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La parcelle de pinot noir du domaine Beck-Hatweg sur le Frankstein.


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

La longue dégustation qui a précédé la traditionnelle séquence  de questions/réponses, nous a permis de nous faire une idée très précise du caractère  des vins su Frankstein.

Petit résumé :
-quelques constantes au niveau aromatique : amande amère, résine, menthol, poivre et nuances grillées.
- quelques constantes au niveau de la structure : acidité droite et centrale qui monte en puissance progressivement – « Tout se perçoit au centre de la langue » – salinité austère avec une granulométrie épaisse et anguleuse.
- dans leur jeunesse, les vins du Frankstein sont souvent aimables et suaves mais en vieillissant le terroir affirme sa présence avec une acidité et une salinité très marquées.

Comme tous les grands vins de terroir, les crus du Frankstein se reconnaissent surtout en bouche par « leur structure cristalline, leur silhouette élégante et leur équilibre aérien ».


Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être ce Grand Cru ?

Dégustateur averti et curieux, Florian n’a pas été gêné par la question spéciale Thierry Meyer, même s’il a eu des difficultés à choisir les vins et les vignerons qui l'ont influencé sa façon d’imaginer le Frankstein idéal : « Il y en a beaucoup trop ! »…mais en insistant un peu j’obtiens quand même quelques références.

Florian a ressenti la dernière grande émotion vinique sur le Frankstein face à une bouteille de riesling 1983 du domaine Kirschner « plus de 30 ans, une présence saline réelle et un équilibre parfait entre richesse et droiture ».
Si on quitte l’Alsace, Florian avoue être très admiratif du travail des frères Bret « pour leur parfaite gestion de la tension dans leurs vins » mais il apprécie aussi les vins de Michel Grisard dont il a goûté « quelques vieux millésimes remarquables ».
En ce qui concerne le « travail sur le fond et sur les expressions salines » ce sont les vins de Julien Guillot du Domaine des Vignes du Maynes qui constituent des références.

Mais Florian cherche également son inspiration dans les vignobles étrangers, notamment en Italie dans le vignoble du Piémont où il apprécie particulièrement « la gestion exemplaire des élevages dans les Barolo ».


Comment voyez-vous l’avenir de ce terroir ?

Florian est responsable de la gestion locale du Frankstein depuis près de 10 ans et voit l’avenir du Grand Cru avec optimisme : « même s’il n’y a pas de grande maison qui porte le Frankstein, Dambach compte une génération de jeunes vignerons (Eric Kamm, Juline Frey, Maxime Schaeffer-Woerly, Olivier Carl…) qui travaillent très bien et qui défendent leurs terroirs avec beaucoup de conviction ».
Le Frankstein est aussi le seul Grand Cru alsacien qui a sa propre confrérie « Les Bienheureux du Frankstein » : cette confrérie vinique née en 1990 réunit des vignerons et des amateurs prêts à s’investir pour faire connaître et reconnaître la qualité des vins et des terroirs de Dambach.
Les Bienheureux disposent d’une oenothèque avec environ 2000 bouteilles sur 20 à 30 millésimes : «  nous projetons d’installer cette collection de bouteilles dans la cave de la Maison des Compagnons ».
Chaque année la confrérie organise une manifestation festive baptisée « Pierres et vins de granit » et en 2017 elle aura lieu le 23 avril…avis aux amateurs !

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Les Bienheureux ont aussi leur vigne sur le Frankstein

Avec une jeune garde vigneronne motivée et compétente, une confrérie garante de la tradition et une visibilité grandissante dans le paysage viticole alsacien, Dambach et son Grand Cru ont décidément  beaucoup d’atouts en main pour réussir.


Les vins du domaine : quelle conception ?

Que ce soit dans leurs vignes ou dans leur cave, Florian et Mathilde effectuent un travail remarquable avec comme souci permanent le respect de la nature.
Florian revendique et assume : « il y en a qui me prennent pour un extrémiste mais je trouve qu’il est fondamental de ne pas faire de concession pour garder une cohérence dans sa pratique »…et tous ceux qui connaissent ce vigneron savent que ce ne sont pas des déclarations de pure forme !

Les vignes du domaine sont labellisées en bio depuis des années grâce à une viticulture vraiment exemplaire à tous points de vue.
« L’équilibre des sols conditionne l’équilibre de la vigne qui conditionne l’équilibre des raisins et l’équilibre des vins »
En règle générale le sol est travaillé deux fois par an : une scarification pour aérer la terre et un passage au rolofaca pour assurer un paillage du sol en fin de floraison.
Depuis quelques millésimes Florian a adopté la taille Guyot Poussard dans ses vignes « c’est une technique qui est censée limiter le développement de l’esca ».

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Florian à la taille sur le Frankstein

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Un pied taillé en Guyot Poussard

Les actions de rognage ont été abandonnées pour que « la plante consacre son énergie à la maturation des baies plutôt qu’à la repousse ». Grâce à cette pratique Florian obtient « des maturités physiologiques plus précoces mais avec moins de sucre ».
Bien évidemment de nombreux travaux se font à la main « il y a de moins en moins de tracteur dans les vignes du domaine » et quand c’est nécessaire Florian utilise son plutôt quad « un engin qui ne tasse que très peu le sol dans le rang ».

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Sur le Frauenberg : des rangs de pinots gris du domaine et en bas une autre parcelle de pinots gris (à gauche) et deux parcelles de rieslings (une jeune vigne au centre et une vieille vigne à droite.

En cave, les vins fermentent à leur rythme sous l’action exclusive de levures indigènes et sont élevés dans de vieux foudres en bois – 90% de la production du domaine et 100% des vins du Frankstein – avec le moins d’interventions possible (peu ou pas de filtrations, peu ou pas de SO2).
Disposant d’un volume de cuvage de 600 hl pour une production de 200 hl, Florian dispose d’une marge confortable pour adapter le plus précisément possible la durée d’élevage à chaque cuvée.
Le domaine produit en moyenne 25000 bouteilles par an.
Grâce à un gros travail d’information et de communication, Florian et Mathilde ont réussi à développer leur marché à l’international avec quelques importateurs passionnésqui distribuent  leurs vins au Japon, aux Etats Unis et dans de nombreux pays européens. Mais ce qui fait leur vraie fierté c’est que les vins du domaine trouvent de plus en plus leur place chez les cavistes et les restaurants de la région, tout comme dans les caves des amateurs locaux…qui a dit que nul n’était prophète en son pays !


Et dans le verre ça donne quoi ?

Dans le verre ça a plutôt bien donné…non !!!

Mais je vais quand même finir par vous livrer quelques impressions relatives aux accords entre quelques mets et quelques vins dégustés aujourd’hui.


Tartares de dorade et saumon accompagnés de petits légumes crus avec Granit 2015 et riesling Frankstein 2014

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Sur le plan aromatique les deux vins fonctionnent parfaitement : face à la douceur des saveurs des poissons, la cuvée Granit réagit à l’unisson alors que le riesling plus vif et plus droit se place en rupture pour créer un bel équilibre gustatif.
Lorsqu’on analyse les sensations en bouche on constate que ce plat donne un relief supplémentaire à la salinité de ces deux vins…pas de doute, le poisson cru adore le Frankstein !


Dorade grillée et purée patate/panais avec pinot noir F 2012

Ce pinot noir profond et minéral trouve l’harmonie parfaite avec le poisson grillé et sa purée délicatement anisée : cette association étonnante fait également ressortir la salinité du vin tout en trouvant une belle harmonie finale avec un long sillage poivré…il faut bien se rendre à l’évidence, le poisson aime aussi le rouge !


Blanquette de veau au citron et aux petits légumes avec pinot gris Frankstein 2014

La tendreté de la viande, les arômes des petits légumes du Frankstein – ils poussent vraiment dans les vignes – et les nuances citronnés de ce plat parviennent à faire ressortir l’expression du terroir du Frankstein en donnant plus de profondeur à l’acidité du vin…voilà un bel accord où le veau et le citron ont fait parler le Frankstein.


Tajine d’agneau aux épices douces avec gewurztraminer Frankstein 2013 et gewurztraminer Frankstein 2002

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Face à ce plat aux saveurs complexes et suaves les deux gewurztraminers ont crée des accords complètement fusionnels : avec le 2013 encore très jeune, l’harmonie gustative sur les épices (badiane, girofle, cardamome) a été totale alors que le 2002 qui montre une structure plus mature est parvenu à faire résonner à l’unisson les arômes et les textures…encore une preuve éclatante que les grands gewurztraminers alsaciens savent se tenir à table !


Plateau de fromages avec riesling Frankstein 2001

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Là je dois avouer que mon ventre à crié « pouce » et je n’ai pas pu tester vraiment tous les accords mais je me suis concentré sur un duo classique entre un vieux riesling et un parmesan affiné…imparable !!!

Comme il est 17 heures passées et qu’une pluie fine tombe sur Dambach nous décidons d’un commun accord de laisser tomber la dernière partie de notre programme…dommage car je suis toujours content de pouvoir faire une promenade sur les coteaux du Frankstein…mais le printemps n’est plus si loin et je me réjouis déjà d’arpenter une fois de plus ce magnifique vignoble.


Pour conclure, un petit bilan sur cette nouvelle expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Frankstein comme avant !

- Perpétuant une tradition familiale militante, Florian met en œuvre, dans son travail comme dans sa vie quotidienne, des pratiques extrêmement vertueuses qui ont comme objectif la préservation de notre environnement.
A chaque fois que je me promène dans les parcelles du domaine Beck-Hartweg je suis impressionné par la beauté des pieds de vigne et par la qualité des sols. C’est dans ce milieu plein d’énergie positive qu’on sent le mieux les effets de la viticulture rigoureuse et sans concession de ce vigneron convaincu que « des vins qui naissent sur des sols vivants et en bonne santé gagnent en profondeur et affirment des expressions salines plus intenses ».
Arrivée au domaine il y a quelques années, son épouse Mathilde apporte sa pierre à l’édifice en assistant Florian dans ses travaux à la vigne où elle expérimente les différentes cultures légumières et en cave où elle s’investit pour promouvoir les vins sans soufre. Elle aime aussi partager sa passion pour ses vins et ses terroirs en accueillant les clients au caveau et à l’occasion des salons du vin.
Florian et Mathilde défendent un projet fort et s’investissent sans compter pour faire progresser leur entreprise et leurs idées…je pense que leur engagement et leur sincérité méritent le respect et que leur réussite actuelle est pleinement méritée.

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Au fait, Mathilde est également un peu artiste.

- Les vins du domaine Beck-Hartweg révèlent le terroir du Frankstein dans ce qu’il a de plus intime et cette longue série de bouteilles dégustées aujourd’hui nous ont permis de sentir quelques constantes remarquables dans le profil des vins en bouche : matières sveltes, acidités rectilignes, centrales et véloces et salinités bien marqués, perceptibles tant au niveau du toucher qu’au niveau de la saveur.
Nous avons également pu nous rendre compte que les Frankstein n’avaient que faire du temps qui passe : tenus pas un maillage acide/salin bien en place, les vins gardent toujours une belle fraîcheur même après 10, 20, 30 ou 40 ans de garde.

Grâce aux effets conjugués de la force du terroir et de la qualité du travail de 3 générations de Beck-Hartweg, nous avons pu goûter près de 40 cuvées qui, de la plus jeune à la plus ancienne, se tenaient vraiment très bien…une vraie démonstration !

- Mille mercis à Mathilde et à Florian pour cette journée qui restera longtemps dans ma mémoire d’oenophile alsacien.

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Dernière vue sur Dambach et la chapelle Saint Sébastien depuis le coteau du Frauenberg.


Première publication de cet article : 2017

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