Club AOC : rieslings Engelberg du domaine Bechtold et Côte Rôtie du domaine Levet


Après deux séances de dégustations plutôt horizontales, il était grand temps de procéder à une opération de redressement au sein de notre club !
La réunion de novembre 2013 sera donc entièrement consacrée à des dégustations VERTICALES :

1. Les rieslings Engelberg de J.M. Bechtold de 2012 à 2006.
2. Les Côte Rôtie du domaine Levet de 2005 à 1997.

Les grands crus alsaciens étaient fournis par Jean-Marie Bechtold qui a également souhaité nous accueillir dans son caveau à Dahlenheim.
La série de Côte Rôtie a été composée grâce à Martial et à Guy qui ont prélevé quelques vieux flacons dans leurs caves personnelles.

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Jean-Marie entouré du groupe AOC dans le caveau de dégustation du domaine Bechtold.

Les vins blancs de la première série ont été débouchés juste avant la dégustation et les rouges de la seconde série ont été débouchés le matin.
Les bouteilles ont été servies 1 par 1, étiquette découverte.

Verres Spiegelau Authentis 01

Soirée Club AOC du 15 novembre 2013 à Dahlenheim


En guise de mise en bouche :

Muscat Obere Hund 2012 – Domaine Bechtold à Dahlenheim : nez intense et charmeur avec des notes de fruits mûrs et un fine touche florale, bouche généreuse, équilibre plutôt rondouillard mais très belle buvabilité.
L’Obere Hund est un coteau calcaire très pentu orienté à l’ouest sur lequel Jean-Marie Bechtold élabore de très belles cuvées de muscat et de pinot noir.
Avec son aromatique franche et épanouie et son côté rondouillard très confortable en bouche, ce muscat 2012 est un séducteur né…Un vin plaisir par excellence !


Thème 1 : les rieslings de la « Montagne des Anges » et le temps.


Grand Cru Engelberg 2012 : nez fin et délicat, floral et discrètement vanillé, attaque assez souple, milieu de bouche large et détendu, petit resserrement en finale mais joli sillage épicé complété par quelques fins amers..
Sec, équilibré avec une complexité aromatique et structurelle qui se dessine, ce Grand Cru est certes encore un peu marqué par sa mise récente (fin octobre) mais montre d’ores et déjà un très beau potentiel.

Grand Cru Engelberg 2011 : nez discret, citronnelle et verveine, vif et tendu en bouche, longueur et salinité en finale avec une fine amertume.
Encore très réservé ce vin commence à esquisser la silhouette d’un beau riesling de calcaire. 2011 pouvait engendrer des vins excessifs, mais il semble que sur cette cuvée le terroir a gardé le dernier mot.

Grand Cru Engelberg 2010 : nez étonnamment évolué, miel et soupçon de liège, ample avec une acidité très large en bouche, très bel équilibre mais finale qui trahit à nouveau un problème de bouchage.
En 2010, Jean-Marie a produit un très grand Engelberg que j’ai déjà eu l’occasion de déguster à plusieurs reprises et qui m’a fait à chaque fois une très forte impression…rien à voir avec cette bouteille certainement affectée par un bouchon défectueux. Dommage !

Grand Cru Engelberg 2009 : nez ouvert et complexe avec des notes d’agrumes et de pierre chaude, bouche large et puissante, finale minérale (pierre à feu) avec une fine amertume et une touche un peu alcooleuse.
Flatteur et généreux ce riesling est un peu marqué par le côté solaire du millésime (14° quand même !) mais l’équilibre se réalise grâce à un bon rapport richesse/salinité. Très bon à boire aujourd’hui !

Grand Cru Engelberg 2008 : nez complexe et raffiné, agrumes frais, zestes et notes crayeuses, bouche racée, déliée et longiligne, tenue par une acidité mûre et très profonde.
Classique et classieux. Elégance absolue, presque aristocratique…un riesling le légende !

Grand Cru Engelberg 2007 : nez flatteur sur les agrumes mûrs et l’ananas avec une fine touche vanillée, bouche opulente, acidité large mais sans grande profondeur, finale équilibrée par une belle présence saline.
Grand séducteur dès sa prime jeunesse, l’Engelberg 2007 a gardé son magnétisme qui a séduit un large public, mais avec l’âge son côté « dragueur pour histoire sans lendemain » commence à se faire sentir. La minéralité du terroir tient encore vaillamment la structure mais je pense qu’il ne faudra plus trop attendre pour profiter des charmes de cette cuvée.

Grand Cru Engelberg 2006 : nez intense et riche avec des arômes d’ananas, de craie, de citron, bouche souple, avenante mais équilibrée, finale longue et sapide.
Malgré un style très différent, cet Engelberg 2006 se situe presque au niveau de l’excellent 2008…et lorsqu’on se souvient de la difficulté de ce millésime en Alsace on ne peut qu’être admiratif face au travail accompli par Jean-Marie Bechtold.

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La série complète

Pour conclure :

- Cette petite série de 6 millésimes successifs de riesling Engelberg nous a fait toucher des papilles, l’idée que ce vigneron se fait d’un Grand Cru d’Alsace : des vins qui expriment avec force la minéralité particulière de leur terroir tout en gardant les différents accents liés à la nature du millésime.
Il reste cependant une caractéristique que ces vins partagent tous : leur parfaite buvabilité à tout âge…MIAM !

- Mon tiercé gagnant : 2008, très grand, 2006, une très bonne surprise et une belle performance et 2011, une bien belle bouteille pour tout de suite ou pour dans quelques années.

- Il y a quelques années j’ai sollicité Jean-Marie Bechtold pour me guider dans ma petite étude sur l’Engelberg et j’ai immédiatement apprécié la personnalité de ce vigneron proche de sa vigne et de ses terroirs qui pratique une viticulture éco-responsable (certifié bio évidemment) et qui travaille ses vins avec un souci permanent d’authenticité et de liberté. Conçues à partir de fruits de grande qualité ses cuvées sont élevées avec le moins d’interventions possible…et parfois il lui arrive de produire un O.V.N.I. qui brouille un peu les codes viniques alsaciens comme cette cuvée de pinot gris de 2007 toujours encore en cours d’élevage en barrique : servi en fin de série ce vin surprenant, richement aromatique avec une structure complexe et une matière très bien équilibrée sera mis en bouteilles dans quelques mois…amateurs de sensations originales, n’hésitez pas !

- Mille mercis à Jean-Marie pour son accueil !

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Le coteau de l’Engelberg en automne.

 

Thème 2 : quelques vieilles syrahs du domaine Levet.

Côte Rôtie 2005 : nez très engageant avec des notes de fruits noirs bien mûrs, de chocolat et une fine touche boisée, matière riche et volumineuse en bouche, tannins serrés et denses que l’acidité met un peu trop en relief en finale.
Côte Rôtie 2001 : nez de fruits noirs et de réglisse avec un côté tertiaire (cuir, lard) qui commence à se manifester, bouche charnue, équilibrée et gourmande, finale fraîche avec une jolie persistance aromatique.

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Ces deux cuvées de Côte Rôtie sont issues d’un assemblage de différentes parcelles du domaine Levet.

Après 8 années de garde, la première montre une palette aromatique séduisante tout en gardant un côté encore un peu rugueux en bouche.
Avec 4 années de plus la seconde commence à évoluer vers un registre aromatique de vieille syrah tout en conservant une matière très jeune : personnellement j’aime beaucoup la présence en bouche du 2001mais je suis nettement plus séduit le profil olfactif du 2005…dilemme !


Côte Rôtie La Péroline 2000 : nez très flatteur sur le cassis, la mûre, la violette…, attaque souple en bouche, matière riche, grain tannique présent mais bien mature, finale longue et tenue par une fine acidité.
Côte Rôtie Amphoralis 1999 : nez discret et complexe (fleurs et fruits noirs), bouche volumineuse, toucher soyeux et finale acidulée avec un long sillage aromatique sur la réglisse et la violette.
Côte Rôtie La Péroline 1998 : nez très surprenant, un peu « pharmaceutique » avec des notes de camphre et de naphtaline, bouche plus avenante avec une matière douce et équilibrée mais la finale revient sur des notes médicinales peu gracieuses.
Côte Rôtie Silène 1997 : nez complexe et classieux avec des notes d’épices douces et de pierre chaude, bouche puissante et bien équilibrée, texture veloutée et finale longuement aromatique.
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Même si elle change de nom sur certains millésimes, la cuvée « Péroline » est issue d’un terroir situé sur le lieu-dit « Chavaroche ». Si on excepte le 1998 (probablement victime d’un bouchage défectueux), ces vins d’’âge respectable ont montré une palette aromatique et une présence en bouche nettement plus consensuelles que celles de la première doublette.

Alliant charme et complexité olfactive avec une présence dense mais veloutée en bouche ces vins ont charmé nos papilles ce soir.

Pour conclure :

- Présent depuis de longues années au Salon des Vignerons Indépendants de Strasbourg, le domaine Levet m’a permis de suivre une production de Côte Rôtie sur plusieurs millésimes pour me faire une idée du type de vins que ce terroir particulier pouvait générer.

- A titre personnel, je suis un peu partagé face au style très traditionnel que la famille Levet revendique sur ses crus de la Côte Rôtie : n’aimant ni la dureté en bouche, ni les palettes olfactives trop évoluées…j’ai eu un peu de mal à trouver chaussure à mon pied, même si les cuvées « La Péroline » ont témoigné d’un très beau comportement face au temps : coup de cœur évident pour le 97, qui en plus d’être de l’année de mon Titi préféré, a révélé une personnalité complexe et racée avec une belle jeunesse dans son expression aromatique.

- Etablie à Ampuis depuis 1929, la famille Levet produit actuellement 3 cuvées de Côte Rôtie : « Améthyste » dont nous avons dégusté les millésimes 2001 et 2005 (qui ne portaient pas encore ce nom), « La Péroline » dont nous avons dégusté 4 millésimes (même si le nom avait changé certaines années) et « Maestria » issu du lieu-dit « Landonne », un cru remarquable qui n’est pas présenté à Strasbourg…mais qu’on peut déguster quelques semaines plus tard au « Salon des vins du Bollenberg »…à bon entendeur !

- Merci à Martial et à Guy d’avoir déniché ces quelques bouteilles derrière les fagots de leurs caves personnelles.

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