L'Engelberg selon Jean Marie Bechtold

L’ENGELBERG SELON…
 
 
Cap au nord pour cette septième étape, en direction de l’autre extrémité du vignoble alsacien, à Dahlenheim, où nous essayerons de décoder les mystères du Grand Cru Engelberg.
 
1-5.jpgLa partie est de l’Engelberg en automne.
 
Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.

A l’opposé de l’Ollwiller de Wuenheim ce Grand Cru est, après le Steinklotz de Marlenheim, le terroir classé le plus septentrional d’Alsace.

La majeure partie du Grand Cru Engelberg se trouve sur son ban communal de Dahlenheim, un charmant village vigneron de quelque 600 âmes, situé aux portes de Strasbourg, dans la vallée de la Mossig. Le village voisin de Scharrachbergheim revendique quelques hectares sur l’appellation.
 
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3-6.jpgPrès de Dahlenheim, la Mossig et au fond le Scharrachberg.
 
L’histoire de Dahlenheim est celle d’un village rural paisible avec, comme le dit Serge Dubs « une atmosphère calme, sereine, une simplicité heureuse qui a du se fondre dans le tempérament de ses vignerons ».
 
4-4.jpgDahlenheim
 
En fait, à travers les quelques références historiques disponibles sur cette petite bourgade adossée au Scharrachberg, on constate que la destinée de Dahlenheim est intimement liée à celle de son vignoble. Ce sont des écrits sur la tradition viticole qui évoquent ce village pour la première fois en 884 : à cette époque Dahlenheim appartenait à l’abbaye Saint Michel de Honau et les pentes abruptes du Scharrachberg étaient exploitées par des serfs locaux.
Au début du XII° siècle, le grand Chapitre de Strasbourg a fait main basse sur cette abbaye et ses propriétés : Dahlenheim devient peu à peu une véritable cave pour les institutions ecclésiastiques strasbourgeoises. Par la suite, l’évêque de Strasbourg cède le village à la noblesse locale, dont les familles vont se disputer la propriété de ce village durant près de deux siècles. En 1516, l’évêché de Strasbourg récupère son bien en l’intégrant au baillage épiscopal de Dachstein.
Au XIV° siècle, le Prince-Evêque de Strasbourg et l’abbaye Saint Etienne perçoivent une dîme en vin sur la production de Dahlenheim et les Chapitres des grandes églises de la capitale alsacienne y possèdent des vignes.
Au XVII° siècle ce village est incendié lors de la Guerre de Trente Ans.
Sur une carte ancienne datant de 1750 on peut constater que Dahlenheim s’appelait alors Dahlheim, ce qui peut expliquer l’actuel nom alsacien de ce village : « Dahle ».
 
5-3.jpgLes armoiries de Dahlenheim, dont l’origine reconnue remonte au XVI° siècle : une patte d’oie sur fond rouge, qui nous rappelle que ce volatile fait partie intégrante de la culture alsacienne : la célèbre Gaenseliesel est peut-être originaire de ce village ?

A la fin du XIX° siècle, avec 150 ha de surface viticole, Dahlenheim est la 48ème commune du vignoble alsacien par sa superficie. Après les deux guerres qui ont marqué la première moitié du XX° siècle, la surface viticole de ce village a considérablement diminué : en 1955 il restait à peine 40 ha de vignes en culture à Dahlenheim.
Depuis lors, les vignerons locaux, travailleurs infatigables et convaincus de la valeur de leur terroir ont tout mis en œuvre pour reconstruire leur vignoble : en quelques décennies la superficie à plus que doublé pour atteindre 121 ha en 2006.
Chapeau bas !

Aujourd'hui, Dahlenheim a retrouvé cette sérénité si particulière à ces petits villages alsaciens qui permettent au touriste de se ressourcer à quelques kilomètres de l’agitation des grands ensembles urbains.
L’église Saint Blaise reconstruite au XVIII° siècle abrite quelques sculptures datant du XVI° siècle, œuvres d’art exceptionnelles par leur finesse et leur rareté.
Classé parmi les Villages Fleuris d’Alsace, Dahlenheim et ses villageois mettent un point d’honneur à entretenir le fleurissement de leurs maisons et des belles fontaines anciennes dont l’une a été classée Monument Historique.
 
6-6.jpgLa Mairie et ses traditionnels géraniums.
 
7-5.jpgLa fontaine classée datant de 1563.
 
Les oenophiles pourront arpenter le sentier viticole qui grimpe sur le Scharrachberg autour du Grand Cru avant de se retrouver dans la fraîcheur de l’un des nombreux caveaux où les vignerons locaux leur feront découvrir leur production.
 
8-6.jpgLe sentier viticole au milieu de l’Engelberg… bonnes chaussures conseillées
 
Le Grand Cru Engelberg s’étend sur le versant méridional du mont Scharrach en couvrant une superficie totale de 14,80 hectares situés entre 250 et 300 mètres d’altitude.
 
9-7.jpgDes parcelles dans le secteur ouest du Grand Cru Engelberg
 
La partie sud du Scharrachberg est une côte irrégulière, souvent pentue, entrecoupée de talus, de buissons et coupée en son milieu par une carrière où se dresse une impressionnante falaise calcaire.
10-6.jpgLa carrière au centre du Grand Cru
 
Le dessin des parcelles et l’orientation des rangs de vigne témoignent de l’extrême variété des pentes et des reliefs de cette colline.
 
11-5.jpgLes parties est et ouest de l’Engelberg séparées par la carrière

12-6.jpgLa vue rapprochée du secteur de la carrière avec son relief torturé.
 
Sur le plan géologique ce Grand Cru, implanté sur une colline fracturée par trois failles, fait partie de la famille des terroirs marno-calcaires, avec des sols très pauvres, peu profonds mais très homogènes même si les âges géologiques des différents secteurs sont très différents. Comme le prouvent les nombreux fossiles dans la partie ouest (Muschelkalk), ce relief calcaire est un vestige datant d’un temps où la mer recouvrait notre région.
13-6.jpgUn pied de vigne dans les cailloux calcaires du Grand Cru.

14-6.jpgUne coupe géologique naturelle à la hauteur de la carrière de l’Engelberg : le combat des racines contre la roche
 
La vigne pousse sur des sols arides, caillouteux et bien drainés, sur des parcelles qui, grâce aux fortes pentes et à leur exposition plein sud, bénéficient d’un long ensoleillement.
 
15-5.jpgLes pentes de l’Engelberg dans le secteur ouest du Grand Cru16-6.jpg
Sur le plan historique, les quelques sources à notre disposition mettent toutes l’accent sur l’importance du vignoble dans la destinée de Dahlenheim. De tous temps, l’intérêt porté à ce village par les instances de pouvoir venait assurément de l’excellente qualité des vins qu’on y produisait. Les vins de cette région sont connus depuis plus de mille ans : les bénédictins de l’abbaye de Honau avaient repéré ce terroir dès le IX° siècle. Ce sont d’ailleurs des moines pèlerins qui auraient ramené à Dahlenheim de nouveaux cépages destinés à la production de vins de qualité supérieure : c’est ainsi qu’au début du XIII° siècle, les vignerons de Dahlenheim produisaient déjà du Vinum Nobile.
Un ensemble de documents fiscaux datant du XVI° siècle font mention précise de terroirs hauts en qualité, sur le vignoble de Dahlenheim : l’Engelberg et le Silberberg sont identifiés et délimités à cette époque.
Le secteur des « Jardins de Strasbourg » a connu une belle période de prospérité, jusqu’au début du XX° siècle, où la renommée des vins du Haut-Rhin a relégué presque tout le vignoble bas-rhinois au rang de fils illégitime de la viticulture alsacienne. Les vignerons de Dahlenheim ont tenu tête, sans céder à la tendance à la normalisation du goût : leurs vins sont restés fidèles à leur terroir et à leur tradition. Secs et de longue garde, ils commencent à reconquérir les marchés locaux, nationaux et internationaux… et ce n’est que justice !

Au niveau de la viticulture, l’encépagement est dominé par le riesling et le gewurztraminer. Malgré la pauvreté du sol l’enherbement est très répandu sur le Grand Cru : entre les effets positifs de lutte contre l’érosion et le stress engendré par cette concurrence végétale le choix n’a pas du être simple !
 
17-7.jpgEnherbement quasi généralisé sur l’Engelberg…

18-7.jpgLe labourage inter-cep est plus rare.
 
Il reste cependant une bonne moitié des parcelles classées qui ne sont pas revendiquées en Alsace Grand Cru par leur propriétaire : manque de confiance dans l’avenir de ce terroir ou persistance de quelques mauvaises habitudes productivistes… la question reste ouverte. Gageons que la suite de mon enquête auprès de vignerons, ardents défenseurs de l’Engelberg, nous apporterons des éléments de réponse…
 
19-6.jpgFin octobre : les raisins sont beaux mais les charges sont conséquentes sur certaines parcelles de l’Engelberg.
 
Les vins de l’Engelberg sont des vins de gastronomie, droits, secs et de longue garde : les vignerons du cru n’ont pas cédé à la tentation des vins gentils, flatteurs et doucereux qui séduisent facilement. Ils sont dotés d’une forte salinité et d’une belle structure acide et grasse mais savent rester digestes et aériens. Comme le dit, Maurice Heckmann (vigneron à Dahlenheim) les vins de l’Engelberg nous rappellent « que les anges ont des ailes ».
 
20-5.jpgLe Scharrrachberg et l’Engelberg
 
 
…JEAN MARIE BECHTOLD
 
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 « Tu ne peux pas parler de l’Engelberg sans avoir vu Jean Marie Bechtold »… tel fut le cri du cœur de Philippe Bon (Zappa pour les DCiens et blogueur sur oenophil) lorsqu’il a appris que j’allais mener ma petite enquête sur le Grand Cru de Dahlenheim.
Me voilà donc contraint de modifier mon mode opératoire en passant d’une vision uni-focale d’un terroir à la mise en parallèle de l’avis de 2 vignerons emblématiques : Mélanie Pfister et Jean Marie Bechtold.

Jean- Marie Bechtold est à la tête d’un domaine familial relativement jeune : l’arrière-grand-père s’est installé à Dahlenheim, le grand-père, grand amoureux du bon vin, exploitait un petit hectare de vigne mais ce sont ses parents qui ont réellement développé l’activité viticole.
Le caveau de dégustation est moderne, lumineux et accueillant, le poêle à bois diffuse une chaleur réconfortante…nous voilà dans d’excellentes conditions pour démarrer notre entretien.

22-5.jpgLe  « bar » est ouvert 6 jours sur 7 au domaine Bechtold…

23-6.jpg…et les visiteurs sont accueillis au coin du feu.
 
Comment définir ce terroir ?
« L’Engelberg possède une structure géologique d’une rare complexité… la base est marno-calcaire mais d’un secteur à l’autre la composition du sous-sol change, le grès s’invite dans les parcelles ouest près du village alors que vers le Sussenberg à l’ouest tout se complexifie ».
La carrière offre une vue imprenable sur les strates qui composent la géologie de ce terroir et partage le Grand Cru en deux zones assez différentes : « à l’est l’origine jurassique est avérée alors qu’à l’ouest le sous-sol est bien plus jeune (20 millions d’années quand même !) avec une présence importante de calcaire oolithique ».
L’autre point remarquable de l’Engelberg est peut-être son histoire qui, aux dires de Philippe Bon confirmés par Jean Marie Bechtold, remonterait jusqu’à l’époque celte. Des fouilles sur le Scharrachberg ont mis à jours un certain nombre de vestiges dont des armes mais surtout des poteries contenant des restes fossilisés de raisins : la vigne existait probablement sur le Grand Cru avant la période romaine.

Quels sont les cépages les mieux adaptés ?
Pour Jean Marie Bechtold, la réponse est claire « le riesling et le gewurztraminer sont les alliés naturels de ce terroir calcaire ». Ces deux cépages génèrent des vins amples qui jouent plus sur le registre de l’élégance que de la puissance.

Quels caractères spécifiques ce terroir transmet-il aux vins ?
« Je ne suis pas assez poète pour inventer des mots qui pourraient définir les vins de l’Engelberg en les différenciant des autres terroirs marno-calcaires… »
Me voilà bien aidé…moi qui étais venu chercher des informations pour briller dans les cercles œnophiles !!!
Pour Jean Marie Bechtold, les vins sont évidemment marqués par leur terroir mais c’est le vigneron, avec sa culture, sa viticulture et peut-être même sa philosophie, qui signe leur carte d’identité.
On pourra quand même retenir que l’Engelberg engendre des vins droits avec une élégance distinguée sans extravagance ni ostentation, que de longues années de garde n’effraient aucunement.
« Les riesling vieillissent admirablement ». Ceci dit Jean Marie Bechtold avoue sa préférence pour des vins de plus en plus jeunes « sûrement parce que les vins ont évolué avec les progrès de la viticulture… mais peut-être aussi parce que mon goût personnel a changé avec la cinquantaine qui approche… ».

Quelles perspectives pour ce terroir ?
Jean Marie Bechtold est l’actuel responsable de la gestion du syndicat local de l’Engelberg et sûrement le plus ancien défenseur du Grand Cru « à la fin des années 70, le domaine vinifiait déjà une cuvée spécifique sur l’Engelberg ». Jusqu'à la fin du siècle dernier ce terroir était défendu par 2 vignerons : André Pfister et Jean Marie Bechtold…c’est bien peu pour se faire entendre !
Aujourd’hui les perspectives sont à l’embellie : les domaines Heckmann, Loew et Schmitt se sont investis sur ce terroir qui reste, malgré tout, encore largement sous-exploité (la moitié de la surface du Grand Cru n’est toujours pas revendiquée).
L’Engelberg est en train d’évoluer mais les avancées sont timides : même si on discute beaucoup durant les réunions du syndicat local les accords se font trop souvent à minima « on arrive à s’entendre sur le rendement mais pour le P.L.C. c’est impossible (…) la plupart des vignerons ont choisi l’enherbement mais une attitude commune au niveau de l’ensemble des pratiques culturales est inconcevable à l’heure actuelle »
En bref, les défenseurs de ce Grand Cru auront encore besoin de beaucoup de temps et d’énergie pour arriver à faire reconnaître ce terroir à la place qui lui revient dans le paysage viticole alsacien.

Les vins du domaine : quelle conception ?
Jean Marie Bechtold associe un pragmatisme paysan et une philosophie profondément humaniste pour définir sa vision du métier de vigneron.
Le respect de la nature est un dogme absolu à chaque étape de la conception de ses vins.

Au niveau de la viticulture, le domaine est en conversion bio depuis 2007 (label en 2010) mais dans la pratique Jean-Marie Bechtold applique la charte bio depuis 2002.
Les 12 hectares du domaine sont répartis sur de très belles parcelles enherbées à 100% :
- 2 ha sur l’Engelberg, uniquement dans la partie ouest.
- 1,5 ha sur le Sussenberg, le prolongement ouest de l’Engelberg.
- 3 ha sur l’Obere Hund, un coteau pentu vers Soultz les Bains propice au muscat, gewurztraminer et pinot noir.
- 1,5 ha sur le Silberberg
- 2 ha sur des parcelles en coteau vers Odratzheim.
« Je n’ai pas de vignes dans les champs » nous confie Jean Marie Bechtold « il faut reconnaître que ces terroirs sont particulièrement propices à la viticulture bio »
Récemment le domaine a acquis une parcelle sur le Steinklotz « une belle vigne où je vais planter du pinot noir : le cépage le mieux adapté à ce terroir, même si, pour l’instant, il est exclu de l’appellation Grand Cru ».
Les rendements sont sévèrement contrôlés et pour éviter des maturités trop grandes les dates des vendanges sont déterminées avec grand soin en fonction du degré de sucrosité des fruits. « Je récolte souvent mes rieslings assez tôt pour éviter des équilibres trop riches dans ces vins ».

Les vinifications se font évidemment le plus naturellement possible :
-  les fermentations se font exclusivement avec l’action des levures indigènes
- les vins restent longtemps sur lies avec très peu de soutirages
- en règle générale il n’y a qu’une seule filtration légère à la mise en bouteilles
- les fermentations malo-lactiques se font presque systématiquement en même temps que les fermentations alcooliques. Conformément à ses principes Jean Marie Bechtold laisse faire les choses « c’est une situation périlleuse, il faut surveiller ses cuves et goûter très souvent pour réagir rapidement en cas de souci… »
- le sulfitage est minimal et les mises en bouteilles débutent chaque année fin mai.
 
24-6.jpgUne cuverie sur mesure pour vinifier séparément chaque parcelle.
 
Le discours et les pratiques sont en parfaite cohérence à la cave comme dans les vignes : « le terroir ne doit pas être faussé par des méthodes culturales ou œnologiques trop interventionnistes (…) il faut que l’homme moderne réapprenne à accepter le fait que la nature le dépasse ».

Le domaine écoule 80% de sa production (environ 40000 bouteilles) auprès d’une fidèle clientèle de particuliers, le reste est distribué par quelques restaurants et cavistes locaux.
Et dans le verre ça donne quoi ?

La dégustation commence dans le chai pour un tour d’horizon complet du millésime 2009, avec des vins qui se présentent à nous à des stades d’évolution différents mais dont le profil actuel laisse entrevoir de très belles perspectives.
Les cuvées de vins secs possèdent une matière grasse et puissante avec une acidité large.
Les cuvées de vins moelleux sont remarquables d’équilibre et de concentration.
Le pinot noir prélevé sur foudre est profondément fruité et celui prélevé sur une barrique est plus serré et plus complexe. Ces 2 vins seront assemblés et se complèteront à merveille.
Sur ce millésime Jean Marie Bechtold a utilisé la technique allemande de la Teilung (division en allemand) pour contrôler le rendement et pour garantir le bon état sanitaire des grappes en aérant artificiellement les baies : « un boulot de c… qui consiste à couper la moitié de la jeune grappe juste après la fleur ».
 
25-5.jpg3 barriques, un demi-muid et un petit foudre pour le pinot noir du domaine.
 
Retour dans le caveau de dégustation pour un aperçu de la production en bouteilles :

Riesling GC Engelberg 2008 : le nez est discret présente des notes d’herbes aromatiques, la bouche possède un équilibre sec (4g de SR), une matière relâchée mais ample et une finale longue avec des amers d’une grande finesse.
Un riesling évidemment très jeune mais la qualité du millésime transparaît et le style si particulier du domaine est déjà bien perceptible.

Riesling GC Engelberg 2007 : le nez commence à s’ouvrir, le profil aromatique est très pur et bien typé (agrumes frais), après une attaque assez timide le vin envahit progressivement le palais pour exprimer une matière concentrée, ample mais bien détendue. La finale est longue et délicatement épicée.
Plus expressif que le précédent, un vin qui se pose avec beaucoup de classe et qui joue la partition d’un séducteur sans flagornerie.

Riesling Sussenberg 2007 : le nez est discret, frais et très pur, la bouche possède un équilibre droit, remarquable d’élégance et de distinction. Du gras, de la soie et une finale longue… un modèle du genre.
Ce terroir qui prolonge l’Engelberg vers l’ouest et qui, selon Jean Marie Bechtold, aurait mérité d’être intégré au Grand Cru, a produit un riesling exceptionnel en 2007.

Riesling Sussenberg VT 2007 : le nez est frais et riche, plein de fruits (pêche de vigne, fruits exotiques), la bouche s’équilibre parfaitement entre une forte maturité et une acidité pointue et longue, la finale est belle et marquée par de beaux amers.
Riesling Sussenberg SGN 2007 : le nez est plus fermé que pour le vin précédent mais le registre aromatique reste identique, la bouche est plus riche mais la présence minérale est tout aussi puissante. L’équilibre est déjà plein de gourmandise mais il est évident que ce vin prendra du volume et de la personnalité si on lui laisse le temps de vieillir un peu.
Deux moelleux superbement équilibrés encore bien jeunes, récoltés sur ce terroir que Jean Marie  Bechtold affectionne particulièrement avec une cuvée classique de VT et une SGN issue d’un secteur où le botrytis a fait monter la maturité à 18°5 potentiels
 
26-4.jpgLes rieslings du domaine avec « La nef des folles » pour signer les étiquettes du domaine…Mystère !!!27-4.jpg
Pour conclure, un petit bilan sur cette septième expérience de visite approfondie d’un terroir Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- Une fois de plus, j’ai pu vérifier que la convivialité et la disponibilité des vignerons alsaciens ne sont pas une légende. Encore mille mercis à Jean-Marie pour son accueil.

- J’ ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Engelberg comme avant !

- L’Engelberg est un terroir solidement ancré dans l’histoire du vignoble alsacien. L’arrivée récente sur ce Grand Cru de quelques jeunes vignerons prometteurs est de bon augure pour l’avenir : l’Engelberg mérite d’être défendu et reconnu.

- Jean Marie Bechtold est un vigneron qui a choisi de mettre ses pratiques en cohérence avec sa conception du monde. Il n’a pas l’arrogance du démiurge qui fabrique son vin pour flatter et séduire le consommateur. Il est à l’écoute d’une nature qu’il aime et respecte profondément et à qui il essaie de rendre hommage en produisant des vins authentiques et fidèles à leurs terroirs. Ses cuvées possèdent des personnalités complexes et parfois mystérieuses mais elles sont un peu à l’image de l’homme : il faut savoir les approcher avec patience et sans préjugés pour entrer dans leur monde et découvrir la profondeur de leur âme…
 
28-4.jpgLe haut de la partie est de L’Engelberg et Dahlenheim… et la brume automnale qui nous cache la flèche de la cathédrale de Strasbourg à l’horizon.
 
 
Première publication de cet article : 2010
 
 
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