Le Pfingstberg selon Frédéric Schmitt

LE PFINGSTBERG…

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Voilà près de 5 ans que j’ai débuté ma longue promenade dans le vignoble alsacien à la découverte de ses meilleurs terroirs et pourtant c’est toujours aussi compliqué pour moi de choisir un nouveau Grand Cru à étudier. Il est vrai que pour le Bas-Rhin j’ai opté pour une solution de facilité car en décidant de suivre une trajectoire nord-sud pour définir mes différentes étapes il ne me reste plus qu’à inviter un vigneron pour m’accompagner et poser un nouveau jalon dans mon aventure vinique. Fastoche !
Pour le Haut-Rhin je n’ai jusqu’ici rien trouvé de mieux que de laisser s’exprimer ma subjectivité : un terroir qui m’intriguait, un vigneron dont j’appréciais la personnalité et le travail, une émotion particulière suite à la dégustation de l’une ou l’autre cuvée née sur une parcelle classée…et ma nouvelle destination sur la route des vins se définissait tout naturellement.
D’ailleurs, pour cette vingtième visite sur la route des Grands Crus, je vais rester fidèle à la tradition sans essayer d’être plus rationnel dans mon choix.
Frédéric Schmitt est un vigneron que je connais depuis quelques années et dont je sais déjà qu’il sera un guide remarquable sur un coteau qu’il connaît comme sa poche et où il conçoit des vins qui m’ont très souvent impressionné…plus d’hésitation possible, ma prochaine halte se fera donc à Orschwihr pour essayer de percer les secrets du Pfingstberg.
Hoppla, c’est reparti !

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Pas de doute…nous sommes arrivés au bon endroit !

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


Le Grand Cru Pfingstberg se trouve sur le ban communal d’Orschwihr, un village de 1030 habitants (chiffre datant de l’année 2011) situé dans un vallon bordé à l’ouest par les contreforts du massif vosgien et à l’est par le promontoire du Bollenberg.

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Otaleswilre semble être le nom le plus ancien que l’on rencontre concernant Orschwihr, puisqu’il apparaît dans un acte de donation entre le comte Eberhard d’Eguisheim au couvent de Murbach datant de l’année 728.
A partir du XII° siècle la localité est mentionnée dans nombre de documents qui nous permettent de suivre l’évolution de son nom à travers l’histoire : c’est ainsi que nous savons qu’Orschwihr s’est appelé Alswilre en 1284, Olswilre en 1371, Orsweiler en 1531, Orswier en 1550 ou Orschweier en 1627.

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Orschwihr vu du Pfingstberg

Dans « La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace », M.P. Urban nous apprend que le nom de ce village serait composé à partir d’un radical « at » ou « al » issu de la racine paléo-européenne « AT » utilisée pour évoquer « un palier, un espace plat entre deux déclivités » associé au suffixe « villare » qui vient du latin et qui peut se traduire par « domaine » ou « partie de domaine ». Même si une autre source historique fait allusion à un personnage germanique du nom d’Odal qui serait à l’origine du nom de ce village (Otaleswilre), il semble beaucoup plus probable qu’une fois encore le toponyme d’Orschwihr fait directement référence à la nature de l’endroit où les premiers villageois ont décidé de construire leurs maisons.

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L
e blason d’Orschwihr : une croix pattée et un inquiétant serpent…

Le petit village d’Orschwihr a une histoire qui nous fait remonter au temps des mérovingiens puisque son vignoble était déjà cité dans des documents datant de 735.
Depuis lors et jusqu’à la Révolution Française, Orschwihr fut placée sous l’égide de deux pouvoirs ecclésiastiques : celui de Bâle qui gérait les âmes et celui de Strasbourg qui administrait les terres. Certaines sources historiques prétendent que ce partage aurait été institué par le bon roi Dagobert.

Bien que faisant partie du Mundat Supérieur des évêques de Strasbourg, on sait que la famille des Habsbourg possédait une cour domaniale à Orschwihr en 1282. A la même époque, l’archiduc d’Autriche, les monastères voisins et d’autres ordres religieux y avaient également acquis des biens…il faut croire que les coteaux viticoles autour de ce village ont très vite suscité de la convoitise auprès des puissants du Moyen Age.

Pour répondre aux pillages et aux destructions qui ont frappé Orschwihr durant tout le moyen-âge, le seigneur épiscopal a fait édifier le château du « Stettenberg » entre le XI° et le XIV° siècle. Détruit durant la guerre de cent ans (en 1375) par les bandes d’Enguerrand VII de Coucy, il ne fut jamais reconstruit. Racheté par le village d’Orschwihr, ce château aussi appelé « Altschloss » fut démantelé par les habitants du village qui ont utilisé ses pierres pour construire leurs maisons.

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L’Altschloss dont il ne reste aujourd’hui que la ruine de la tour carrée cachée dans la forêt au dessus d’Orschwihr.

Le manoir érigé au centre du village date du XV° siècle et fut habité par les comtes d’Andlau jusqu’en 1524. Par la suite il changea plusieurs fois de propriétaire et perdit sa vocation militaire pour devenir résidentiel mais il brûla en 1722. Le château fut reconstruit puis vendu comme bien national au moment de la Révolution avant d’être transformé pour y établir une exploitation agricole. Après un nouvel incendie en 1934, il ne subsiste aujourd’hui que quelques fortifications, les restes de deux tours et un pont de pierre enjambant le fossé.

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Une partie des vestiges actuels du château d’Orschwihr

Malgré cette histoire un peu « guerrière », Orschwihr a cependant toujours gardé sa vocation initiale de village viticole et aujourd’hui encore on peut admirer les belles maisons vigneronnes datant des XVI° et XVII° édifiées par de riches propriétaires dans le bas du village.
Après une période très difficile à la fin du XIX° siècle où Orschwihr a vu sa population diminuer suite aux effets conjugués d’une crise de la viticulture et à d’un exode rural vers les centres industriels de Guebwiller et de Mulhouse, les vignerons se sont remis à espérer après la deuxième guerre mondiale et ont réussi à redonner à ce village son âme de cité viticole.

Aujourd’hui encore Orschwihr est célèbre pour son vignoble avec une économie encore très axée sur la production agricole et viticole.
Dans les rues de ce village propret et authentique, l’amateur de belles maisons alsaciennes à colombages trouvera quelques superbes constructions datant des XVI° et XVII° siècles.

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A chaque coin de rue, de très belles maisons vigneronnes
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L’amoureux de vieilles pierres restera peut-être un peu sur sa faim à Orschwihr, car même si on y trouve quelques vestiges des châteaux médiévaux (dont j’ai parlé plus haut), ils ne sont pas trop mis en valeur pour l’heure. Le patrimoine architectural religieux mérite cependant que l’on s’y attarde un peu, notamment la Chapelle du Bollenberg, liée à une histoire et des légendes qui remontent très loin dans le temps.

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L’église Saint Nicolas reconstruite au XVIII° siècle possède une tour datant du XVI° siècle


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La Chapelle Saint Wolfgang au pied du Pfingstberg a été édifiée au milieu du XIX° siècle.


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Trônant sur le Bollenberg, la Chapelle Sainte Croix est aussi appelée Chapelle des Sorcières…au choix !

Dans cet environnement très diversifié entre collines et montagne vosgienne, marcheurs chevronnés ou promeneurs du dimanche pourront profiter de magnifiques parcours de randonnée. Les férus de botanique trouveront sur les pentes calcaires du Bollenberg un terrain de jeu tout à fait exceptionnel : cette « colline magique » n’est pas uniquement connue comme un lieu où toutes les sorcières de la Haute Alsace se donnaient rendez-vous pour des fêtes de sabbat, mais aussi pour son environnement naturel qui présente une exceptionnelle biodiversité. Avec son climat sec et son sol aride, le Bollenberg accueille une flore et une faune toutes méditerranéennes : entre prairies, haies, bosquets et parcelles de vignes qui recouvrent cette colline on découvre des orchidées, des baguenaudiers, des fraxinelles, des oiseaux papillon, des lézards verts, des mantes religieuses…une encyclopédie de sciences naturelles à ciel ouvert !

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Le versant ouest du Bollenberg est colonisé par la vigne mais le plateau sommital et le côté est sont plus sauvages.

Bien évidemment, les vététistes auront l’occasion de se dégourdir les jambes en empruntant l’un des itinéraires tracés sur les sentiers qui sillonnent les vignes et les forêts entre Orschwihr et la Vallée Noble.

Après une petite mise en condition avec une ballade sur les chemins entre les parcelles du Pfingstberg et du Bollenberg, les oenophiles trouveront facilement des adresses pour aller étancher leur soif : avec une bonne cinquantaine de producteurs recensés dans le village et quelques noms de vignerons qui sonnent bien aux oreilles d’un amateur averti (Braun, Haegelin, Schmitt, Zusslin…), il n’y aura que l’embarras du choix…Es gilt !


Le Grand Cru Pfingstberg s’étend sur une superficie de 28,15 hectares sur le versant d’une colline exposé au sud et au sud-est.
Les parcelles de ce Grand Cru se situent à flanc de coteau entre 275 et 370 mètres d’altitude et la totalité de leur superficie est incluse dans le ban viticole d’Orschwihr.

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Le coteau du Pfingstberg vu du ciel

Le nom Pfingstberg qui peut se traduire par « montagne de la Pentecôte » est apparu au moyen-âge : Médard Barth (« Der Rebbau des Elsass » 1958), nous apprend qu’un acte d’achat de vignes du Couvent Klingenthal de Bâle parle de « Phinisberge » dès 1282. Un peu plus tard (en 1299) un acte de donation entre Richard von Epfig et le Couvent Unterlinden évoque des vignes sur le « Pfinkestberge ».
Cependant, même si l’origine religieuse du toponyme semble évidente, nous ne disposons aujourd’hui que de très peu de sources susceptibles d’expliquer cette dénomination.

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La partie centrale du Pfingstberg

Au niveau du relief, le coteau du Pfingstberg se caractérise par ce que Serge Dubs appelle très justement « une nonchalance trompeuse » car ses pentes sont nettement moins douces qu’elles n’y paraissent : dans certains secteurs où la déclivité atteint 40%, les vignerons ont été contraints d’y aménager des terrasses consolidées par des murets en pierre de grès.

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Vignes en terrasses dans la partie centrale du Grand Cru.


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Terrasses et murets en grès dans le secteur sud du Grand Cru

Au niveau climatique, les effets conjugués d’une situation très protégée dans la petite vallée entre la colline du Bollenberg et la montagne vosgienne et d’une exposition dominante au sud, génèrent un microclimat très sec sur le Pfingstberg (500 mm de pluie par an).

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Le Pfingstberg et ses parcelles sommitales en lisière de forêt

Sur le plan géologique Serge Dubs (« Les Grands Crus d’Alsace » 2002) et le C.I.V.A. (Conseil Interprofessionnel des Vins d’Alsace) s’accordent pour placer le Pfingstberg dans la famille des terroirs calcaro-gréseux. C’est un terroir plutôt rare dans le vignoble alsacien : il n’y a que 2 autres Grands Crus dans cette catégorie, le Zinnkoepflé et le Geisberg.

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Une jeune vigne dans la partie haute du Pfingstberg.

Dans sa partie supérieure le Pfingstberg repose sur un substrat de grès calcaire et de grès micacé définis précisément dans le document du CIVA comme des « sols bruns acides sur grès du Buntsandstein » (« Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien »)

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Le grès omniprésent dans le sol de cette nouvelle parcelle défrichée dans la partie haute du secteur central du Grand Cru.

Le secteur bas du coteau est de nature argilo-gréseuse avec des « sols argilo-calcaires caillouteux sur calcaires gréseux » (« Les unités de paysage et les sols du vignoble alsacien »)

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Un pied de vigne au bas du Pfingstberg.

Au niveau physique, les sols du Pfingstberg se distinguent par leur perméabilité et leur capacité à se réchauffer rapidement. Ils sont assez profonds mais conservent mal la matière organique.
Cependant, la profondeur des sols et la présence d’une forêt au sommet de la colline assurent le bon équilibre hydrique de la vigne en permettant aux vignerons de retarder les vendanges pour laisser aux raisins le temps d’arriver à pleine maturité.

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Vignes jeunes et moins jeunes à l’orée de la forêt sommitale du Pfingstberg.

L’histoire du vignoble d’Orschwihr nous fait remonter au temps des moines cultivateurs de l’époque mérovingienne, mais comme je l’ai évoqué plus haut, le lieu-dit Pfingstberg est cité pour la première fois dans des écrits datant du XIII° siècle.
Jusqu’à la Révolution Française ce fut l’Evêché de Strasbourg qui a exploité et assuré la notoriété de ce Grand Cru en produisant sur la partie haute du coteau du Pfingstberg appelée Lippelsberg des vins reconnus bien au-delà de nos frontières. Médard Barth (« Der Rebbau des Elsass » 1958) nous apprend qu’au XVI° siècle le « Lippelsberger Wein von Orschweier » était servi régulièrement à la table de l’évêque de Strasbourg et à la cour des rois de Bavière. En 1628, dans son ouvrage « Pantheum Hygiasticum » le médecin bâlois C. Deodatus citait le « Lippelsberger von Orschweier » comme faisant partie des meilleurs vins blancs d’Alsace.
Après la Révolution, les vignerons d’Orschwihr reprirent la main sur leur patrimoine et firent prospérer ce vignoble si bien qu’à la fin du XIX° siècle, les 141 hectares du ban viticole du village étaient intégralement exploités.
Comme partout en Alsace, une succession de crises de tous ordres rendit le début du XX° siècle très compliqué pour les vignerons d’Orschwihr, mais dans les années 60 ils ont suivi avec enthousiasme le mouvement de renouveau qui animait alors la viticulture alsacienne et ont réussi à défendre avec succès le dossier du Pfingstberg qui a été classé Grand Cru en 1992…la reconnaissance normale d’une histoire de plus de treize siècles !

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Le muret en grès délimitant le bas du Pfingstberg tout près du village d’Orschwihr.

Au niveau de la viticulture, j’ai pu constater au cours de mes récentes promenades sur le Pfingstberg une prédominance de pratiques culturales respectueuses de l’environnement : de l’herbe sur toutes les parcelles et un travail du sol quasiment généralisé.

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Un enherbement naturel sur une pente douce dans une parcelle du secteur nord…


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… du « gazon » entre les rangs d’une parcelle du secteur central…


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…et des rangs travaillés en alternance sur une parcelle dans la partie inférieure du Grand Cru.

Le riesling est le cépage le plus planté sur le Pfingstberg, le gewurztraminer et le pinot gris y sont également largement représentés mais le muscat est plus rare.

Les vins du Pfingstberg peuvent être un peu austères dans leur jeunesse mais leur concentration et leur charpente solide en font des vins de garde reconnus depuis très longtemps : parmi les nombreux documents relatifs au vin conservés dans le village on trouve la description d’un repas de mariage célébré en 1908 où on avait servi un cru d’Orschwihr datant de 1865…44 ans quand même !
Les rieslings montrent en général une grande homogénéité qualitative et se caractérisent par une belle vivacité avec des palettes où on peut trouver des notes d’agrumes, de fleurs, de mélisse, de citronnelle et même parfois une touche muscatée. Le caractère minéral s’exprime toujours avec beaucoup de discrétion : presque imperceptible sur les vins jeunes, il ne dominera jamais même après des années de garde.
Les pinots gris sont amples et généreux avec une acidité souple et des arômes complexes (oranger, coing, agrumes mûrs…).
Les gewurztraminers allient un bouquet assez puissant sur un registre floral, exotique (ananas, litchi) mais pas trop épicé et une grand finesse dans la structure.

Taillés pour la garde et compagnons de choix pour des accords gastronomiques les crus du Pfingstberg assument pleinement leur place parmi l’élite alsacienne car à défaut d’être « Saint », l’esprit qui habite les vins du « Mont de la Pentecôte » est incontestablement celui qu’on ne rencontre que dans les grands vins…qu’on se le dise !

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Des vignes exposées plein sud dans le secteur sud du Pfingstberg.

 



…SELON FREDERIC SCHMITT

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De la lavande devant l’enseigne du domaine… « on dirait le sud ! »

Profitant du soleil qui a décidé de revenir illuminer notre belle région, je commence ma visite à Orschwihr par une nouvelle promenade sur le coteau du Pfingstberg, un peu pour compléter ma première série de prises de vues effectuées au printemps mais surtout pour me plonger physiquement dans l’atmosphère de ce terroir que je vais essayer de mieux comprendre aujourd’hui grâce à Frédéric Schmitt.

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Redescente vers le village…je crois que je ne suis pas loin du « Paradis »


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L’entrée du caveau du domaine dans la lumière de l’été alsacien

Pendant que Frédéric et son équipe travaillaient sur les pentes du Zinnkoepflé, Myriam à préparé le repas de midi et c’est donc sur la terrasse de leur maison face au Pfingstberg que ce couple de vignerons me propose de commencer cet entretien.

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Décor estival et convivial pour une rencontre mémorable…

Bien évidemment, Frédéric nous propose d’accompagner les plats de ce déjeuner au soleil par une petite sélection de bouteilles prélevées dans sa réserve personnelle.

Crémant Cuvée Blanc de noirs : nez très raffiné sur la brioche et le beurre frais, bouche bien vineuse mais d’une finesse absolue avec une mousse délicate et persistante, finale tonique et sapide.

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Issu à 100% de pinots noirs provenant du Bollenberg ce crémant extra brut (dosé à moins de 3g) peut nous faire partir sur une fausse piste avec son aromatique très « blanc de blancs », mais en tous cas personne ne pourra rester indifférent devant la qualité de sa présence en bouche : matière équilibrée, suavité des arômes et onctuosité de la mousse.
Lorsqu’on sait que cette cuvée a bénéficié pour 1/3 du volume d’une vinification en barriques et d’un élevage de 36 mois sur lattes, on ne s’étonnera plus que l’amateur puisse le confondre avec un grand champagne. MIAM !!!
Petite indiscrétion : en fin d’année Frédéric Schmitt sortira une cuvée spéciale issue du millésime 2008, provenant d’un assemblage des meilleures barriques, élevé durant 5 ans sur lattes et conditionné en magnums…600 cols prévus, avis aux amateurs !

Sylvaner 2005 : nez assez évolué mais agréable sur les fruits blancs compotés avec une touche de tabac blond et de caramel, détendu et bien équilibré en bouche, finale légèrement fumée.
Pinot Blanc La Croix du Sud 2007 : nez pur et fin qui s’ouvre avec des notes de poudre à canon avant de développer des arômes de citron mûr, bouche précise et nette avec une acidité souple mais bien longue qui tient une matière en demi-corps mais joliment balancée.

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Ces deux vins du Bollenberg d’âge respectable étonnent par leur très belle tenue face au temps. Certes le sylvaner a laissé un peu de tonus sur le chemin mais il assure encore une balance des saveurs bien équilibrée et séduit par sa complexité aromatique.
Provenant d’une parcelle située derrière la maison de son oncle (qui a donné le nom à la cuvée) le pinot blanc développe une palette plus classique tout en affirmant un côté élégant et raffiné en bouche…une interprétation très bourguignonne de ce cépage alsacien. MIAM !

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La maison « La Croix du Sud », située sur le versant ouest du Bollenberg, fait référence à un bijou touareg que le tonton a découvert durant ses nombreux voyages.

Pinot Gris Fûts de Chêne 1996 : nez évolué et délicat avec des notes de fruits jaunes et de truffe blanche, en bouche on a une acidité fine et précise et un gras noble qui confèrent une tenue impeccable et un caractère presque murisaltien à cette cuvée.
Pinot Gris Le Maréchal 2008 : nez complexe et racé sur les fruits jaunes, la résine et une fine touche boisée, structure solide en bouche avec une matière assez riche et bien concentrée, équilibre gourmand et finale rafraîchie par un sillage aromatique sur les zestes d’agrumes.

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Cette doublette de pinots gris marque des étapes importantes pour cette cuvée au domaine Schmitt : le 1996 correspond à la première expérience de vinification de pinot gris en barriques que Frédéric Schmitt à dirigé à distance (il effectuait alors un stage de formation au Château Guiraud) et le 2008 signe la réapparition de cette cuvée dans la gamme avec son nom actuel qui évoque la mémoire de son grand-père maréchal-ferrant.
Agé de près de 18 ans le premier vin a remarquablement bien vieilli mais semble néanmoins arrivé à son point de rupture : une nouvelle dégustation quelques heures plus tard a révélé un vin très fatigué avec une aromatique fortement affectée par l’oxydation et une matière un peu déstructurée…belle performance quand même !
Le Maréchal qui révèle une personnalité de grande classe est visiblement entré dans sa phase de pleine maturité…un grand vin qui possède encore un beau potentiel de garde !


Pinot Noir Fût de Chêne 1996 : nez assez agréable, griotte, noyau de cerise, vielle eau de vie de kirsch, présence en bouche au charme un peu suranné avec des tanins patinés mais une silhouette malingre, presque chancelante, et une finale bien courte.
Pinot Noir Cœur de Bollenberg 2005 : nez fin et complexe, bouche très élégante avec une matière sphérique et une trame tannique noble, finale fraîche et longue avec un retour aromatique sur la griotte et le noyau.

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Issus de pinots noirs du Bollenberg vinifiés et élevés en barriques ces deux cuvées ont montré des profils très différents.
Dégusté à midi, le soir et le lendemain le 2005 s’est révélé vraiment impeccable à chaque fois : un rouge superbe dont l’aromatique et la tenue en bouche me feraient presque penser à un Chambolle...MIAM !
Le 1996 (récemment bien noté par la RVF dans une série de vieux pinots noirs) s’est révélé bien plus capricieux, décevant à l’ouverture, il a étonnamment bien évolué dans le temps car le lendemain, même si la robe et l’aromatique continuaient à trahir un degré d’évolution certain, la matière avait gagné en épaisseur et l’équilibre s’était bien stabilisé. Un revirement vraiment inattendu… !

Bon, c’est bien beau de faire bombance en sifflant quelques pépites débouchées par Frédéric Schmitt mais il faut songer à passer aux choses sérieuses…los geht’s !


Comment définiriez-vous ce terroir ?

« Le Pfingstberg est un terroir très régulier dans le sens où il amortit les excès de certains millésimes ». Les sols profonds mais légers et drainants – grâce aux sables gréseux omniprésents dans chaque secteur du coteau – assurent la régulation de l’apport hydrique dans les années humides. Dans les années chaudes et sèches, la fraîcheur est apportée par forêt qui occupe le sommet de la colline mais aussi par les sources « très nombreuses dans le sous-sol du Pfingstberg, si bien qu’on trouve une zone de captage des eaux en bas du coteau ».

Frédéric Schmitt différencie 4 secteurs dans ce Grand Cru : le haut de coteau très gréseux, le secteur central « avec les plus fortes pentes et un sol où on trouve davantage de calcaire », le bas du coteau « plus riche en marnes argileuses » et enfin l’extrême sud du grand cru qu’il avoue ne pas trop bien connaître mais dont il pense que l’exposition plein sud peut exercer une influence sur la maturation des raisins.

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Carottage dans le secteur central du Pfingstberg.

Même si ce Grand Cru est réputé pour ne craindre ni l’humidité ni la sècheresse, Frédéric reconnaît qu’il est plus facile de réussir des vins du Pfingstberg dans les millésimes solaires « c’est là que les facteurs équilibrants jouent le plus favorablement ». Dans les années plus froides, le vigneron doit faire preuve de beaucoup de patience pour attendre la maturité des raisins « en 2013 nous avons effectué deux passages dans chaque parcelle pour couper les grappes les plus mûres »…ceci dit, d’après les premières dégustations ce travail de tri s’est avéré payant puisque que la qualité est au rendez-vous « 2012 est un très bon millésime et même si 2013 est plus hétérogène certains vins feront parler d’eux et pourront atteindre des niveaux supérieurs à ceux des grands 2012 »…avis aux amateurs !


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Pour le secteur haut du Pfingstberg, Frédéric confirme qu’« avec son sol léger et gréseux ce secteur convient parfaitement au riesling » et dans sa partie inférieure plus lourde « la présence de marnes argileuses appelle le gewurztraminer ».
Même s’il pense que le pinot gris peut produire des vins intéressants sur le Pfingstberg « comme celui de Camille Braun », Frédéric estime que ce sont les terroirs du Vorbourg et du Steinert qui proposent les meilleures conditions pour réussir de grands vins avec ce cépage.
En ce qui concerne le muscat il est persuadé que ce cépage un peu négligé sur ce Grand Cru pourrait faire des vins supérieurs aux gewurztraminers…et il a une parcelle en vue pour nous en apporter la preuve en bouteille.
Vérification possible au prochain millésime…peut-être !


Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?

Comme c’est le cas pour beaucoup de Grands Crus, les vins du Pfingstberg affirment leur caractère et leur typicité en bouche : « les expressions aromatiques ne sont jamais exubérantes, ce sont des vins qui se reconnaissent en bouche avec leur matière élégante et leur structure très verticale »
Alliant un côté aérien et une tenue toujours bien droite les vins du Pfingstberg évoquent « une danseuse classique », une image que Frédéric aime bien opposer à celle que lui évoquent les vins issus du Bollenberg : « plus chauds, plus expressifs, plus épicés ils me font penser à de beaux athlètes musclés ».
Les crus du Pfingstberg ont besoin de vieillir un peu avant de donner leur pleine mesure « on ne devrait pas boire un Pfingstberg avant 3 ou 4 années de garde car ce sont des vins qui peuvent être un peu austères dans leur jeunesse, surtout dans les années froides ».
Les crus du Pfingstberg montrent une capacité de vieillissement impressionnante « ils connaissent une forme d’éternelle jeunesse » et n’évoluent que très lentement « ce sont des vins qui ne bougent que très peu avec les années mais ils gagnent en expression minérale notamment avec l’apparition d’amers fins et nobles en finale »…peut-être la signature aromatique de ce Grand Cru ?


Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être ce Grand Cru ?

« Pour moi le grand vin se reconnaît par son aptitude à rester concentré et tendu à travers les âges ». Cette sensation « d’intemporalité » a été ressentie par Frédéric Schmitt lors de certaines dégustations de vieux millésimes à la Confrérie Saint Etienne « notamment lors d’une série de gewurztraminers de 1976 ».
Au niveau de l’expression aromatique, c’est « la pureté des muscats Spiegel du domaine Dirler-Cadé qui m’impressionne à chaque fois que je les déguste »…peut-être un modèle pour le futur muscat que Frédéric projette de produire sur le Pfingstberg ?
J’ai hâte de goûter ça !


Comment voyez-vous l’avenir de ce terroir ?

Pour Frédéric Schmitt il est évident que le Pfingstberg souffre d’un déficit de reconnaissance à l’heure actuelle « déjà du fait de la difficulté pour un non dialectophone de prononcer le nom… » (essayez pour voir… !), mais aussi parce qu’il y a finalement peu de vignerons qui en produisent – « nous sommes moins de 10 metteurs en marché sur ce Grand Cru » – mis à part le domaine Lucien Albrecht, aucun grand domaine historique alsacien pour porter sa réputation au-delà des frontières régionales.
Cependant les perspectives d’évolution sont très intéressantes notamment grâce à « l’émergence de nouveaux domaines de plus en plus reconnus comme Braun, Haegelin ou Zusslin »…et F. Schmitt bien sûr !
D’autres chantiers en faveur de la promotion du Pfingstberg sont en cours comme le projet du C.I.V.A. de créer un site internet pour chaque Grand Cru ou la rénovation du sentier viticole « avec une différenciation des sentiers du Bollenberg et du Pfingstberg et un passage du sentier du Pfingstberg dans la forêt sommitale pour découvrir les anciennes terrasses de vignes pré-phylloxériques ».
De toute façon, chez Frédéric Schmitt l’optimisme est de rigueur : « Le Pfingstberg est un terroir qui a beaucoup d’avenir ». En effet, lorsqu’on constate que le goût des amateurs a évolué pour les conduire à rechercher des vins plus secs et lorsqu’on connaît « la capacité de ce Grand Cru à tempérer les ardeurs climatiques de certains millésimes » on sait que le Pfingstberg a une carte majeure à jouer dans les prochaines années.


Les vins du domaine : quelle conception ?

L’histoire du domaine François Schmitt commence vraiment au début des années 70 lorsque le père de Frédéric, installé dans la ferme familiale au centre du village, décide de se consacrer exclusivement à la production de vin. S’appuyant sur un patrimoine relativement modeste de 3 hectares de vignes ce vigneron entreprenant fait prospérer son exploitation en acquérant des parcelles sur le Pfingstberg et sur le Bollenberg avant de construire de nouveaux bâtiments à l’entrée du village en 1984.
Encore deux agrandissements (en 1995 et en 2004) et voilà la famille Schmitt établie dans une grande et belle maison entourée d’espaces professionnels spacieux et fonctionnels (dont j’ai déjà parlé ICI, LA ou LA) avec un magnifique caveau de dégustation pour accueillir la clientèle.

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Le caveau de dégustation du domaine Schmitt : lumineux, esthétique, accueillant…pour moi, l’un des plus beaux de la région
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A l’heure actuelle, le domaine Schmitt exploite 12,5 hectares de vignes avec notamment 1 hectare sur le Grand Cru Pfingstberg et 10 hectares sur le coteau du Bollenberg qui vont être complétés prochainement par une parcelle de 15 ares sur le Grand Cru Zinnkoepflé.

Au niveau de la vitculture, les vignes du Pfingstberg et les meilleures parcelles du Bollenberg ont été conduites en agriculture bio à partir de 2005 et depuis 2010 Frédéric Schmitt a généralisé cette pratique sur l’ensemble du domaine avec comme projet de faire prochainement un essai en biodynamie « sur les vins du Pfingstberg et sur les grandes cuvées du Bollenberg ».
Sur les sols du Pfingstberg qui craignent l’érosion par ravinement mais où la vigne ne souffre jamais de stress hydrique, Frédéric Schmitt utilise un enherbement choisi (semis de légumineuses) et travaille les sols avec un buttage en hiver suivi d’un débuttage et d’un labour un rang sur deux au printemps.

Les vendanges sont manuelles avec un tri sévère à la vigne. Après un pressurage lent, les vins fermentent sous l’effet de levures indigènes et sont élevés sur lies fines ou lies totales selon les cuvées.
Pour satisfaire une clientèle particulière nombreuse et très diversifiée Frédéric Schmitt a décidé pratiquer des élevages courts sur lies fines en laissant un petit peu de sucres résiduels dans les cuvées d’entrée de gamme pour les amateurs de vins souples et fruités. Pour les cuvées haut de gamme, les élevages se font sur lies totales pour une durée plus longue en recherchant des équilibres plus secs.
Après une première expérience de vinification et d’élevage en barriques effectuée en 1996 (sur un pinot gris que nous avons dégusté lors du déjeuner), cette pratique s’est progressivement généralisée pour les pinots : « C’est la dégustation en 2005 du pinot gris 1996 qui m’a convaincu de persévérer dans cette voie ». Aujourd’hui les cuvées Croix du Sud (pinot blanc), Le Maréchal (pinot gris), Cœur de Bollenberg (pinot noir) sont vinifiées et élevées en barriques bourguignonnes (de 0 à 3 vins), ainsi que 30% des pinots noirs entrant dans l’assemblage du crémant Blanc de noirs.

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Les barriques de pinots du domaine Schmitt

Le domaine François Schmitt commercialise une large de gamme de vins d’Alsace auprès d’une clientèle fidèle de particuliers : 60% de leur production est vendue au caveau qui est ouvert 7 jours sur 7.
Avec une présence régulière sur les marchés de Thann et de Wittelsheim depuis 40 ans et plus récemment sur 3 marchés dans les Vosges (notamment à Gérardmer) le domaine Schmitt profite également de l’afflux touristique en Alsace pour écouler près de 20% de leur production.
Du fait de cette politique commerciale de proximité établie par le père de Frédéric, les vins du domaine Schmitt ne sont pas encore trop présents sur les marchés internationaux (8% de la production) même s’ils sont déjà bien distribués dans un grand nombre de pays européens et commencent à faire parler d’eux aux Etats Unis.
Ceci dit, la clientèle qui a fait l’histoire et la réputation du domaine reste la cible prioritaire de Frédéric Schmitt…voilà une marque d’honnêteté et de respect qui honore ce vigneron.

Le Bollenberg : le second grand terroir d’Orschwihr.

Avant de passer à la dernière partie de cet article sur le Pfingstberg, il me reste à évoquer un terroir non classé mais également très intéressant que le domaine Schmitt défend depuis de longues années : le Bollenberg.
Colline mystérieuse chargée de mythes (voir plus haut), c’est avant tout un très beau terroir pour le vin : « C’est un mamelon décroché du massif vosgien avec deux versants bien différents ».
Sur le côté est on a une « lande sèche » avec un sol pierreux de « calcaires oolithiques et d’argiles rouges » Cette géologie particulière convient parfaitement au pinot noir et au gewurztraminer « c’est sur le ban d’Orschwihr qu’on compte la plus grande surface plantée de gewurztraminer en Alsace »…pas étonnant !

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Le côté ouest a un sol plus profond (de 50 cm jusqu’à 2 m dans certains secteurs) avec une présence de marnes bleues. Ce coteau frais, ventilé et assez humide permet « une maturation plus lente des raisins et une botrytisation souvent très belle ».

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Beaucoup trop étendu (300 hectares) pour revendiquer un classement, le coteau du Bollenberg reste néanmoins un un terroir hautement qualitatif et très polyvalent « il réussit bien à beaucoup de cépages »…et Frédéric Schmitt le prouve en y réalisant quelques cuvées magistrales sur les trois pinots mais aussi sur des sylvaners ou des gewurztraminers.
Je reviendrai peut-être un jour plus en détail sur les vins du Bollenberg mais pour l’heure je ne peux que vous inviter à vérifier mes dires en faisant une petite visite à Orschwihr au caveau du domaine Schmitt.


Et dans le verre ça donne quoi ?

Pour recentrer le débat sur notre sujet principal nous décidons de revenir vers les vins du Pfingstberg pour la dégustation de quelques flacons de rieslings et de gewurztraminer issus du Grand Cru.

Riesling Pfingstberg 2012 : nez discret et épuré avec des notes florales et pierreuses, bouche longiligne mais très classieuse, matière cristalline, équilibre sec et belle finale déjà marquée par une touche saline.
Riesling Pfingstberg Paradis 2012 : nez délicat avec un registre très proche de celui du vin précédent, bouche plus ample et plus concentrée avec un supplément de profondeur et une finale qui développe de beaux amers minéraux.
Secs et ciselés avec une infinie précision ces deux rieslings révèlent le terroir du Pfingstberg de façon différente :
- la première cuvée issue d’une parcelle plus gréseuse située en haut de coteau et que le domaine exploite depuis 2005, exprime avec beaucoup d’élégance la structure tout en dentelle des rieslings de grès alsaciens.
- la cuvée Paradis, née sur la parcelle historique du domaine qui se trouve au cœur du Grand Cru, développe une matière plus dense avec une minéralité appuyée.
Voilà encore deux très belles réussites sur 2012 en Alsace !

Riesling Pfingstberg 2005 : nez agréable mais classique et encore très variétal avec des notes de zeste et de menthe fraîche, belle pureté en bouche mais la matière est un peu fluette, finale assez courte.
Riesling Pfingstberg Paradis 2005 : nez plus riche et plus complexe avec des notes florales et une touche de miel sur un fond de pamplemousse, belle présence en bouche avec un toucher gras, une acidité mûre et droite et un long sillage aromatique sur les agrumes et des amers nobles.
Issue de la première vendange du domaine Schmitt sur la parcelle du secteur haut du Pfingstberg, la première cuvée de ce nouveau duo de rieslings se déguste avec plaisir mais montre quand même quelques limites au niveau de sa constitution surtout lorsqu’on la compare à la seconde cuvée née au « Paradis » et qui semble arrivée à son optimum de maturité…quelle plénitude et quelle classe !
La comparaison de ces deux doublettes apporte la preuve de la qualité du travail de Frédéric Schmitt dans ses vignes : si en 2005 la différence de niveau est évidente, 7 millésimes plus tard ces deux vins se goûtent parfaitement bien l’un comme l’autre tout en gardant leur identité...comme quoi les efforts finissent toujours par payer !

Riesling Pfingstberg 2000 : nez discret mais d’une grande pureté avec une palette dominée par des notes d’agrumes confits, matière ample et généreuse structurée par une acidité mûre et rayonnante, texture lisse bien glissante, finale longue et tendue sur les zestes d’agrumes.
Provenant de la parcelle « Paradis » – la seule exploitée par le domaine Schmitt en 2000 – ce riesling de près de 14 ans, qui semble encore être dans la force de l’âge, est d’une beauté majestueuse. MIAM !!!

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La série de rieslings Pfingstberg

Gewurztraminer Pfingstberg 2012 : nez encore un peu retenu mais d’une belle complexité avec des notes de bâton de réglisse, d’épices et de cône de houblon, bouche riche et volumineuse avec une texture très caressante, finale puissante, bien épicée mais avec une petite pointe de chaleur.
Gewurztraminer Pfingstberg 2007 : nez charmeur avec une palette exotique bien mûre (ananas rôti, litchi), matière charnue et gourmande, expression aromatique très suave, finale longue et digeste qui porte la signature du terroir en révélant de fins amers.
Gewurztraminer Pfingstberg 2002 : nez pur et encore très vif avec des notes de citron confit et de fleurs blanches, matière dense et assez épaisse en bouche mais une acidité bien solide et les amers nobles du Pfingstberg apportent un côté frais, presque viril à la finale.

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Trio final de gewurztraminers.

Au domaine Schmitt le gewuztraminer Pfingstberg est conçu à partir de raisins provenant de deux parcelles : la plus grande est située dans la partie basse du Grand Cru, l’autre, bien plus petite, se trouve dans le lieu-dit Paradis.
Ces trois nous offrent un petit aperçu sur la manière dont les gewurztraminers du Pfingstberg évoluent dans le temps :
- le petit jeune est encore un peu brouillon dans son expression mais révèle un très beau potentiel. Dégusté le lendemain ce vin avait déjà gagné en harmonie et en finesse en confirmant les belles perspectives d’évolution entrevues la veille.
- avec 5 ans de plus, le 2007 est entré dans sa phase de plénitude en magnifiant ce cépage très aromatique tout en gardant la marque saline du terroir.
- le 2002 se pose comme un vin abouti et serein, qui laisse parler le terroir avec une grande force.

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Superbes robes teintées par l’âge : de gauche à droite les gewurztraminers 2012, 2007 et 2002.


Pour conclure, un petit bilan sur cette nouvelle expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Pfingstberg comme avant !

- Certes, Orschwihr ne fait pas partie des villages les plus visités de la route des vins d’Alsace et le Pfingstberg est un Grand Cru qui reste encore très largement méconnu dans les sphères oenophiles, mais, comme souvent après une étude un peu plus approfondie du sujet, on se rend compte que cette situation mérite vraiment d’être reconsidérée.
Orschwihr est une cité viticole pleine de charme et son environnement recèle quelques sites magnifiques entre forêts et vignes, collines et montagne vosgiennes que je vous invite à découvrir sans tarder, vous ne le regretterez pas !
Il en va de même pour les vins du Pfingstberg, encore trop méconnus à l’heure actuelle ils possèdent le potentiel qui leur permettra de s’imposer prochainement parmi les grands d’Alsace…ce n’est qu’une question de temps.

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Orschwihr entre vignes et montagne…pas mal non !

- Toujours bien marqués par les grès qui donnent la finesse à leur structure, les vins du Pfingstberg se caractérisent par une verticalité qui peut paraître austère au premier abord mais qui leur permet de défier le temps sans jamais vaciller. Parfois froids et distants dans leur jeunesse, ces crus savent vieillir avec bonheur et offrir à l’amateur patient des expressions d’une classe incomparable : des palettes aromatiques complexes et raffinées, des silhouettes élégantes et racées et une empreinte minérale toujours discrète mais très reconnaissable…que demander de plus !

- Technicien méticuleux, défenseur acharné des terroirs d’Orschwihr et dégustateur patenté de vins d’Alsace – il participe aux dégustations d’agrément des Grands Crus Pfingstberg, Goldert, Steinert et Vorbourg – Frédéric Schmitt travaille avec une conviction sans faille pour perpétuer une tradition viticole familiale et mener ce domaine d’Orschwihr toujours plus haut dans la hiérarchie régionale.
Myriam, l’épouse de Frédéric, a rejoint l’exploitation à la fin de l’année 2009 après avoir travaillé quelques années dans le milieu bancaire ; elle s’occupe des démarches administratives, du suivi de la clientèle, de la préparation des commandes et de l’accueil au caveau. Bien sûr, en cas de besoin elle prête aussi main forte à l’équipe du domaine dans les vignes et lors des vendanges…et représente le domaine Schmitt dans l’association des « DiVINes d’Alsace ».
Ce couple qui partage l’amour du travail bien fait et du vin bien né, œuvre inlassablement pour mettre en lumière leurs terroirs du Pfingstberg et du Bollenberg. Nul doute qu’ils arriveront à imposer ces crus parmi l’élite alsacienne…les vins comme les vignerons le méritent amplement !
- Mille mercis à Myriam et à Frédéric pour cette belle journée passée en leur compagnie.

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En primeur, le nouveau design des étiquettes du domaine Schmitt.


Première publication de cet article : 2014

Commentaires (2)

1. gsell 08/05/2015

Bonne descripion

2. Jaffuel Dany 01/01/2015

Merci Pierre

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