Club AOC : crémants d'Alsace et pinots noirs du monde


La réunion A.O.C. de janvier reprend comme à son habitude avec un programme à 2 thèmes : un premier très pétillant pour prolonger quelque peu les festivités de début d’année et un second à nouveau marqué par l’envie de s’ouvrir vers d’autres horizons viniques :

1. Apprécions la richesse et la diversité des crémants d’Alsace
2. Découvrons quelques pinots noirs du monde.

Les crémants ont été collectés par mes soins auprès de vignerons alsaciens et chez un caviste.
La série de pinots noirs a été constituée par François, notre vagabond oenophile international.

Les crémants ont été débouchés juste avant la dégustation et dégustés 2 par 2 à l’aveugle.
Les pinots noirs ont été carafés en début d’après-midi et remis en bouteilles pour le soir
Les bouteilles ont été servies 2 par 2 et dégustées à l’aveugle.

Verres Spiegelau Authentis 01


Soirée Club AOC du 10 janvier 2013 à La Wantzenau


En guise de mise en bouche :

Château Brulesécaille Blanc 2001 – Rodet-Recapet à Tauriac : nez intense et complexe avec des notes de résine, de cire et d’épices, attaque assez pointue en bouche, texture bien grasse avec une acidité qui s’élargit progressivement, finale nette, longue et puissamment aromatique (terpènes et épices).

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Remarquable par son excellent rapport Q/P, le Blanc de Brulesécaille a séduit notre assemblée ce soir : après une bonne douzaine d’année de garde le sauvignon a abandonné son expression variétale pour une palette raffinée et une très belle tenue en bouche…De la belle ouvrage pour un beau moment de plaisir !

 

Thème 1 : les expressions de la bulle alsacienne, quand diversité rime avec qualité.


Champagne Brut Réserve – Veuve Bertrand : nez agréable, beurre frais, brioche, vanille, effervescence mesurée mais régulière, large et assez gras en bouche, finale un peu pesante avec une légère amertume.
(pinot noir, chardonnay, pinot meunier)
Crémant d’Alsace Les Bulles de Noémie – Domaine Schmitt à Bergbieten : nez flatteur et engageant, palette complexe sur la fraise tagada, la guimauve et les petits fleurs printanières, mousse envahissante, un peu agressive, matière assez légère, équilibre frais et finale délicatement acidulé.
(pinot blanc, pinot noir).

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Typé à la limite de la caricature mais vraiment charmeur, ce champagne acheté en GD à moins de 10 euros (9,90 !) a remporté un réel succès ce soir…normal et mérité, c’est un effervescent où on sent une parfaite maîtrise technique !
Le crémant des Schmitt nous flatte par son aromatique particulièrement agréable mais hélas la bouche ne suit pas à cause d’une mousse un peu grossière et très irrégulière qui explose en bouche à l’ouverture mais qui disparaît après quelques minutes dans le verre…cette cuvée est sûrement victime de la pression exercée par une demande élevée qui contraint ces vignerons à raccourcir la durée d’élevage sur lattes.

Crémant d’Alsace Extra Brut Nature – Domaine Rietsch à Mittelbergheim : nez marqué par une pointe de volatile mais qui garde une palette agréable sur les fruits blancs et l’herbe sèche, gras et vineux en bouche, mousse fine et persistante, finale crayeuse et fortement saline.
(pinot blanc, auxerrois, pinot gris, chardonnay, riesling)
Crémant d’Alsace Le Crémant de Clément – Domaine Klur à Katzenthal : nez presque mutique, fin et digeste en bouche avec une expression aromatique florale qui reste cependant bien discrète, équilibre vif et fringant.
(pinot blanc, auxerrois)

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Comme on pouvait s’y attendre les deux cuvées élaborées sans soufre n’ont pas manqué de surprendre voire même de déranger les valeureux dégustateurs de notre club. Le crémant du domaine Klur que j’avais vraiment beaucoup apprécié cet été est resté verrouillé durant plus de 2 heures. Regoûté en fin de soirée, j’y ai retrouvé ce côté floral et guilleret qui m’avait séduit il y a quelques mois.
Le crémant de Jean-Pierre Rietsch a été reconnu pour sa vinosité et sa densité mais là aussi l’aromatique particulière de cette cuvée a crée le débat au sein du groupe. Personnellement je reste un très grand fan de ce vin…mais j’avoue que je me suis senti un peu seul ce soir !

Crémant d’Alsace Réserve de l’Abbaye – A. Metz à Marlenheim : fruité intense et très pur au nez (fraise des bois), bouche élégante et onctueuse, mousse légère et vivifiante, finale nette mais assez courte.
(pinot noir)
Crémant d’Alsace Cuvée Prestige – Domaine Muré à Rouffach : nez intense et complexe avec des notes de fruits blancs, de vanille et d’épices douces, présence en bouche racée avec une bulle fine, un toucher crémeux et une finale longue et bien nerveuse.
(pinot blanc, auxerrois, pinot gris, pinot noir, riesling)

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Voilà le couple de crémants qui a remporté le plus de suffrages dans cette série. La cuvée 100% pinot noir élaborée par la maison Arthur Metz manque peut-être un peu de fond mais avec sa bulle parfaite et son aromatique très gourmande tout on cède facilement à son charme. La Cuvée Prestige de Muré est conforme à sa réputation : c’est sans conteste l’un des meilleurs effervescents de notre région…tout simplement !

Crémant d’Alsace Extra Brut Millésimé 2004 – Domaine Bohn à Reichsfeld : nez qui tarde un peu à se livrer mais la palette surprend par son originalité (fruits blancs, épices et notes exotiques), vineux, dense avec une mousse fine et onctueuse, finale très longue.
(chardonnay, pinot noir)

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Pour finir sur une note moins conformiste voici le fameux crémant millésimé de Bernard Bohn qui a été dégorgé après près de 8 années sur lattes : son expressivité complexe et inattendue a également interpellé le groupe…une fois encore, je me suis senti bien seul lorsque j’ai essayé de défendre cette cuvée que je déguste à chaque fois avec beaucoup de plaisir. Ceci dit, j’ai peut-être fait une erreur en sélectionnant la version « Extra Brut » de ce crémant qui est d’un accès bine plus difficile que la version dosée…Mea Culpa !


Pour conclure :


- Ces 7 bouteilles bulleuses avaient pour but de nous donner un petit aperçu des différentes expressions du crémant d’Alsace : en dégustant quelques cuvées classiques et d’autres nettement plus rock’n roll nous avons pu mesurer le champ des possibles sur cette appellation alsacienne…Enorme !

- Ma petite sélection personnelle ira vers deux vins aux styles très différents : le crémant du domaine Muré, réussite absolue qui mérite une place de choix dans le Gotha des grands effervescents de France et le crémant du domaine Rietsch, un « vrai » vin plein de complexité et de chair qui nous ouvre les yeux vers de nouveaux horizons…
Pour être tout à fait juste, il faut bien citer aussi, la bouteille de champagne achetée à petit prix en supermarché : placée dans cette série pour servir de faire valoir aux crémants alsaciens cette cuvée a fait bien mieux que ça.
Très vite démasqué par une grande partie des dégustateurs, l’intrus a cependant favorablement impressionné tout le monde par sa belle qualité et sa facilité d’accès…un petit plaisir à moins de 10 euros, ça ne se boude pas Monsieur !

- Bien évidemment dans une région comme l’Alsace où les belles cuvées de crémant sont légion, notre petite sélection fut très incomplète mais il n’est pas impossible que ce thème revienne vite au programme du club AOC…
Finalement c’est bien bon les bulles !!!

 

Thème 2 : petite virée planétaire en compagnie du pinot noir.


Pinot Noir Carneros 2010 – Schug Carneros Winery à Sonoma – Californie : nez très suave (presque sucré), notes de confiture de fruits rouges et noirs avec une fine touche boisée, doux et très flatteur en bouche mais finale assez sèche et assez fortement marquée par l’élevage.
Pinot Noir Vaduzer Herawingert 2011 – Hofkellerei des Fürsten von Liechtenstein à Vaduz : assez réduit à l’ouverture, le nez prend du temps pour se mettre en place, palette complexe sur un registre plutôt floral, bouche très propre avec un équilibre bien maîtrisé et une finale très sapide.

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Jusqu’à ce soir je ne savais absolument pas que l’on produisait du vin dans ce petit paradis fiscal situé entre la Suisse et l’Autriche. Grâce à cette bouteille étonnante découverte par Stefan nous avons pu apprécier un pinot noir vinifié avec une grande maîtrise – dans les caves du Prince, excusez du peu ! – mais qui manquait un peu de glamour et de fantaisie surtout face au vin d’outre-Atlantique qui lui a été associé dans cette série.
Il faut dire que le pinot noir du domaine Schug montrait un côté exubérant et démonstratif qui frisait la caricature…ceci dit j’ai bu cette friandise californienne avec un plaisir régressif tout à fait assumé. MIAM !

Pinot Noir Zenith Vineyard 2009 – Biggio Hamina Cellars à McMinnville – Oregon : nez fin et élégant avec des notes de fruits rouges sur un fond minéral très présent (craie, silex), bouche équilibrée, acidité noble et finale un peu courte mais fraîche et digeste.
Pinot Noir Liaison 2009 – Mountford Wines à North Canterbury – Nouvelle Zelande : nez comparable à celui du vin californien de la série précédente avec un degré d’intensité et de maturité supplémentaire (boisé puissant et notes de crème de cassis), bouche riche, équilibre très rond et toucher velouté, finale très aromatique et belle allonge.

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Si je n’avais pas vu la capsule à vis et cette collerette très « psychédélique » j’aurais volontiers situé le premier vin de cette doublette en terre bourguignonne : avec son olfaction complexe et racée et son équilibre digeste en bouche je serai volontiers parti pour un « villages » de la Côte de Beaune.
Le pinot noir de la maison Mountford provient du vignoble de la Waipara Valley en Nouvelle Zélande. Travaillé en bio-dynamie ce vin étonne par son côté excessif au niveau de l’aromatique mais présente une structure parfaitement bien balancée en bouche…Très riche mais diablement bon !!!

Region map
Pour situer la région « Canrterbury/Waipara » sur cette île lointaine…


Pinot Noir Russian River Valley 2008 – Dehlinger Winery à Sebastopol – Californie : nez avec une palette florale complexe et expressive, notes très raffinées de cône de houblon fraîchement cueilli, concentré, gourmand et très bien équilibré en bouche, finale longue et digeste.
Pinot Noir Russian River Valley 2008 – Porter Creek Winery à Healdsburg – Californie : nez discret mais bien mûr qui développe un registre sur les fruits noirs confits, concentré et ample en bouche, matière généreuse et finale très longue, finement épicée mais un peu marquée par l’alcool.

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Le vignoble de la Russian River Valley dont sont issues ces cuvées est reconnu pour la fraîcheur de son climat qui subit l’influence tempérante de l’océan Pacifique tout proche (moins de 20 km). Même si ces deux pinots noirs ont gardé un côté opulent et riche assez caractéristique, j’ai quand même été  très favorablement impressionné par la qualité de leurs équilibres et la classe de leurs expressions aromatiques : le vin de Porter Creek est superbe malgré un petit déséquilibre en finale, le Dehlinger m’a convaincu sans réserve, c’est un très grand vin !

Spätburgunder 7 By CB 2009 – Weingut Christian Bamberger à Bad Sobernheim – Rhénanie-Palatinat : nez étrange…pour ne pas dire « louche » avec une palette monopolisée de façon insistante par de désagréables notes de bocal de cornichon, en bouche la matière est souple, bien équilibrée et soyeuse au toucher mais la finale nous ressert hélas ces arômes peu engageants qui ont perturbé l’olfaction.
Ladoix 2009 – Maison Lou Dumont à Gevrey Chambertin : nez complexe qui s’ouvre sur des notes de poudre à canon et de boisé fin avant de livrer de discrets arômes de fruits rouges, matière fine et élégante en bouche, équilibre idéal et touche minérale en finale.

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De part son vinificateur plutôt exotique, le japonais Koji Nakada, ce Ladoix possède une petite touche « World Wine » mais son origine bourguignonne a été vite reconnue : aromatique raffinée, silhouette svelte et élégante, élevage bien maîtrisé et minéralité naissante…MIAM !!!
Avec sa palette qui n’a jamais pu se défaire de ces notes peu agréables de saumure, le vin allemand, pourtant issu d’un domaine de renom, a surement été victime d’un problème de bouteille…Dommage !


Pour conclure :

- Une fois encore François a mis en œuvre ses connaissances et ses relations pour nous constituer une série internationale de très haut niveau et une fois encore mes papilles pourtant réputées pour leur chauvinisme ont été très favorablement impressionnées par la qualité des vins dégustés.
Ceci dit, avec l’inflation galopante qui pollue le marché des grands bordeaux et la pénurie annoncée pour les crus bourguignons, l’extension du rayon d’action de mes achats vineux sera peut-être bientôt nécessaire…autant dire que cette sélection de « World Wines » tombe à pic !

- Les pinots noirs d’Amérique et de Nouvelle Zélande m’ont séduit par leur générosité et leur volubilité aromatique…personnellement je trouve beaucoup d’agrément à ces vins de plaisir immédiat même si ma culture œnophile française m’invite à rechercher la profondeur, l’équilibre et le message du terroir…mais bon, le jour où il faudra chercher hors des frontières hexagonales je saurai où aller !
La « rareté » du Liechtenstein n’a pas démérité avec sa structure très martiale et on aromatique subtile. Le « burgunder » allemand fut la seule fausse note de la série…mais on retournera bientôt chez nos voisins d’outre-Rhin dont la viticulture progresse de jour en jour.

- sur la plus haute marche de mon podium personnel je placerai sans hésiter le pinot noir 2008 de Dehlinger suivi de près par le pinot noir 2009 de la maison Biggio Hamina en Oregon…deux rencontres inattendues avec de très belles bouteilles !

- Merci à François pour cette brillante sélection qui nous a une fois de plus ouvert l’esprit vers d’autres horizons viniques.


Pour finir cette première soirée de 2014 en beauté, nous avons profité de la proximité de l’Epiphanie pour partager une énorme galette briochée en faisant sauter le bouchon d’un OVNI déniché par François.

Roc’ambulle – Rosé de Négrette – Domaine le Roc à Fronton : robe trouble de couleur orange clair, nez avenant et bien complexe avec des notes de pomme à cidre et d’épices douces, le tout rehaussé par une petite pointe fumée, bouche légère, gourmande, finement pétillante et très désaltérante.

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Cette bulle festive légère (9°) et un peu canaille, proposée exclusivement en magnums, s’est livrée avec simplicité et bonhommie pour le plus grand plaisir de l’ensemble des convives.
Sa matière vive et gourmande a fait merveille avec le moelleux de notre galette briochée. MIAMMMMMM !!!

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