
Vignes à Tulette près du domaine de la Grande Ourse
La seconde visite vinique de ce séjour va se faire durant notre voyage retour vers l’Alsace puisque nous allons quitter l’autoroute à la hauteur d’Orange pour partir dans le vignoble sud-rhodanien en direction de Tulette où nous attendent Pascal et Hugo Chalon pour nous faire découvrir les vins du domaine de la Grande Ourse.
Après une formation et un début de carrière dans le domaine de l’économie, Pascal Chalon est revenu à Tulette vers le milieu des années 90 pour s’occuper des vignes familiales et produire des raisins en qualité de coopérateur.
A partir de 2001, il fait ses premières expériences de vinification et décide de sauter le pas l’année suivante en quittant la cave coopérative pour créer son domaine et élaborer ses propres vins.
Son fils Hugo, formé en BTSA à Châteauneuf-du-Pape a rejoint le domaine en 2022 pour le seconder dans son travail et apporter sa pierre à l’édifice en mobilisant ses connaissances et ses expériences acquises durant ses études et ses stages.

Pascal Chalon nous accueille dans son chai pour nous présenter son domaine
Pascal se définit comme « un vigneron autodidacte » inspiré par les réflexions de Nicolas Joly et par les théories de Rudolf Steiner.
Ses 13 hectares de vignes sont situés sur les bans de Visan et de Tulette et les différentes parcelles sont travaillées en biodynamie en recherchant l’équilibre optimal au niveau du sol et au niveau de la plante.
Toutes ses interventions à la vigne comme en cave se font en suivant le calendrier lunaire.
Les vendanges sont manuelles avec un tri sévère à la vigne.
Les raisins rouges sont égrappés avant la phase de macération qui dure environ 3 semaines, les raisins blancs vont directement au pressoir.
Toutes les fermentations se font sous l’action de levures indigènes.
Les élevages peuvent durer entre 11 et 16 mois et se font dans des contenants très diversifiés, pièces bourguignonnes, demi-muids, foudres, œuf béton, jarres en terre cuite, cuve inox…, pour s’adapter au mieux à chaque cépage.
L’utilisation du SO2 est très limitée « il reste environ 40 mg de SO2 libre dans mes vins ».

La cave du domaine avec des contenants multiples, ici les cuves en inox et en fibre de verre…

…et à côté des fûts, des œufs béton et de jarres en terre cuite.
Nous commençons la dégustation par une série de vins de 2025 en cours d’élevage.

Hugo Chalon nous a rejoints pour nous servir les blancs en cours d’élevage
Vin 1 – grenache blanc, bourboulenc et roussanne, vinifiés en demi-muid et cuve et assemblés en œuf béton pour la fin de l’élevage : nez frais et bien agréable avec des notes de fruits blancs mûrs et de gomme à l’acacia, bouche assez généreuse mais bien tonique, légèrement saline, longueur citronnée en finale.
Vin 2 – grenache blanc de prélevé sur un demi-muid de 2023 : nez séduisant qui développe une palette épicée et un boisé très élégant, bouche ample avec un joli gras, finale fraîche et salivante.
Vin 3 – grenache blanc prélevé sur un demi-muid de 2021 : nez un peu plus discret mais d’une belle pureté, bouche dense avec un équilibre très droit, finale marquée par une belle longueur saline.
Vin 4 – roussanne prélevée sur pièce non neuve : nez ouvert et expressif avec des notes de fruits blancs mûrs et de pain grillé, bouche large et bien charnue, finale vive avec un beau sillage épicé et balsamique.

Pour les rouges c’est à Pascal Chalon de jouer de la pipette
Vin 5 – mourvèdre sur demi-muid, issu de 3 parcelles sur Tulette (2 plantées en 2004 et 1 plantée en 1997) : nez marqué par une forte réduction, bouche juteuse et très gourmande avec un beau développement aromatique sur l’orange sanguine et les épices, tanins soyeux, finale bien sapide avec une belle persistance florale et épicée.
Vin 6 – syrah sur demi-muid, issu d’une parcelle sur Visan : nez riche et flatteur avec des notes de crème de cassis sur un fond légèrement lacté, bouche volumineuse et concentrée avec des tanins veloutés et un équilibre bien frais.

Nous terminons par deux cuvées de grenache de 2024 en élevage long (20 mois).
Vin 7 – grenache sur foudre : nez discret avec des notes de fruits rouges, bouche longiligne mais bien concentrée, tanins très fins, finale étirée avec un retour aromatique très pur sur la framboise mûre.
Vin 8 – grenache sur foudre neuf : nez plus expressif avec des notes fruitées accompagnées par un boisé plus sensible, bouche puissante et pleine d’énergie, finale fraîche avec un long sillage épicé/balsamique.
La dégustation de ces différents jus en cours d’affinage nous donne une idée assez précise du style de vin recherché au domaine de la Grande Ourse : des raisins bien mûrs et égrappés, des extractions mesurées et des élevages subtils permettent l’élaboration de cuvées qui proposent des aromatiques séduisantes, des matières assez voluptueuses avec des textures caressantes et des équilibres toujours bien digestes.
Personnellement, j’adore ce style…mais allons voir ce que ça donne en bouteille !

C’est l’heure de déguster quelques vins en bouteille !
Côtes du Rhône La Grande Ourse 2024 : nez ouvert et raffiné avec des notes de fruits jaunes mûrs et d’épices douces sur un fond boisé noble mais assez présent, bouche généreuse et bien suave avec un équilibre très gourmand, finale fraîche qui laisse persister longuement de beaux arômes de pêche et d’épices.
(65% grenache blanc + 20% roussanne + 15% bourboulenc)
Côtes du Rhône Ursa Major 2023 : nez mûr et très avenant avec des notes de brioche, de pêche jaune et de fleur d’acacia, bouche suave et gourmande, finale très longue et bien fraîche avec une persistance sur la pêche et les épices douces.
(60% grenache gris + 20% grenache blanc + 20% bourboulenc)

Avec leurs aromatiques très séduisantes et leurs balances entre richesse et structure très bien équilibrées, ces deux jolis flacons confirment le style maison repéré dès la dégustation des vins en cours d’élevage…c’est diablement bon mes amis !
Côtes du Rhône Villages La Petite Ourse 2023 : nez intense sur les fruits rouges mûrs et les épices, bouche puissante et profondément fruitée, équilibrée par une acidité fine et une trame tannique très soyeuse, finale longue et sapide.
(50% grenache + 50% syrah)
Côtes du Rhône Villages La Grande Ourse 2023 : nez plus discret qui laisse deviner une palette bien complexe, bouche charnue et solidement construite mais offrant un toucher toujours très velouté, finale bien tonique avec une longueur fruitée où on reconnaît de délicats arômes de poivre et de petites baies rouges et noires.
(60% grenache + 25% mourvèdre + 14% syrah + 1% terret noir)

Les deux cuvées de rouge révèlent également ces équilibres très harmonieux entre des fruités mûrs et profonds et des ossatures acides/tanniques bien intégrées.
A l’heure actuelle, on sent que la cuvée de « La Grande Ourse » aura besoin de quelques années en cave pour donner toute la mesure de son potentiel mais en attendant on pourra se régaler avec la cuvée de « La Petite Ourse » qui nous a totalement convaincus par sa redoutable gourmandise. MIAM !
La dégustation des rouges se termine par deux cuvées monocépage.
VDF Les Combes 2023 : nez ouvert et bien complexe avec des notes de fraise écrasée et d’épices douces sur un fond balsamique délicat, bouche puissante avec un jus concentré et onctueux, finale longue marquée par une présence saline/minérale qui apporte une belle fraîcheur.
(100% grenache)
VDF Ursa Major 2022 : nez très discret, bouche très puissante avec une matière dense portée par une acidité longue et vive et des tannins fins mais assez saillants, finale intense étirée par une forte présence saline/minérale.
(100% grenache)

Issue de deux parcelles de grenaches plantées dans les années 50, la cuvée « Les Combes » 23 semble déjà bien en place à l’heure actuelle même si on sent qu’elle est loin d’avoir atteint son apogée, alors que la « Ursa Major » 22, timide dans son expression mais très solidement construite, montre clairement qu’il faudra attendre encore un peu pour lui laisser le temps de se révéler pleinement.
Côtes du Rhône Villages Aether 2023 : nez discret et très complexe avec une palette épicée/balsamique qui domine encore un fruité très délicat, bouche dense et charnue avec un joli gras, équilibre bien droit, finale bien sapide stimulée par de beaux amers minéraux.
(80% roussanne + 15% bourboulenc + 5% grenache blanc)

Le point finale de cette dégustation est apporté par cette cuvée encore un peu mystérieuse encore marquée par son élevage sous bois mais qui dispose d’arguments pour bien évoluer dans le temps…c’est un blanc sudiste de grande classe en devenir.
Cette petite escapade en terre sud rhodanienne a duré un peu plus longtemps que prévu puisque elle s’est terminée dans un restaurant local en compagnie des deux vignerons, mais elle nous a permis d’en apprendre encore un peu plus sur ce domaine et de passer un moment très sympathique avec ces deux vignerons.
J’ai vraiment apprécié la rencontre avec des vignerons qui connaissent la valeur de leurs terroirs et qui les travaillent en respectant leurs écosystèmes naturels pour leur permettre d’exprimer pleinement leurs qualités et leurs singularités.
J’ai aimé leurs vins vinifiés et élevés avec beaucoup de finesse : des jus riches mais toujours bien digestes, qui se laissent approcher facilement dans leur jeunesse mais qui possèdent toutes les qualités pour évoluer favorablement dans le temps…bravo les artistes !

Merci à Pascal et Hugo pour leur accueil et merci à François pour cette belle adresse.
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