Club AOC : Châteauneuf du Pape et Grands Crus de Chablis


La dernière réunion « sérieuse » de la saison 2013/2014 du club AOC nous promet un final de toute beauté avec deux magnifiques séries de quilles pour illustrer les thèmes suivants :

- Quelques belles cuvées de Châteauneuf du Pape
- L’intégrale des Grands Crus de Chablis.

Comme souvent le G.O. de cette soirée fût l’ami François qui s’est chargé de coordonner la constitution de la série des Châteauneuf, tous prélevés dans les caves des membres du club, et qui a réussi l’exploit de réunir la collection complète des Grands Crus chablisiens…en tant que natif de l’Yonne, c’était une question d’honneur !

Les bouteilles de rouges et de blancs ont été débouchées au moment de la dégustation et servis à l’aveugle, le plus souvent par paire.

Verres Spiegelau Authentis 01


Soirée Club AOC du 9 mai 2014 à La Wantzenau



En guise d’introduction :

Lo Mescladis VDP du Mont Baudile 2009 – Domaine Supply-Royer à Arboras : intense, complexe et exubérant au nez, palette évolutive sur l ananas rôti, la vanille, les épices et quelques notes balsamiques, bouche opulente et concentrée, beaucoup de gras, finale longuement aromatique.
Cet assemblage de roussane et de bourboulenc a figuré sur la carte du domaine Supply-Royer en 2008 et en 2009, le temps de laisser à la vigne de roussanne trouver son rythme de croisière et produire suffisamment de fruits pour permettre l’élaboration d’une cuvée mono-cépage (La Roussanne du Bramaïre).
Résolument sudiste dans l’exubérance de son expression aromatique et doté d’une richesse peu commune ce vin n’a pas manqué d’interpeler les timides palais septentrionaux présents ce soir autour de la table…moi je me suis régalé, comme d’habitude !



Thème 1 : grappillage liquide autour de Châteauneuf

Domaine de Fontavin David et Goliath 2010 – H. et M. Chouvet à Courthezon : nez très pure de fruits rouges et de myrtille, jus dense et souple en bouche avec une mâche gourmande et une magnifique tenue en finale.
(95% grenache + 5% syrah – viticulture bio – élevage dans deux petits foudres baptisés David et Goliath…d’où le nom de la cuvée)

Dsc 1451

Issue en majeure partie d’une vieille vigne de grenaches sur un terroir de galets roulés cette cuvée haut de gamme n’est produite que dans les années exceptionnelles.
Malgré sa jeunesse, ce Châteauneuf a épaté l’ensemble des dégustateurs par sa belle prestance…un plébiscite !


Domaine de Couroulu Cuvée Classique Vacqueyras 2007 – G. Ricard à Vacqueyras : nez mûr et très évolué sur les fruits cuits avec une touche de rancio assez marquée, matière riche mais très déséquilibrée, finale fatiguée sur le pruneau.
(grenache dominant + mourvèdre + syrah)
Château La Nerthe 2007 – SCA du Château à Châteauneuf : nez discret, complexe et raffiné sur la mûre, la myrtille et le poivre, bouche généreuse, matière puissante mais frais et long en finale.
(grenache dominant + mourvèdre + syrah + cinsault + cépages variés – viticulture bio – élevage 58% en foudres et 42% en fûts)

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Dans cette première doublette, le pirate placé comme challenger d’une pointure renommée de l’A.O.C. n’a pas réalisé l’exploit attendu : en effet, le Vacqueyras qui semblait vraiment usé n’a jamais pu rivaliser avec le Château La Nerthe, serein et posé avec une matière mûre et équilibrée de toute beauté.


Domaine de Beauregard Boisrenard 2006 – P. Coulon à Châteauneuf : nez frais et très complexe avec une palette évolutive, fruits rouges, menthe, eucalyptus et notes florales qui se dessinent peu à peu avec l’aération, matière dense et équilibrée en bouche avec un fond frais très agréable, grande longueur aromatique finale.
(13 cépages de l’A.O.C. – viticulture bio – élevage 18 mois en fûts).
Domaine Saint Siffrein 2000 – C. Chastan à Orange : nez intense mais peu élégant avec des notes bizarres de macédoine de légumes complétés par une touche de cuir, bouche agréable, souple et veloutée, finale assez légère.
(65% grenache + syrah + mourvèdre + cinsault – viticulture bio – élevage 12 mois en foudres).

Ce second face à face a été aussi déséquilibré que le précédent : Boisrenard 2006, récolté sur de très vieilles vignes (centenaires pour certaines), est vraiment très grand avec sa complexité aromatique et structurelle, sans oublier sa présence intense et racée en bouche…et si nous tenions déjà le plus grand vin de la soirée !
Face à tant de classe, le 2000 n’a pas fait un pli desservi par sa palette aromatique vraiment peu avantageuse…et pourtant j’ai vraiment apprécié la structure en bouche. Dommage !


Domaine du Vieux Télégraphe La Crau 2006 – Vignobles Brunier à Bedarrides : beaucoup de noblesse au nez avec une palette un peu plus évoluée que Boisrenard, fruité bien mûr et notes de craie, attaque tout en souplesse, matière charnue et gourmande, finale un peu asséchante.
(65% grenache + mourvèdre + cinsault + syrah + cépages de l’A.O.C. – élevage 10 mois en cuves et 12 mois en foudres)

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Initialement prévu pour accompagner Boisrenard pour constituer une paire de même âge (François a eu une « petite absence »…) ce Vieux Télégraphe a bien assumé son statut de grande cuvée de Châteauneuf, tout en restant un cran en dessous de Boisrenard.
Conçu à partir de vieilles vignes (60 ans d’âge moyen) plantées sur le plateau caillouteux de la Crau, ce vin respire la classe et la maîtrise mais la finale commence à se durcir un peu…il est peut-être temps de le boire !

Château La Gardine 1995 – G. Brunel et fils à Châteauneuf : nez évolué mais agréable sur la réglisse, le cacao avec un léger fumé, souple et très délié en bouche, finale digeste avec une belle longueur mais qui se resserre un peu.
(65% grenache + mourvèdre + syrah + muscardin – élevage 9 à 14 mois en cuves et barriques)
Domaine Pierre Giraud 1990 – P. Giraud à Châteauneuf : nez expressif, notes de grillé, de griotte et de silex frotté, bouche équilibrée, svelte et minérale, finale racée avec un sillage sur la fumée et le poivre.
(60% grenache + 35% syrah + 5% mourvèdre – élevage 18 mois en cuves béton pour le grenache et le mourvèdre et en barriques pour la syrah).

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Le couple de vins d’âge respectable montre que les Châteauneufs savent vieillir avec élégance : né sur un terroir assez complexe (galets roulés, calcaires, sols bruns et safres) le vin de la Gardine présente une palette aromatique et une présence en bouche de toute beauté mais le vin du Domaine Pierre Giraud qui approche du quart de siècle semble encore plus jeune que La Gardine avec sa matière épurée et profondément minérale mais encore superbement équilibrée…Total respect !


Pour conclure :

- ça fait maintenant plusieurs années de suite que je fais une virée estivale dans les vignobles autour de la cité des papes en compagnie de l’ami Cyril sans pour autant pouvoir prétendre bien connaître ces vins, faute d’en avoir goûté suffisamment…autant dire que cette série tombait à point nommé pour étoffer ma culture vinique.
Malgré des âges très différents, les vins dégustés ce soir ont presque tous montré de très belles qualités avec des équilibres digestes, des textures raffinées et des expressions aromatiques riches et complexes.
Je pense que mon périple autour des Dentelles prévu pour l’été 2014 me fera immanquablement faire une halte dans l’un ou l’autre domaine de Châteauneuf…à suivre !

- le coup de cœur absolu de la soirée fut pour moi la cuvée Boisrenard 2006 du domaine de Beaurenard : un vin complet, majestueux et bien minéral, entré dans sa phase de pleine maturité…une grande bouteille !
Mon second choix se portera sur David et Goliath 2010 de Fontavin : dense, profond et charpenté mais très accessible malgré sa jeunesse évidente, ce vin a recueilli un très large succès auprès des membres présents ce soir…surtout lorsqu’on a évoqué le prix tout à fait accessible pour une cuvées haut de gamme de Châteauneuf.
D’ailleurs tous les vins produits par ce domaine offrent un excellent rapport Q/P…j’ai bien l’impression que je vais programmer une nouvelle visite du côté de Courthezon cet été.

- Merci à François d’avoir coordonné in-extremis cette série de Châteauneuf qui a vraiment tenu ses promesses et merci aux généreux fournisseurs qui n’ont pas hésité a amputer leur collection de bouteilles de quelques belles références pour le bienfait de notre club.



Thème 2 : intégrale de rêve sur les coteaux classés de Chablis.


Chablis 1° Cru Vaulorent 2008 – J.M. Brocard à Préhy : nez fin et discret sur les fleurs blanches, la coquille d’huître et la craie, bouche ample structurée par une acidité citronnée et une minéralité très profonde, superbe finale longue et tendue.

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Idéalement placé à côté du Grand Cru Bougros, ce premier cru d’une classe presque insolente commence cette série en nous régalant avec une magnifique interprétation du terroir chablisien.
Autant dire que les Grands Crus qui dépasseront ce niveau justifieront pleinement leur place parmi l’élite de Chablis. MIAM !


Chablis Grand Cru Bougros 2009 – W. Fèvre à Chablis : nez assez mûr mais encore un peu retenu, très belles notes pierreuses, matière pure avec un joli gras qui enveloppe une silhouette oblongue très élégante, finale intensément minérale.
Chablis Grand Cru Les Preuses 2010 – N. et G. Fèvre à Fontenay près Chablis : nez expressif et ouvert, fruité bien mûr sur l’ananas frais, volumineux et sphérique en bouche avec une finale assez généreuse.

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La première doublette de Grands Crus parvient à relever le défi imposé par l’exceptionnelle qualité de la première bouteille.
Dense et puissamment minéral, Bougros, véritable monolithe archétypique de cette appellation, est un très grand vin. Dans un style très différent, plus opulent et plus gourmand, Les Preuses nous offrent une version très séduisante mais un peu atypique du Chablis.


Chablis Grand Cru Vaudesir 2010 – Garnier et fils à Ligny le Chatel : nez discret mais noble qui s’ouvre sur des notes d’allumette frottée avant de livrer une belle palette florale, bouche somptueuse, parfaitement équilibrée avec une trame minérale concentrée et une finale fraîche d’une très grande longueur.
Chablis Grand Cru La Moutonne 2007 – A. Bichot-Domaine Long-Depaquit à Chablis : nez assez surprenant sur le miel, les fruits blancs très mûrs et un soupçon d’oxydation, bouche riche, acidité mûre mais puissante, belle allonge en finale avec un retour très marqué du caractère oxydatif.

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Monopole du Château Long-Depaquit à Chablis, La Moutonne est une parcelle située à cheval sur les Grands Crus Vaudésir et Preuses…hélas, la bouteille rare de la soirée s’est révélée très décevante avec une matière dont la densité ne laissait aucun doute sur la qualité de son origine mais avec des scories aromatiques qui évoquaient une oxydation prématurée.
Défaut ou effet recherché…en tous cas ce vin n’a pas convaincu grand monde autour de la table, d’autant plus qu’elle était associée à un exceptionnel Vaudésir, dont la finesse et la longueur minérale se rapprochaient de celles d’un grand blanc de Puligny.
Un Chablis vraiment magnifique…quel vin !


Chablis Grand Cru Valmur 2011 – Moreau-Naudet à Chablis : nez très distingué avec des notes de tilleul et une minéralité déjà très parlante (coquille d’huître, craie), structure fine et longiligne en bouche avec une acidité mûre et droite, finale saline et discrètement iodée.
Chablis Grand Cru Château Grenouilles 2008 – La Chablisienne à Chablis : nez discret mais bien typé « Chablis » avec son profil minéral et ses nuances iodées, bouche ample et charnue, salinité intense qui donne un côté légèrement tannique à la finale.

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Avec ce duo de Grands Crus on entre dans l’âme du Chablis dans sa plus pure tradition : ces vins qui évoquent des effluves maritimes appellent des plats à base de poissons de mer et de coquillages.
Déjà splendides lorsqu’on les découvre seuls ils pourront devenir inoubliables à table, c’est une certitude !


Chablis Grand Cru Blanchots 2011 – Vocoret et fils à Chablis : nez complexe et raffiné avec des notes de brioche, de pain grillé, de fruits blancs et une touche iodée, acidité nette et précise qui trace tout droit dès l’attaque, matière oblongue très élégante, finale saline et délicatement mentholée.
Chablis Grand Cru Les Clos 2011 – J.P. et B. Droin à Chablis : nez discret avec un côté pierreux omniprésent, matière carrée et profondément minérale en bouche, longueur et salinité imposante en finale.

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La série se termine en beauté avec deux Grands Crus qualitativement irréprochables mais qui s’expriment selon un mode différent : complexité et opulence maîtrisée pour Blanchot, minéralité intense et pénétrante pour Les Clos.
Deux vins qui nous rappellent une dernière fois que le chablisien est définitivement l’un des plus grands terroirs à vins blancs de France…et pourquoi pas du monde !


Pour conclure :

- Après une visite gustative plus généraliste effectuée dans la production chablisienne il y a quelques années, cette rencontre avec ces 8 Grands Crus nous a permis de vivre un moment de plaisir intense : voilà une série de bouteilles qui restera dans ma mémoire comme l’une des plus belles qu’il m’ait été donné de rencontrer lors de nos sessions AOC.

- Sur ce coteau de calcaires kimméridgien principalement exposé au sud-est, ce sont surtout les orientations et les altitudes qui varient d’un climat à l’autre en donnant des identités bien marquées à chaque terroir classé : « Blanchot » se distingue par sa grande complexité et « Les Clos » par sa densité minérale, « Valmur » ressemble un peu au Clos mais se montre plus accessible dans sa jeunesse, « Vaudésir » brille par sa plénitude, « Grenouilles » allie puissance et minéralité, « Les Preuses » semble un peu atypique dans cette série, très riche très ouvert on y sent peut-être beaucoup la patte du vinificateur, enfin « Bougros » – le seul Grand Cru que j’avais déjà dégusté à plusieurs reprises –développe un classicisme chablisien avec une grande noblesse.
Très attendu par tout le monde « La Moutonne » a déçu : ce fut la seule bouteille défectueuse de la soirée. Dommage !

Chablis

- Malgré une préférence personnelle pour le grandissime Vaudésir 2010 je vais attribuer avec enthousiasme un coup de cœur général à toute cette série qui nous a emmenés très loin dans l’excellence vinique.

- Merci à François de nous avoir enchantés une fois de plus...

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