Les trois Grands Crus d'Andlau selon Antoine Kreydenweiss

LES GRANDS CRUS D’ANDLAU…

 

Après 14 étapes sur la longue route des Grands Crus alsaciens un constat s’impose : j’avance beaucoup trop lentement pour espérer arriver au bout de mon projet d’étudier tous les terroirs classés de notre vignoble.
Je vais donc profiter de mon arrivée à Andlau pour accélérer l’allure : après Mittelbergheim et son Zotzenberg la descente nord-sud de la route des vins d’Alsace me conduit dans ce petit village qui ne possède pas moins de 3 Grands Crus sur son ban communal.
L’occasion était vraiment trop belle pour ne pas âtre exploitée…me voilà donc pour la première fois face à un vigneron pour décrypter les mystères de 3 Grands Crus d’Alsace : c’est parti pour une quête complexe mais passionnante en compagnie d’Antoine Kreydenweiss face au Wiebelsberg, au Kastelberg et au Moenchberg

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Les coteaux du Kastelberg et du Wiebelsberg vus du sommet du Moenchberg.

Bien des choses ont déjà été écrites sur ces terroirs et un angle d’approche original et intéressant est à priori difficile à définir…mais je vais quand même essayer de relever le défi.
Je vous propose de me suivre dans mes ballades personnelles avec un peu de théorie (le socle nécessaire à une bonne compréhension), des documents photographiques et surtout des rencontres avec les vignerons qui travaillent dans ces parcelles classées.
Bon, ça je l’avais déjà dit…mais c’est pour les nouveaux.


Cachée au pied du massif vosgien, Andlau est une bourgade au charme discret qui compte aujourd’hui près de 1900 habitants et qui sur le plan administratif fait partie du canton de Barr.

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Ce village est situé dans la vallée de l’Andlau, une petite rivière qui prend sa source près du Champ du Feu et qui se jette dans l’Ill à quelques kilomètres au sud de Strasbourg.

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Andlau, un village blotti au pied des Vosges

Malgré ses dimensions relativement modestes, Andlau est un village dont la richesse architecturale et historique en étonnera plus d’un.
Bien que facile à prononcer (pour une fois…) le nom du village a une origine très complexe, mais tout le monde s’accorde à penser qu’il est lié à celui de la rivière éponyme.

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L’Andlau qui serpente entre les maisons du village.

Jusqu’à la fin du IX° siècle la vallée de l’Andlau s’appelait le « Val d’Eléon » par la suite la rivière et le village changèrent de nom à maintes reprises. Dans « La Grande Encyclopédie des lieux d’Alsace », M.P. Urban répertorie plusieurs toponymes avérés : le premier, Andelacum, fut germanisé en Andelaha en 886 par la suite la mémoire historique comporte une bonne dizaine de noms plus ou moins vérifiés comme Andeloha en 999, Andelach en 1126 ou Andela en 1257.
En 1857, pour se distinguer d’une commune de Haute-Marne nommée Andelot, Andlau s’est appelé Andlau-au-Val et il faudra attendre le début du XX° siècle pour que ce village prenne son nom actuel.

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Le blason de la ville.

La plupart des historiens sont convaincus que le site de ce village était déjà occupé à l’époque gallo-romaine, mais ce dont on est sûr c’est que l’origine réelle d’Andlau est liée à une personnalité marquante de l’histoire alsacienne : Richarde de Souabe, fille du comte d’Alsace Erchangar 1° de Souabe, devenue impératrice Carolingienne d’Occident après avoir épousé Charles le Gros.

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Sur la place de la mairie, la statue de la fondatrice du village en compagnie de l’ourse légendaire.

Vers l’an 880. Selon la légende, l’impératrice Richarde était au Mont St Odile où elle vit en rêve un ange lui dire : « à l’endroit où tu verras une ourse gratter la terre, tu élèveras une abbaye dédiée à la Vierge ». C’est en passant par la forêt du Val d’Eleon que Richarde vit une ourse gratter la terre puis venir se coucher à ses pieds ; Richarde repéra ce lieu et y fit édifier une abbaye qui prospéra rapidement : la bonne réputation de cette institution attira en grand nombre les jeunes filles de la noblesse d’Alsace et d’Allemagne.

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Statue de Sainte Richarde dans la nef de l’abbatiale Saint Pierre et Paul.

L’empereur Charles le Gros étant trop faible pour gouverner son royaume c’est à Richarde que revint cette délicate fonction, qu’elle exerça jusqu’au jour où les nombreux courtisans jaloux convainquirent l’empereur de répudier son épouse. Elle se retira dans son abbaye où elle finit ses jours dans la prière et les bonnes œuvres ; elle mourut en l’an 900 et fut canonisée en 1049 par le pape Léon IX (dont nous avons évoqué la mémoire lors de la précédente étape de notre route des Grands Crus).

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L’abbatiale vue du coteau du Kastelberg.

En souvenir de cette légende, l’ours est omniprésent à Andlau : dans l’église, dans les bâtiments conventuels, dans les cours et les jardins où il surmonte puits et fontaines.

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L’ours sur le puits de l’ancien cloître et sur la place centrale du village.

Au cours des siècles, l’abbaye dont l’église fut consacrée par le pape Léon IX, devient un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge auquel se rajoute le culte à Sainte Richarde. Cet afflux de pèlerins a nécessité la construction de nouvelles maisons et c’est ainsi que se développa peu à peu le village autour de ce lieu sacré. La noblesse de robe et d’épée ainsi que des ordres chevaleresques comme les Templiers ou les Chevaliers Teutoniques, séduits par la beauté du lieu et peut-être aussi par le charme des gracieuses pensionnaires de l’abbaye, libres de tout serment religieux, s’installèrent dans la cité.

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La Commanderie (XVIII° siècle) est édifiée sur le site d’une ancienne maison appartenant à l’Ordre Teutonique.

Notre Dame de la crypte d’Andlau est un des plus anciens pèlerinages d’Alsace et l’église abbatiale Saint Pierre et saint Paul est un des monuments les plus importants de l’art roman dans notre région.

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Le porche roman de l’abbatiale…

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…et la crypte du XI° siècle où on trouve un reliquaire et un ours…évidemment !

En 1364, l’abbesse de l’abbaye donna cette petite ville en fief à l’une des familles nobles les plus illustres d’Alsace : la famille d’Andlau.
Cette lignée dont les origines remontent au bas Moyen-Age est l’une des plus anciennes de la noblesse française : liés à de nombreux personnages de l’histoire de France les sires d’Andlau ont dirigé cette cité jusqu’à la Révolution. Ils sont à l’origine de l’édification et des châteaux qui dominent la vallée (durant le XIII° siècle) et de la fortification de la ville au XV° siècle.

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La vieille ville avec le majestueux bâtiment de la Seigneurie, ancien hôtel noble des comtes d’Andlau

Pour pourvoir aux besoins de tous ces pèlerins des vignes sont replantées sur les versants ensoleillés tout autour du Val d'Eleon. Depuis ce temps, la tradition de la vigne ne s’est jamais démentie à Andlau.
La proximité de la rivière favorisa l’implantation de moulins et, même s’il n’en reste plus qu’un seul aujourd’hui, on n’en dénombrait pas moins de 21 au milieu du XIX° siècle.

Comme je l’ai déjà évoqué plus haut, Andlau et ses environs regorgent de richesses historiques et architecturales qui combleront les visiteurs les plus exigeants :

- dominant le village d’Andlau, le château du Spesbourg, construit en 1247 a été classé monument historique en 1967

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Le Spesbourg vu du Kastelberg

- véritable citadelle granitique à deux tours le château du Haut-Andlau, construit en 1246 a été classé monument historique en 1926. Racheté en 1818 par le comte Antoine d’Andlau pour le sauver de la destruction ce château appartient toujours à la famille d’Andlau qui continue d’œuvrer pour son entretien par l’intermédiaire de l’Association des Amis du Château crée par le comte Guillaume d’Andlau

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Le Haut-Andlau vu de Mittelbergheim

- l’abbatiale Saint Pierre et Paul, liée à l’histoire originelle du village, regroupe les styles roman, gothique et classique

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La nef de l’abbatiale et sa chaire sculptée de style baroque.

- la chapelle Saint André dont l’édifice primitif remonte à l’époque carolingienne.

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La chapelle au milieu des vignes.

- la Seigneurie datant du XVI° siècle fut la résidence des comtes d’Andlau jusqu’à la Révolution. Aujourd’hui, ce superbe bâtiment accueille le « Centre d’Interprétation du Patrimoine ».

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La Seigneurie sous le regard de l’ours.

- la tour des Sorcières qui date du XV° siècle est un vestige des anciennes fortifications

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- le centre historique d’Andlau où on pourra admirer des maisons de vignerons construites entre le XV° et le XVIII° siècle.

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Une rue d’Andlau.

Le touriste plus sportif pourra évidemment profiter des nombreuses possibilités de randonnées et de circuits VTT entre vignes, forêts et châteaux au départ de ce village si proche de la montagne vosgienne…attention ça grimpe sec !

Avec pas moins de 3 Grands Crus, des terroirs très originaux, un sentier viticole et une série de vignerons réputés qui attendent les œnophiles dans leurs caveaux, on pourrait presque dire qu’en plus d’être un lieu de pèlerinage chrétien, Andlau pourrait légitimement revendiquer la reconnaissance comme haut-lieu du culte bachique.

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A y regarder de plus près on constate que le moine jovial du Moenchberg ne courbe pas l’échine par dévotion mais bien sous le poids d’un tonnelet de vin…d’Andlau sans doute.

Le travail sur la première partie concernant le village d’Andlau fut particulièrement intéressant, tout en respectant néanmoins une routine maintenant bien installée depuis 14 étapes effectuées sur cette longue route des Grands Crus d’Alsace.
La seconde partie relative à l’étude des terroirs s’annonce plus compliquée :
3 Grands Crus d’un coup, il va falloir travailler dur et changer un peu de méthode !

Après une étude documentaire et une première visite approfondie in-situ, j’ai pu me rendre compte que les Grands Crus d’Andlau partagent plusieurs points communs :

1. Leur petite taille : avec une superficie de 5,82 hectares le Kastelberg est le deuxième plus petit terroir classé d’Alsace (après le Kanzlerberg), le Moenchberg (11,83 hectares) se trouve à la cinquième place et le Wiebelsberg (12,52 hectares) occupe le sixième rang du classement par ordre de taille des 51 Grands Crus.
En y regardant de plus près la surface totale des 3 terroirs est plus de 2 fois plus petite que le Pfersigberg que j’ai étudié lors de ma précédente étape.

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Le Kastelberg et ses terrasses, au fond le château du Spesbourg

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Le Wielbelsberg et sa coiffe sylvestre.

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Le Moenchberg en pente douce dominant les premières maisons d’Eichoffen.

2. Leur découpage assez simple : délimités par des chemins nettement dessinés ils forment des arcs plus ou moins bombés sur le versant sud/sud-est d’une colline. Le Kastelberg est très arrondi, le Wiebelsberg un peu moins et le Moenchberg est plutôt allongé.

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Le Kastelberg

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Le Wiebelsberg

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Le Moenchberg

3. Leur enracinement très profond dans l’histoire de la viticulture en Alsace : l’origine de la culture de la vigne sur les coteaux autour d’Andlau remonte probablement aux temps de l’occupation romaine mais on sait avec certitude que les versants sud de la vallée d’Andlau étaient complantés de vignes dès le VII° siècle. Les premières traces écrites relevant l’extrême qualité de ces terroirs datent du XI° siècle, grâce notamment au pape alsacien Léon IX qui s’approvisionnait directement à Andlau pour remplir les caves du Vatican.
Par la suite ce sont les abbayes qui ont rationalisé et développé la production des vins de cette vallée : l’abbaye d’Andlau pour le Kastelberg et le Wiebelsberg et l’abbaye d’Altdorf pour le Moenchberg. La mainmise des religieux sur ces Grands Crus transparaît même dans le nom de deux d’entre eux :
- le Moenchberg se traduit par « mont des moines », un nom qui fait directement allusion aux bénédictins d’Altdorf.
- le Wiebelsberg, « mont des femmes » (Wieb signifie femme en alsacien), tiendrait son nom des demoiselles de l’abbaye Sainte Richarde, ou peut-être de l’église Saint Michel qui surplombait la colline autrefois (Wiebelsberg serait alors la déformation de Michelsberg).
- le Kastelberg est le seul dont le toponyme a gardé un caractère profane car ce coteau anciennement appelé Castelberg fait référence aux « Caschte », (« terrasses » en alsacien), taillées dans ses pentes abruptes. Le Kastelberg est donc le « mont des terrasses ».
Dans son ouvrage « Alsace, une civilisation de la vigne », l’historien Claude Muller signale que dans la première moitié du XVI° siècle, les abbayes d’Andlau développent un commerce de vin particulièrement florissant.
Curieusement, ces vignobles situés à quelques kilomètres de la capitale alsacienne ne sont jamais tombés dans l’escarcelle des Princes-Evèques de Strasbourg pourtant omniprésents dans l’histoire de notre vignoble.

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Vue du Moenchberg, la flèche de la Cathédrale de Strasbourg (au centre de l’image).

Amoureux d’Andlau et du Kastelberg, Jean-Louis Stoltz (1777-1869), un officier de santé des armées, s’est établi dans ce village au moment de sa retraite et, après avoir rédigé sa célèbre « Ampélographie des vins d’Alsace » (1852) il recensa et classifia les meilleurs terroirs viticoles alsaciens.
Ce travail a été utilisé plus d’un siècle plus tard pour établir la liste des Grands Crus d’Alsace : sachant cela, on ne s’étonnera plus de voir que le Kastelberg, le Moenchberg et le Wiebelsberg figurent parmi les premiers terroirs classés en 1983.

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L’ouvrage de J.L. Stoltz toujours disponible…

Ce passé commun ne doit pourtant pas nous faire oublier que, malgré leur proximité géographique, les Grands Crus d’Andlau ont des caractéristiques propres particulièrement marquées : l’identité très forte de chaque terroir justifie pleinement leur différenciation légale.

Sur le plan géologique la diversité des sols autour d’Andlau est un modèle parfait de cette mosaïque complexe qui rend le vignoble alsacien tout à fait unique.

Le Kastelberg est délimité sur un coteau extrêmement pentu (déclivité de 45% dans certains secteurs sommitaux) à une altitude comprise entre 240 et 315 mètres.

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Pentes impressionnantes dans le secteur central du Kastelberg.

Le sol du Kastelberg est unique en Alsace : taillé d’un bloc dans des schistes de Steige ce terroir présente une unité géologique quasi-parfaite.
Cette roche dure et noire datant de l’ère primaire (silurien – 430 millions d’années) a été cuite au contact du magma granitique pour former un assemblage compact de grains de quartz de lamelles de mica et de chlorite.

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Un pied de vigne au centre du Kastelberg…l’image parle d’elle-même !

Dans la partie haute du Kastelberg, il y a quelques affleurements de granit par endroits et le sol en bas de coteau est un peu plus riche avec une pente plus douce.

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Le bas du Kastelberg…

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Avec un sol un peu plus riche…à peine !

Séparé du Kastelberg par un chemin qui matérialise la faille géologique, le Wiebelsberg, situé à une altitude entre 227 et 320 mètres, apparaît comme la continuité géographique du Kastelberg tout en se distinguant sur le plan géologique.

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L’est du Kastelberg et le Wiebelsberg séparés par une petite route.

Ce Grand Cru fait partie de la famille des terroirs gréseux : reposant sur un socle de grès vosgien supérieur composé de grains de quartz cimentés par une matrice siliceuse et ferrugineuse, le sol du Wiebelsberg est léger, sableux et de couleur brun-rose.

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Un jeune pied de vigne sur le Wiebelsberg.

La couche de sable gréseux est assez profonde sur la partie amont très pentue mais dans les secteurs en aval où la pente est moins forte, le sol devient sablo-argileux avec une présence importante de cailloux de grès colluvionnés au Quaternaire.

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Des rangs de vigne dans la partie supérieure du Wiebelsberg…

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…et une jeune vigne du domaine Kreydenweiss dans sa partie inférieure.

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Un pied de vigne en bas du Wiebelsberg.

Pour arriver au Moenchberg il faut sortir d’Andlau par la départementale qui passe à côté de la chapelle Saint André et qui mène vers Eichoffen. Situé à une altitude comprise entre 220 et 261 mètres, ce coteau aux pentes plus douces est classé parmi les terroirs marno-calcaires par Serge Dubs (Les grands crus d’Alsace).

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Les pentes douces du Moenchberg.

Sur le Moenchberg les sols fins et sableux sont assez profonds et constitués exclusivement de matériaux soliflués à l’ère quaternaire : la matrice est limono-argileuse avec une présence accrue de calcaire vers la crête et davantage de limon et d’argile dans les parcelles en bas de coteau.

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Un pied de vigne à mi-coteau sur le Moenchberg.

Le sol de ce grand cru comprend également une proportion variable de cailloux (10 à 30%) et de sables gréseux qui lui donnent un aspect brun-rose par endroits.

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Un pied de vigne dans un secteur plus gréseux du Moenchberg.

Au niveau du microclimat les trois grands crus présentent beaucoup de points communs mais également quelques différences. Les trois terroirs sont classés comme étant chauds et secs, grâce à leur exposition dominante au sud et à la protection des montagnes environnantes qui les préservent des vents glaciaux venus du nord et des précipitations venues de l’ouest. L’Andlau qui coule au pied du Kastelberg est considéré comme un régulateur thermique pour ce grand cru et peut-être aussi un peu pour le Wiebelsberg voisin, mais il est fort probable que ce dernier bénéficie également de l’effet rafraîchissant des nombreuses sources qui naissent dans la forêt qui coiffe

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Le Wiebelsberg coiffé de sa forêt thermo-régulatrice.

Au niveau de la viticulture, le riesling est le cépage roi sur les 3 terroirs : locataire quasi-exclusif sur le Kastelberg et le Wiebelsberg, il partage la surface avec le pinot gris et le gewurztraminer sur le Moenchberg. Sur ce dernier, le riesling trouve son terrain d’élection dans les parties plus calcaires (conglomérats du Muschelkalk), le pinot gris s’épanouit dans les secteurs limoneux-marneux alors que le gewurztraminer se plaît davantage dans la zone plus argileuse en bas de coteau.
Malgré les pentes souvent très impressionnantes, de nombreuses parcelles sont enherbées et labourées et travaillées selon des méthodes biologiques ou bio-dynamiques. Comme le dit Remy Gresser « Notre rôle consiste à entretenir un environnement sain, où l’équilibre entre la faune et la flore permet à la vigne de réguler ses échanges avec le milieu naturel, le sol, l’eau et l’espace, qui participent au cycle de la vie ».

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Environnement un peu sauvage sur le Kastelberg…

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…plus « civilisé » sur le Moenchberg…

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…et la sentinelle du Wiebelsberg dérangée par ma présence.

Militant convaincu pour la mise en valeur des terroirs d’Andlau et actuel président du C.I.V.A., Rémy Gresser ne cache pas ses ambitions : loin des vins techniques et faciles d’accès qui « répondent à une demande à un moment donné » il est convaincu que ces grands crus sont avant tout des vins « culturels » qui constituent « le socle de l’histoire sur lequel se bâtit l’avenir ».
Les rieslings du Kastelberg sont des aristocrates qui ne se donnent pas au premier venu : « Ce sont de grands vins pour de grands connaisseurs » selon Remy Gresser. Ce terroir schisteux que Claude Sittler qualifie comme étant « riche en minéraux fertilisants » confère à ces vins des personnalités uniques. Leurs palettes regorgent d’épices et d’herbes aromatiques et leurs structures viriles sont d’une noblesse incomparable.
Les rieslings du Wiebelsberg donnent dans l’élégance et le raffinement avec une silhouette svelte et une olfaction délicate où on peut retrouver des notes fruitées (raisin muscaté, pèche, pamplemousse…) et florales (acacia, rose). Les épices douces auront besoin d’un peu de vieillissement pour se révéler et compléter le registre aromatique.
Sur le Moenchberg, les rieslings sont plus flatteurs avec un fruité très avenant (groseille à maquereaux, rhubarbe) et des notes de fleurs printanières. Plus gras et plus gourmands en bouche avec une acidité agréable, leur générosité peut les faire paraître un peu arrogants dans leur jeunesse. Les pinots gris sont riches, amples et puissamment aromatiques (miel, coing…) et les gewurztraminers développent des arômes classiques de rose et de fruits exotiques avec une empreinte minérale discrète qui de définit après quelques années de bouteille.
Bien évidemment les Grands Crus d’Andlau demandent à vieillir pour s’exprimer pleinement : les Kastelberg ne devraient pas être ouverts avant 3 ou 4 ans mais leur optimum qualitatif se situe plutôt entre 10 et 15 ans.
Les Wiebelsberg peuvent s’apprécier jeunes pour leur côté juvénile et aérien mais, comme tout vin de terroir, ces crus gagneront en profondeur et en complexité avec l’âge.
Malgré leur côté séducteur très spontané, les Moenchberg sont de grands vins de garde, leurs puissants éléments constitutifs garantissent leur bonne tenue dans le temps… l’amateur patient pourra se régaler avec leurs expressions minérales subtiles et raffinées qui se seront révélées au vieillissement.

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Le kiosque au sommet du Kastelberg avec mon vaillant destrier (enfin, surtout vaillant dans les descentes…hélas !)

 


…SELON ANTOINE KREYDENWEISS

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Les bâtiments du Domaine Kreydenweiss sont situés au pied du Kastelberg, en face de l’imposante Abbatiale Saint Pierre et Paul et au bord de la rivière Andlau. C’est un ancien moulin édifié au XVII° siècle par les ascendants de cette famille, à la fois viticulteurs et meuniers.

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La maison Kreydenweiss

Dès le milieu du XIX° siècle, Alfred Gresser commença à pratiquer les premières mises en bouteille au domaine. Environ 100 ans plus tard, René Kreydenweiss épousa Denise Gresser et c’est ce couple de vignerons qui instaura et développa la vente directe de leurs vins au domaine.
En 1971, Marc Kreydenweiss prend la relève de ses parents et 10 ans plus tard il choisit de s’orienter vers la production de vins d’Alsace haut de gamme en baissant drastiquement ses rendements (à partir de 1983 le rendement moyen du domaine est passé à 40 hl/ha) et en développant la qualité de son travail en cave.
En 1989, Marc Kreydenweiss s’engage vers la biodynamie pour prolonger sa recherche d’exigence qualitative tout en inscrivant sa viticulture dans une démarche de développement durable et éco-responsable.
En 2004, Antoine Kreydenweiss, rejoint le domaine : après une solide formation en Bourgogne il commence à travailler en collaboration avec son père avant de prendre seul les rênes de son exploitation en 2008.

Que ce fut difficile de trouver un créneau compatible dans nos agendas respectifs pour pouvoir enfin organiser cette rencontre avec Antoine Kreydenweiss, qui me permettra de mettre la touche finale à mon article sur la quinzième étape de ma tournée parmi les terroirs classés alsaciens.
Mais au bout du compte on y est arrivé et je me retrouve avec grand plaisir en compagnie de ce jeune vigneron pour lui demander de nous faire partager sa vision personnelle de ces trois grands crus d’Andlau.


Comment définiriez-vous ces terroirs ?

« Le Kastelberg est un terroir très homogène » : pentu avec une grande unité géologique sur l’ensemble de la surface.
« Avec son orientation au sud et son sol recouvert de pierres noires, c’est un terroir très sensible aux effets du millésime » : en règle générale si l’année est chaude les vins seront amples et généreux mais si l’année est froide les vins seront particulièrement tendus.
Antoine compare le Kastelberg au Rangen qui selon lui exprime le millésime avec la même force.
« Les vins du Kastelberg demandent des élevages longs et se sentent mieux lorsqu’ils sont travaillés dans le bois…leur puissance leur permet même de digérer le bois neuf ».
Comme nous le verrons par la suite, Antoine Kreydenweiss a choisi d’augmenter considérablement la durée d’élevage de ses vins…il n’est pas impossible que ce terroir si particulier ait exercé une certaine influence sur ce vigneron dans le choix de ses modes de vinification.

Pour Antoine le Wiebelsberg se caractérise également par sa belle homogénéité géologique « c’est un sol de sable gréseux qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas spécialement pauvre et ne craint particulièrement pas la sécheresse si les sols ne sont pas nus en été  ».
Sur ce Grand Cru les meilleures parcelles sont situées dans la partie la plus sableuse en haut du coteau mais les parties plus basses peuvent également se révéler très qualitatives.
« Sur ce terroir le choix du végétal est important » : pour la jeune vigne au bas du Wiebelsberg Antoine a utilisé des plants issus d’une sélection massale sur un porte-greffe riparia et le résultat s’est montré tout à fait satisfaisant.

Très différent des deux terroirs précédents le Moenchberg ne possède pas de véritable unité géologique « c’est un dépôt glaciaire suite à glissement de terrain ». Ce Grand Cru est généralement assimilé à la famille des terroirs marno-gréseux, mais pour Antoine les sols y sont plus complexes « il y a finalement assez peu de marnes mais on y trouve pas mal de grès dans certains secteurs ».
Contrairement aux apparences, les sols du Moenchberg sont assez pierreux : « Lorsqu’on creuse un peu on trouve vraiment beaucoup de cailloux et ils sont plus gros que sur le Wiebelsberg ».
C’est un terroir très précoce « Nous rentrons les raisins du Moenchberg dès les premiers jours de vendanges », malgré ceci, Antoine est convaincu que ce Grand Cru possède un terroir idéal pour élaborer des cuvées moelleuses (V.T. ou S.G.N.) : « Le Moenchberg produit des vins fruités avec une acidité mordante, incisive qui nécessite une présence de sucres résiduels pour s’équilibrer »


Quels sont les cépages les mieux adaptés ?

Dans les faits, c’est le riesling qui domine largement sur ces trois terroirs classés mais d’après Antoine, les raisons qui ont conduit à ce choix d’encépagement sont très diversifiées d’un Grand Cru à l’autre.

- Sur le Kastelberg le riesling règne sans partage : « à ma connaissance ce cépage occupe 100% de la superficie du Grand Cru ». L’origine de ce choix radical est avant tout historique «  Jean-Louis Stoltz, qui a mis en valeur les terroirs d’Andlau dès le XIX° siècle, possédait une grande partie du Kastelberg et adorait le riesling… ». Par la suite la tradition s’est perpétuée « comme il s’est avéré que ce cépage engendrait de très grands vins sur le Kastelberg, les vignerons d’Andlau ont continué dans cette voie ».

- Sur le Wiebelsberg le riesling occupe presque toute la superficie aujourd’hui (95%). La raison principale de cet état de fait est liée à la nature du terroir qui convient nettement moins aux autres cépages « il reste quelques ares de muscat mais les vins issus de ce cépage sur ce Grand Cru ne me convainquent pas vraiment…le pinot gris occupe quelques parcelles et produit des vins très fins mais qui manquent un peu de personnalité ».

- Sur le Moenchberg le riesling a gagné beaucoup de terrain depuis quelques décennies, aujourd’hui il représente près de 70% de l’encépagement. « C’est un effet du classement de ce coteau en Grand Cru, car avant on y trouvait beaucoup de sylvaner »
Aujourd’hui, on peu regretter que les vignerons d’Andlau n’aient pas eu la même attitude que ceux de Mittelbergheim qui ont choisi le combat pour faire accepter ce cépage dans le cahier de charge de leur Grand Cru.
Au domaine Kreydenweiss par contre, le seul cépage planté sur le Moenchberg est le pinot gris « c’est mon père qui, après quelques dégustations comparatives de rieslings et de pinots gris issus du Moenchberg, a choisi le pinot gris pour exprimer au mieux ce Grand Cru ». Les deux parcelles très gréseuses situées, l’une à la limité supérieure du Moenchberg et l’autre à mi-coteau, permettent généralement l’élaboration d’une cuvée classée en Grand Cru et d’une cuvée de V.T. ou de S.G.N.

Pour conclure il est intéressant de relever le fait que le choix des cépages sur un Grand Cru ne répond pas exclusivement à une réflexion par rapport au terroir mais dépend également du poids de l’histoire et surtout d’impératifs commerciaux « la loi sur les Grands Crus a eu pour effet collatéral d’accélérer cette logique commerciale, mais aujourd’hui de nombreux vignerons commencent à se recentrer sur l’adéquation cépage/terroir et c’est une bonne chose ».


Quels caractères spécifiques ces terroirs transmettent-ils aux vins ?

Antoine Kreydenweiss n’aime pas trop parler de marqueurs olfactifs pour caractériser un vin « l’expression aromatique d’un vin est déterminée davantage par le millésime et le travail du vigneron que par le terroir ».
Hoppla, encore un vigneron qui ne va pas m’aider à progresser dans ma carrière de dégustateur…ça commence à bien faire !

« La nature du terroir imprime surtout sa signature dans la structure du vin » :

- les vins du Kastelberg possèdent « une colonne vertébrale acide solide et droite, un volume très large et un grain tannique très marqué ».
C’est un terroir très puissant dont on ressent la marque dès le pressurage « les jus du Kastelberg sont déjà si tanniques qu’ils sont vraiment peu agréables à goûter ».
Une des caractéristiques essentielles des vins nés sur ce Grand Cru est l’absence d’expression variétale « leur palette n’exprime que très peu le fruit mais plutôt des notes de plantes » (anis, menthe, camphre…)
Bien entendu, les Kastelberg sont des vins de garde par excellence « austères dans leur jeunesse, ils vieillissent très lentement », d’ailleurs Jean-Louis Stoltz prétendait qu’ils pouvaient se garder durant un siècle…

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- les vins du Moenchberg se distinguent par leurs corpulence souvent imposante : une ossature épaisse et une chair généreuse qui ne donnent pourtant pas l’impression de lourdeur car « l’acidité très incisive issue du terroir apporte une fraîcheur à l’ensemble même dans les millésimes solaires comme 2009 ».
Face au temps les Moenchberg sont assez polyvalents : équipés pour défier les années avec facilités ils sont déjà très flatteurs dès leur prime jeunesse.

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- les vins du Wiebelsberg sont « accessibles et friands » même si l’acidité peut être très forte et la matière volumineuse l’ensemble donne toujours une impression d’élégance « du fruit, des fleurs et un corps finement dessiné ».
Antoine reconnaît être très sensible au charme des rieslings du Wiebelsberg « des vins qui remplissent la bouche tout en gardant une structure raffinée comme de la dentelle ».
Ces vins « plus accessibles et plus faciles à comprendre » que ceux du Kastelberg ne craignent pourtant pas le vieillissement « les Wiebelsberg peuvent être gardés 20 ans sans problème ».

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Sur le Wiebelsberg à la fin de l’automne…ambiance vaporeuse.


Y-a-t’il dans votre mémoire de dégustateur des vins qui vous ont aidé à vous faire une image de ce que devait être un Grand Cru ?

La nouvelle formulation de cette question qui avait bien inspiré Chistian Beyer lors de ma visite à Eguisheim, ne connaît pas le même succès auprès d’Antoine Kreydenweiss qui n’aime pas trop le concept de « modèle » lorsqu’on parle de vin. Il reconnaît volontiers que durant sa formation au Lycée Viticole de Beaune et chez Pierre Morey ou Jean-Louis Trapet, il a été influencé par les méthodes de vinification bourguignonnes « j’ai notamment compris à quoi servait l’élevage des vins ».
Mais il a aussi compris que le modèle bourguignon ne peut pas être appliqué tel quel aux vins d’Alsace « je ne cherche pas à reproduire un type de vin mais j’essaie de mettre mes connaissances en œuvre pour comprendre au mieux mes terroirs et pour les aider à exprimer pleinement leur potentiel et leur personnalité ».
Ce jeune vigneron est convaincu que dans son monde les certitudes sont très souvent un frein au progrès « je fais partie d’un groupe de vignerons (avec J.P. Rietsch, L. Rieffel ou P. Meyer entre autres) qui partagent leurs expériences pratiques pour continuer d’améliorer leurs vins ».
En résumé, Antoine Kreydenweiss considère que l’image de chaque Grand Cru est à dessiner chaque année et que ce sont plutôt les expériences partagées avec d’autres vignerons que le souvenir de bouteilles dégustées qui l’aident à évoluer et à progresser dans l’élaboration de ses vins.


Les vins du domaine : quelle conception ?

Au niveau de la viticulture, le domaine Kreydenweiss applique les principes de la biodynamie depuis l’année 1989 : « En suivant des conseils de François Boucher, mon père a fait partie de la seconde vague des vignerons qui se sont orienté vers cette philosophie ».
Les vignes demandent une présence humaine très soutenue : labour (au treuil sur le Kastelberg), binage, taille, ébourgeonnage, effeuillage…la plupart de ces opérations ne sont pas mécanisées.
Avec ces pratiques très exigeantes le rendement moyen du domaine Kreydenweiss se situe autour de 40 hl/ha.
Au niveau des vinifications, Antoine a fait le choix des élevages longs en contenants bois : foudres alsaciens, muids, demi-muids ou barriques.

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Une partie de la cave du domaine Kreydenweiss avec ses contenants en bois entourant un pilier en grès datant du XVII°siècle.

Influencé par sa formation bourguignonne et par ses échanges avec Jean-Pierre Rietsch, Antoine élève toutes ses cuvées durant au moins 11 mois. Ce procédé rend les structures acides plus raffinées (malo systématique) et stabilise naturellement les vins ce qui permet de réduire l’ajout de SO2 à la mise « Mes vins ont entre 40 et 80 mg/l de SO2 total après la mise ».
La production du domaine est exportée à 50%, 40% est distribuée par des cavistes ou des restaurateurs et le reste (10%) est vendu au caveau à la clientèle particulière.


Et dans le verre ça donne quoi ?

En guise de travaux pratiques pour illustrer ses propos Antoine me propose la dégustation de deux millésimes différents sur chacun des 3 Grands Crus.

Riesling Wiebelsberg :

2009 : le nez est encore très réservé, mystérieux et complexe il délivre avec parcimonie quelques notes de fleurs et de fruits blancs, la bouche est généreuse mais l’équilibre reste bien sec, la finale laisse une belle impression d’élégance et de distinction.
Elevée durant 2 ans sur lies, cette cuvée montre une certaine retenue au nez mais se libère en bouche pour nous régaler avec une matière puissante et gourmande. Très agréable à goûter aujourd’hui, ce vin mérite néanmoins qu’on l’attende encore un peu…je pense qu’il n’exprime pas encore tout ce qu’il a à dire !
(14° - SR 5,2 g/l – AT 6,9 g/l)
2008 : le nez est fin et délicat avec des notes de fleurs et d’épices sur un fond minéral assez marqué (le côté pierreux et salin se devine déjà à l’olfaction), la bouche est très élégante avec une matière longiligne, une acidité bien présente mais très « posée » et une finale qui possède une belle allonge saline.
Avec sa minéralité très profonde, ce vin garde cependant un caractère très aérien…un peu comme s’il s’appuyait sur son côté terrien pour mieux s’élever.
Un Wiebelsberg encore bien jeune mais déjà très abouti.

(13° - SR 4,6 g/l – AT 7,2 g/l)

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Pinot Gris Moenchberg :

2009 : le nez est délicat avec des notes de fruits blancs bien mûrs, en bouche l’équilibre est sec avec une matière puissante soutenue par une solide trame acide, la finale est finement tannique et rafraîchie par quelques beaux amers.
Ce vin surprend pas son équilibre bien tendu mais comble les sens par la finesse de son aromatique et la complexité de sa texture…Un pinot gris de haute gastronomie !
(14° - SR 4,4 g/l – AT 6 g/l)

2008 : le nez est très mûr avec des notes grillées et un fruité discret et légèrement confit, en bouche, l’attaque est très douce, la matière ample et joliment fruitée s’épanouit avec une belle harmonie, la finale est longue et sapide.
Sur ce Grand Cru, l’équilibre entre la richesse issue du terroir du Moenchberg et l’acidité particulière de ce millésime est splendide. Ce vin présente une cohésion et une plénitude d’une perfection rare.
(14° - SR 25,5 g/l – AT 6,1 g/l)

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Riesling Kastelberg :

2009 : le nez est pur mais très réservé, la bouche est concentré et très solidement structurée par une trame acide et tannique particulièrement puissante, la finale est très longue et profondément minérale.
Ce monstre endormi qui a suivi sans aucune difficulté l’exubérant Moenchberg 2008 est un très grand vin de garde « Il ne faudrait vraiment pas ouvrir cette bouteille avant 5 ans… »...la fête des papilles demande souvent un peu de patience !
(14° - SR 4,2 g/l – 6,2 g/l)

2008 : le nez s’ouvre su quelques notes de croûte de pain grillée avant de laisser la place à une palette d’une pureté confondante, eau de roche et discrètes nuances d’herbes aromatiques, la bouche possède une acidité mûre et profonde entourée par une matière très raffinée, la finale est bien longue et finement tannique.
Ce vin magnifique m’a fait immédiatement penser au superbe Meursault Goutte d’Or 2010 dégusté récemment au domaine Buisson-Charles : pureté cristalline, matière dense, équilibre vertical et tenue en bouche d’une noblesse absolue. Avec ce vin, on comprend pourquoi le Kastelberg est parfois assimilé à un Montrachet alsacien…
(12°5 – SR 3,5 g/l – AT 7,6 g/l)

Dsc 0305

 

Comme d’habitude je conclurai cet article par un petit bilan sur cette quinzième expérience de visite approfondie de terroirs classés Grand Cru (attention je risque de me répéter…) :

- J’ai renforcé ma conviction qu’une bonne compréhension d’un vin passe évidemment par la dégustation mais s’enrichit considérablement si on fait la démarche d’aller sur place, sentir l’énergie des terroirs où il naît et rencontrer les gens qui le conçoivent…je ne boirai plus jamais des Grands Crus d’Andlau comme avant !

- Relevée depuis bien longtemps par le professeur Claude Sittler, la complexité géologique des terroirs d’Andlau constitue le modèle parfait pour expliquer l’incroyable diversité des sols du vignoble d’Alsace. Ce village du piémont vosgien possède non seulement une grande richesse architecturale et historique mais représente une étape irremplaçable pour tout amateur de vin désireux de comprendre un peu plus la subtile logique des terroirs alsaciens.

- Les vins qui naissent dans ce secteur traduisent à merveille les multiples expressions de nos cépages nobles sur ces coteaux géologiquement si différents : il y a les crus du Kastelberg, fougueux et profondément minéraux, ceux du Wiebelsberg, plus élégants mais également appuyés sur de solides bases minérales et ceux du Moenchberg, assez faciles à approcher mais puissants et complexes. A ces noms connus il faut également ajouter d’autres coteaux avec une identité bien marquée notamment celui où les Kreydenweiss produisent le remarquable riesling Clos Rebberg (Schistes gris de Villé).

- Antoine Kreydenweiss qui a une profonde conscience de la valeur du patrimoine que ses parents lui ont confié s’investit avec force et conviction dans son travail de vigneron pour continuer leur œuvre et porter encore plus haut la qualité des vins issus des terroirs andlaviens.
Il est très attaché au Kastelberg, Grand Cru mythique qu’il connaît parfaitement et dont l’exploitation lui demande des efforts parfois surhumains, mais qui est capable de générer des vins exceptionnels « Avec l’âge, les vins du Kastelberg dominent toujours les autres crus par un surcroit de complexité ».
Il n’est cependant pas insensible aux charmes des vins du Wiebelsberg, si séduisants dans leur jeunesse mais qui tiennent solidement leur place face au temps qui passe.
Pour le Moenchberg, il se montre très confiant car ce Grand Cru qui vit un peu dans l’ombre de ses deux prestigieux voisins est un terroir prometteur : la qualité des vins du Moenchberg est de mieux en mieux reconnue grâce à certains vignerons qui défendent ce Grand Cru avec ferveur « Philippe Maurer à Eichhoffen effectue un travail remarquable sur ce coteau ».
Promis, dès que j’aurai mis un point final à mon dernier article sur les Grands Crus d’Alsace, je referai une nouvelle tournée…il y a encore tant de grands vignerons à voir !

- Pour des renseignements complémentaires vous pouvez visiter le site du domaine et si vous voulez vous rendre sur place vous pouvez profiter de la journée « Portes Ouvertes » organisée chaque année au printemps.

- Merci à Antoine Kreydenweiss pour son accueil.

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Dernier coup d’œil sur Andlau, avant de repartir vers de nouvelles aventures…

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