Dégustation club AOC - Le Clos de Vougeot

La réunion AOC du mois d’avril fera sûrement date dans l’histoire de notre club œnophile puisqu’elle va nous permettre de déguster pas moins de 13 références de l’un des Grands Crus les plus connus de la Bourgogne.
Comme nous ne sommes pas parvenus à faire une sélection restreinte parmi toutes les bouteilles disponibles nous avons décidé de faire une exception dans notre mode de fonctionnement habituel en ne proposant qu’un seul thème pour cette soirée :

- une sélection de Clos de Vougeot de 1987 à nos jours.

Cette série exceptionnelle a pu être constituée grâce à un généreux donateur qui avait besoin de faire de la place dans sa cave.
Une sacrée aubaine pour le club AOC, mais quand on peut rendre service…


Les vins ont été débouchés avant la réunion et servis à l’aveugle 2 par 2, du plus jeune au plus vieux…en règle générale.

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Verres gravés de l’Ecole Polytechnique, pris par erreur car ils sont dans une boîte identique à celle de mes Spiegelau habituels…mais ils se sont montrés à la hauteur du prestige ce cette série de bouteilles !



Soirée Club AOC du 4 avril 2016 à La Wantzenau


En guise de mise en bouche :

Sylvaner Indigène 2014 – Domaine Bohn à Reichsfeld : nez complexe et sur un registre assez étonnant (notes florales, cire d’abeille, froment...), matière assez épaisse en bouche, belle salinité, finale sur le pamplemousse avec des amers très présents.

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Découverte lors de ma visite au domaine Bohn en compagnie de Claude Weinzorn, cette cuvée originale a encore divisé l’assemblée…bon, il faut dire que ce sylvaner issu d’une vieille vigne (70 ans) sur schistes a été conçu pour interpeller – voire provoquer – le dégustateur : macération de raisins entiers durant un mois, élevage en barriques durant une année, mise sans collage ni filtration, ni SO2.
En ce qui me concerne, j’aime bien !

 


Thème unique
Le Clos de Vougeot de long en large et du haut en bas…

 

Clos de Vougeot Musigni 2012 – Gros frère et sœur à Vosne Romanée : nez d’une extrême finesse, notes de torréfaction et fruité complexe (prune, pêche de vigne…) sur un fond floral (violette), matière charnue en bouche avec un équilibre parfait et une mâche tannique pleine de volupté, finale gourmande, profonde et très sapide.

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Clos de Vougeot Musigni 2010 – Gros frère et sœur à Vosne Romanée : fruité frais et charmeur au nez (fruits rouges frais), attaque timide en bouche puis montée en puissance progressive mais sans démonstration excessive, silhouette longiligne, finale délicatement épicée avec une présence tannique qui serre encore un peu.

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Nés sur l’un des secteurs les plus qualitatifs du Clos (partie haute au sud, au dessus du château) ces deux premiers flacons prouvent que lorsqu’un vin est bien né et bien travaillé « la valeur n’attend pas le nombre des années ».
Le 2010 impose le respect pas sa classe incomparable alors que le 2012 est un pur chef d’œuvre qui se livre déjà dans toute sa plénitude aujourd’hui…si la suite est de ce niveau, on va probablement accéder au Nirvana vinique ce soir !


Clos de Vougeot 2011 – J. Castagnier à Morey Saint Denis : nez marqué par des notes végétales assez disgracieuse et malheureusement très tenaces, fruité agréable mais bien timide, matière svelte, équilibre léger, trame tannique très fine et présence minérale sensible en finale.

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Clos de Vougeot 2011 – A. et B. Rion à Vosne Romanée : nez peu avenant avec d’intenses arômes végétaux (persil) et une touche de cacahuète sur fond fruité frais mais trop discret, équilibre frais en bouche, matière ample avec un fruit un peu plus présent, finale tannique assez austère.

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La suite de la série de Clos de Vougeot nous ramène sur terre – de façon plutôt brutale d’ailleurs – avec deux vins très difficiles à goûter.
Issu d’une belle parcelle située dans le nord de partie haute du Clos (lieu-dit « Petit Maupertui »), le Grand Cru de Jérôme Castagnier m’a vraiment déçu, surtout lorsque je me remémore les belles impressions ressenties face à ce vin en cours d’élevage (lors de ma visite au domaine en 2012).
La bouteille du domaine Rion se situe hélas dans le même registre qui fait immanquablement penser à un déficit de maturité…mais j’espère que je me trompe !


Clos de Vougeot 2009 – Tortochot à Gevrey Chambertin : nez discret et complexe, notes de fruits rouges, matière ample et concentrée, trame tannique solide, un peu rustique, finale tendue et assez serrée.

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Clos de Vougeot 2008 – Tortochot à Gevrey Chambertin : nez riche et juteux, cerise rouge et nuances minérales subtiles, structure élégante très élancée en bouche, trame tannique marquée soutenue par une ligne acide assez saillante, finale bien fraîche.

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Issus d’une parcelle située dans la partie basse du Clos (secteur des Baudes) les deux Grands Crus du domaine Tortochot s’expriment avec noblesse et classicisme : le 2009 montre une puissance encore un peu rugueuse et aura encore besoin d’un peu de temps pour se révéler pleinement, le 2008 moins massif mais plus élégant est plus facile à approcher et semble commencer sa phase de maturité.


Clos de Vougeot Musigni 2009 – Gros frère et sœur à Vosne Romanée : nez mûr et complexe, fruité riche et fine touche fumée, chair voluptueuse et très gourmande soutenue par un squelette acide/tannique très solide, finale d’une longueur incroyable.

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Complet, complexe sûr de sa force, ce Grand Cru impressionne par sa prestance et son équilibre qui frise la perfection absolue. MIAM !
J’ai l’impression que ce soir, mon podium personnel sera monopolisé par les trois bouteilles du domaine Gros frère et sœur…à moins que ???


Clos de Vougeot 1999 – G. Coquart à Morey Saint Denis : nez discret mais raffiné, notes de rose fanée et de fruits rouges confits, matière svelte, équilibre très droit et tannins assez vifs, finale franche et délicatement chocolatée.

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Clos de Vougeot 1996 – La Cave des Dominicains à Beaune : nez presque mutique mais avec une palette très évoluée (fruits cuits et notes métalliques), bouche qui manque tenue, matière un peu maigre, aromatique peu flatteuse, finale courte avec une acidité marquée.

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Même si elle s’exprime sur un registre qui privilégie la finesse plus que la puissance, la bouteille du domaine Coquart tient honorablement son rang de Grand Cru.
La cuvée de la Cave des Dominicains semble hélas avoir entamé sa phase de déclin depuis belle lurette…c’est un peu léger pour ce niveau non ???


Clos de Vougeot 1988 – Château de la Tour à Vougeot : nez discret mais très agréable, notes de fruits rouges confits avec une touche d’eucalyptus, belle tenue en bouche avec une matière un peu froide articulée autour d’une une structure très cohérente, finale de longueur modeste mais franche et distinguée.

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Le domaine du Château de la Tour possède de nombreuses parcelles sur le Clos, ce qui permet la production d’un Grand Cru de très belle facture avec une aromatique distinguée et une matière juteuse encore très bien balancée.
Les années de vieillissement ont épuré la silhouette tout en lui donnant un profil noble et racé…un vin qui impose le respect !


Clos de Vougeot 1996 – Drouhin-Laroze à Gevrey Chambertin : nez qui s’ouvre sur des notes de vieux carton heureusement très fugaces avant de laisser s’exprimer une palette plus nobles où on identifie des nuances de prune et de fleurs fanées, matière fine et étirée en bouche, acidité tendue, finale fraîche et assez longue.

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Né sur une parcelle située dans le secteur central du Clos (lieu-dit « Marei »), ce Grand Cru commence à vaciller de façon inquiétante mais nous procure quand même quelques sensations tout à fait plaisantes…et une pointe d’émotion comme celle que l’on ressent en présence d’un vieillard qui porte beau en assumant son âge !


Clos de Vougeot 1991 – Moine-Hudelot à Chambolle Musigny : nez complexe et très évolué, notes d’humus et de sous-bois avec une fine touche mentholée, belle prestance en bouche avec un toucher sensuel et un développement aromatique qui persiste longuement en finale.

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Clos de Vougeot 1987 – Moine-Hudelot à Chambolle Musigny : nez marqué par une minéralité affirmée et un fruité mûr et délicat, bouche pleine et charnue avec une mâche voluptueuse, finale de longueur moyenne mais encore très fraîche.

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Réalisée à partir d’un assemblage de 3 parcelles (une sur « Plante l’abbé », une sur « Chioures » et une sur « Baudes Saint Martin ») cette cuvée de Clos de Vougeot 1991 porte son quart de siècle avec une classe évidente même si on y devine une vraie fragilité…un vin particulièrement émouvant !
Issu d’un millésime réputé très difficile, le Grand Cru de 1987 a été vraiment étonnant ce soir : complexe, harmonieux et encore plein de dynamisme en finale…une bouteille parfaite pour poser le point final de cette série qui fera date dans l’histoire de notre club 


Pour conclure :

- Ce Clos réputé situé au nord du village de Vougeot sur un coteau en pente douce exposé au levant bénéficie d’une réputation séculaire – il porte ce nom depuis le XIV° siècle – qui le place dans la liste des grands vins que tout amateur doit avoir bu une fois dans sa vie…aujourd’hui c’est chose faite et bien faite pour les chanceux qui ont pu participer à la réunion AOC de ce soir.

- Certes, on reproche souvent à ce Grand Cru une délimitation un peu large avec un manque de cohérence au niveau géologique qui fait qu’il y aurait une grande hétérogénéité qualitative au niveau des vins produits sur les différents lieux-dits intégrés dans le Clos. Bien évidemment la série de ce soir qui proposait des bouteilles de domaines et de millésimes différents ne permet pas de vérifier ces allégations mais il n’en reste pas moins que nous avons quand même pu nous faire une petite idée de la diversité des vins nés sur ce terroir.

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Pour se repérer un peu…la carte des principaux lieux-dits du Clos.

- Le mythe a été décliné avec 13 flacons de qualité un peu inégale mais dont aucun n’a démérité, à part peut-être les deux 2011 qui ont déçu...et qui ont généré une vraie inqiétude quant à l’avenir des crus bourguignons de ce millésime dont j’ai encore pas mal de références en cave.
Les vins du Clos de Vougeot se distinguent par le raffinement et la complexité que l’on retrouve autant dans leur expression aromatique que dans leur présence en bouche mais aussi par leur grand potentiel de garde que les vieux millésimes de cette série ont parfaitement illustré.

- Mon coup de cœur de la soirée ira aux Grands Crus du domaine Gros avec au sommet de la hiérarchie un Clos 2012 vraiment inoubliable : 3 vins qui prouvent que la réputation du lieu-dit « Musigni » est tout à fait justifiée !
Je donnerai volontiers un accessit au Clos de Vougeot 1987 du domaine Hudelot-Moine, un vin qui force l’admiration par son équilibre et sa jeunesse.

Mille mercis à celui qui nous a régalé ce soir !

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Pour des commentaires supplémentaires à propos des bouteilles de ce soir n'hésitez pas à vous rendre sur le blog de Stéphane.

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