
J’ai découvert les vins du domaine Engel lors de deux belles dégustations verticales de rieslings et de gewurztraminers du Praelatenberg organisées lors de l’étape d’Orschwiller de la « Tournée des Terroirs » de 2023 et j’ai été bluffé par leur grande aptitude à tenir dans le temps.
Par la suite, j’ai rencontré régulièrement les frères Engel sur différents salons et à chaque fois j’ai été séduit par la qualité des différentes cuvées qu’ils proposaient à la dégustation…il était donc évident que ma première visite alsacienne de cette année se passe chez eux.
Hoppla, c’est parti !
Nous sommes accueillis par Pierre Engel qui nous propose de découvrir le domaine en commençant par une petite promenade dans les vignes.

Petite marche digestive dans les vignes du Praelatenberg
Le domaine Engel est un domaine familial qui exploite aujourd’hui une vingtaine d’hectares de vignes avec 12 hectares d’un seul tenant sur le ban d’Orschwiller dont près de 8 hectares sont situés sur le Grand Cru Praelatenberg.
Ces vignes ont été acquises par les grands-parents de Pierre : « mon grand-père qui aimait bien que ses vignes soient regroupées, a acheté ces parcelles en coteau dont personne ne voulait et qui étaient vendues moins chères que les parcelles en plaine très prisées par les vignerons de l’époque ».
Les vignes sont travaillées en viticulture biologique depuis 2011 (label BIO en 2014) puis en biodynamie (certifié Demeter depuis 2022) avec une conversion en cours pour acquérir le label Biodyvin « un label plus axé sur la viticulture et le terroir ».
Le travail des sols est limité et superficiel avec des interventions adaptées à chaque parcelle.
Grâce à une taille précise et un ébourgeonnage sévère les rendements sont bien maîtrisés « en général nous arrivons à 45 hl/ha et 50 hl/ha les bonnes années ».

Un petit plan pour repérer les parcelles du domaine Engel
A l’heure actuelle, le domaine procède à une plantation d’arbres fruitiers, d’arbustes et de haies dans leurs parcelles pour rétablir un écosystème plus diversifié dans les vignes

La remorque chargée de plants d’arbres et d’arbustes qui vont être plantés autour des parcelles du Praelatenberg

Les parcelles de riesling et de gewurztraminer dans la partie haute du Praelatenberg avec au dessus la vigne de pinots gris et pinots noirs plantée en 2025

Une parcelle de gewurztraminers plantée dans les années 60

Au premier plan la parcelle plantée il y a 20 ans avec des rieslings, pinots gris et gewurztraminers qui vont entrer dans la cuvée « Terre de Gneiss » et au fond les rieslings en terrasses plantés il y a une cinquantaine d’années.

Retour au domaine et passage par le hangar où se trouve le matériel agricole comme cette chenillette, outil indispensable pour travailler sur les pentes du Praelatenberg
Nous poursuivons notre visite en passant par les installations professionnelles du domaine où Pierre nous expose les grands principes qui dirigent leur travail en cave.

L’espace mise en bouteille, habillage et conditionnement

On parle crémant dans la cave où séjournent les cuvées sur lattes et dans la cave de remuage avec des giropalettes et un grand pupitre traditionnel
Le domaine produit environ 20000 bouteilles de crémant et propose deux cuvées issues d’un vieillissement prolongé sur lattes : « 12 à 18 mois pour la cuvée classique et 48 mois pour le brut nature ».

Suite de la visite dans le chai avec les fûts pour les élevages sous bois des pinots noirs et de certaines cuvées de blanc dont le vin de base pour le crémant « Zéro »
L’élevage sois bois est utilisé pour l’affinage des jus de pinots noirs et pour une partie des jus des blancs issus de lieux-dits, qui bénéficient d’un élevage mixte (fûts et cuve inox).

Les cuves inox de 100 et de 20 hectolitres.
Les frères Engel ont la chance de disposer de caves spacieuses où ils peuvent accueillir 3 récoltes, ce qui leur permet de privilégier des élevages longs sur leurs différentes cuvées « de 18 à 24 mois selon les cuvées et le millésime ».
Pour augmenter la taille des espaces destinés à l’élevage des cuvées sous bois, ils projettent de construire un hangar destiné à accueillir les pressoirs pour transformer l’actuel espace de réception de vendange en cave à fûts.

L’espace réception de vendange actuel déjà bien envahi par de la futaille…et bientôt transformé en chai.
A l’heure actuelle le domaine Engel entre 100 000 et 150 000 bouteilles par an avec une gamme qui compte une vingtaine de cuvées…et si nous allions du côté du caveau de dégustation pour goûter tout ça !

Le caveau de dégustation du domaine Engel

Allez on goûte !
Crémant d’Alsace Extra Brut : nez séduisant et complexe avec des notes de noisette et de brioche au beurre sur un fond floral très présent, bouche bien fringante avec une structure longiligne et une belle vinosité, bulle très fine, finale très sapide relevée par une délicate amertume.
(assemblage : pinot gris + pinot blanc + pinot auxerrois du millésime 2023 – Dosage : 2g – élevage sur lattes : 18 mois))
Crémant d’Alsace Brut Nature-Zéro : nez complexe qui développe une palette fruitée très raffinée soutenue par de fines touches végétales, bouche assez ample avec un joli gras, équilibrée par une acidité bien fondue et une mousse crémeuse, finale fraîche, marquée par une longue salinité et de délicats amers minéraux.
(assemblage : pinot noir + pinot gris + pinot blanc + pinot auxerrois du millésime 2021 – Dosage : 0g – élevage sur lattes : 48 mois)

Les crémants du domaine Engel sont faits « à l’ancienne » avec un tirage au jus de raisin du millésime suivant et un élevage prolongé sur lattes.
Ils se distinguent par leurs aromatiques complexes, leurs jus bien denses et une bulle d’une grande finesse. La cuvée Extra Brut est bien « punchy » et festive à souhait alors que la cuvée Brut Nature revendique un profil plus gastronomique avec une matière plus profonde marquée et une belle présence saline/minérale.
Alsace Riesling 2023 : nez frais et engageant avec des notes de pamplemousse te de zestes d’agrumes, bouche ample avec du gras et une texture légèrement granuleuse, finale très appétante relevée par une belle présence saline.
Alsace Riesling Schlossreben 2024 : nez ouvert et charmeur avec des notes d’agrumes mûrs complétés par de fines touches exotiques, bouche dense et droite avec un équilibre vif et une profonde salinité, finale longue, fraîche et délicatement épicée.

La série de vins tranquille s’ouvre par deux très jolis rieslings : la cuvée de la gamme « vins de fruits », née d’un assemblage de raisins provenant de plusieurs parcelles situées à Saint-Hippolyte et Châtenois ainsi que des jeunes vignes du Praelatenberg nous propose une interprétation simple, pure et bien gourmande de ce cépage alors que la cuvée Schlossreben, issue d’un terroir granitique de Saint-Hippolyte, révèle un profil plus complexe et une minéralité déjà bien perceptible…mais qui se définira davantage après quelques temps en cave.
Alsace Grand Cru Praelatenberg Riesling 2021 : nez pur et complexe avec des notes de citron frais, de zestes d’agrumes et d’épices, bouche longiligne avec un équilibre frais et une fine mâche tannique, finale longue, relevée par une salinité intense.
Alsace Grand Cru Praelatenberg Riesling 2020 : nez ouvert et très complexe avec une palette bien mûre avec des notes d’agrumes et de fruits à chair blanche accompagnées par de fines nuances épicées et minérales, bouche volumineuse et bien charnue avec un joli gras, structurée par une acidité mûre et alerte et une salinité bien sensible, finale qui se tend progressivement pour laisser une belle impression de fraîcheur.
Alsace Grand Cru Praelatenberg Riesling 2017 : nez franc et expressif qui développe un registre exotique très flatteur, bouche généreuse avec un équilibre riche (11 g de SR), tenue par une acidité assez souple et une légère présence saline, finale très sapide avec un long sillage fruité/épicé.

Avec son sol sableux de gneiss riche en éléments ferrugineux, le Praelatenberg est un terroir très particulier qu’on ne retrouve que très rarement dans le vignoble alsacien.
La famille Engel y élabore des rieslings purs et empreints d’une profonde minéralité comme ce 2021 et ce 2020 qui portent la marque de leur millésime tout en révélant une trame saline/minérale bien identifiable.
La version 2017, vinifiée par le père, propose un équilibre assez différent tout en gardant une belle fraîcheur qui la rend très agréable à siroter.
Alsace Terre de Gneiss 2024 : nez encore assez discret mais qui laisse entrevoir une complexité prometteuse, bouche sèche, ample avec un joli gras et une salinité bien sensible, finale salivante et délicatement épicée.
(riesling + pinot gris + gewurztraminer)

Avec son étiquette créée par un artiste italien, cette cuvée issue d’une vigne située dans la partie basse du Praelatenberg (photo au début de l’article), nous propose une interprétation originale et raffinée de ce terroir. Encore un peu sur la retenue à l’heure actuelle, ce vin donnera toute la mesure de son potentiel après 2 ou 3 années de garde supplémentaires.
Alsace Bocksberg 2023 : nez expressif et très avenant avec des notes de fruits secs légèrement grillées sur un fond floral très élégant, bouche juteuse et consistante avec de gras et une forte salinité, finale longue et sapide avec un sillage sur les épices douces relevé par de fines touches oxydatives
(pinot blanc + pinot gris + pinot noir)

Cette seconde cuvée d’assemblage qui provient d’une parcelle située juste au dessus de la limite supérieure du Praelatenberg – la même qui produit les raisins pour la cuvée crémant « Zéro » – est un vin complet et complexe avec un caractère assez singulier mais qui se goûte remarquablement bien dès maintenant. MIAM !
Alsace Grand Cru Praelatenberg Pinot Gris 2022 : nez très élégant avec des notes de fruits jaunes accompagnées par de fines touches balsamiques (cire, résine), bouche volumineuse avec une texture assez épaisse mais l’équilibre reste bien droit, finale très sapide avec une longue persistance fruitée/fumée/épicée.

Même si le Praelatenberg est un terroir principalement dédié au riesling, ce pinot gris travaillé avec patience et précision nous a fait une bien belle impression : c’est un vin qui allie richesse et structure dans un juste équilibre…j’aime beaucoup ce style !
Alsace Sylvaner Moenchborn 2023 : nez riche et complexe qui développe des notes « pâtissières » très engageantes (brioche, vanille, sucre d’orge), bouche opulente avec un jus dense et bien mâchu structuré par une puissante trame saline/minérale, finale fraîche et salivante avec un joli retour sur le sucre d’orge.

Née sur une très vieille vigne (plantée en 1958) sur un terroir de gneiss et d’alluvions, cette superbe cuvée de sylvaner nous rappelle que ce cépage est capable d’engendrer de très grands vins pour peu qu’on le plante sur de beaux terroirs et qu’on limite sa productivité naturelle (pour cette cuvée c’est 40 hl/ha).
J’ai adoré cette cuvée toute en générosité et en buvabilité, déjà bien en place aujourd’hui mais promise à un très bel avenir. MIAM !
Alsace Gewurztraminer 2022 : nez expressif et raffiné avec des notes de gentiane et d’épices douces, bouche puissante avec une matière dense et charnue, légèrement grenue, développement aromatique qui se renforce progressivement et qui persiste longuement pour soutenir une finale stimulée par une légère amertume.

Après un élevage de 2 années sur lies, cette cuvée nous propose une version sèche d’un gewurztraminer pour révéler le caractère hautement gastronomique de ce cépage.
Voilà une bouteille qui fera merveille sur des plats finement épicés qu’on peut trouver dans les cuisines orientales (Inde, Thaïlande…).
Alsace Orange in Alsace 2024 : nez expressif et original avec des notes de mandarine et d’épices sur un fond fumé assez présent, bouche juteuse et bien saline avec un très léger grip tannique, finale salivante avec une longueur acidulée très désaltérante.
(tous les cépages alsaciens – 10 jours de macération)

Avec son aromatique très avenante et sa présence en bouche toute en délicatesse, cette cuvée « orange » témoigne d’une première expérience plutôt réussie dans l’univers des vins de macération…à suivre !
Alsace Pinot Noir Bocksberg 2022 : fruité complexe et très avenant au nez, bouche dense et bien charnue avec une structure souple et des tanins fondants, finale fraîche avec une belle persistance fruitée et saline.

Né sur une parcelle située en haut de coteau, à proximité de la forêt qui coiffe le sommet du coteau du Praelatenberg, ce pinot noir bien construit, plein de fruit et d’énergie se laisse déguster avec grand plaisir dès aujourd’hui mais sera probablement encore bien meilleur après quelques années en cave.
Alsace Riesling Oxydatif-La Part des Anges 2017 : nez ouvert et très complexe avec des notes de pralin, de fruits secs et d’épices (safran, curcuma…) évoluant vers des arômes de fruit exotiques, bouche longiligne, fluide et très saline, finale acidulée avec une longue persistance sur la craie et les épices.

Après quelques années sous voile ce riesling complètement atypique est un petit bijou de complexité aromatique, d’équilibre et de finesse…une cuvée originale et rare qui m’a fait vraiment une très belle impression et qui séduira tous les amateurs de blancs oxydatifs. MIAM !
Alsace Gewurztraminer Moelleux 2022 : nez expressif et très flatteur avec des notes d’abricot mûr et d’ananas frais sur un fond épicé et balsamique très raffiné, bouche très opulente avec un jus épais et nappant soutenu par une acidité mûre, finale riche étirée par une longueur acidulée.

On termine cette belle dégustation par une autre cuvée « hors normes », réalisée à partir de gewurztraminers récoltés en décembre (à 26° potentiels).
Le résultat final est un vin liquoreux avec un équilibre qui rappelle les grands rieslings allemands (10° et 240 g de SR), un vin de pur plaisir mais avec une matière qui lui permet de défier le temps. Impressionnant !
Après mes premières sorties de l’année en Bourgogne et dans le grand sud, c’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé ma route des vins préférée avec ses vignerons qui ne comptent jamais leur temps lorsqu’il s’agit de partager leurs connaissances et leur passion avec des amateurs curieux d’en apprendre un peu plus sur les terroirs alsaciens et les grands vins qui y naissent.
La famille Engel dispose d’un très beau patrimoine viticole que Pierre et Jacques valorisent en travaillant chaque parcelle dans le respect des sols, de l’environnement et de la plante.
Les vinifications sont faites avec beaucoup de subtilité et les élevages (en cuve, sous-bois ou sous verres) sont longs pour laisser à chaque cuvée le temps de s’affiner et de se stabiliser.
Leurs vins sont purs et précis avec des matières souvent assez généreuses structurées par charpentes acides/salines qui leur confèrent une parfaite buvabilité et une bonne aptitude au vieillissement.

On a bien travaillé !
Merci à Pierre pour son accueil et bravo à la toute famille pour ce beau travail.

Le château du Haut-Koenigsbourg qui domine les coteaux du Praelatenberg
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