Gerhard Eichelmann et les grands champagnes de terroir à l'U.G.V.


Trois jours après avoir fait pétiller des « bulles du monde » lors d’une session AOC, je me retrouve en compagnie de 150 œnophiles dans la belle salle des Tisserands de Châtenois pour assister à une conférence-dégustation de l’U.G.V. sur le thème des Grands Champagnes français…voilà un début d’année placé sous le signe de l’effervescence !

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Les convives s’installent dans la salle des Tisserands de Châtenois.

Bien évidemment, la récente actualité dramatique marque tous les esprits et Jean-Michel Deiss ne manque pas d’évoquer la mémoire des victimes du terrorisme en rappelant à tous que le respect, l’échange, l’amitié et la convivialité doivent plus que jamais fonder la charte morale de cette association vinique.

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Discours de bienvenue par J.M. Deiss…sous le signe de « Charlie »

Après une minute de silence où nous avons pensé aux 17 personnes assassinées mais aussi à Laurence Faller et à Eric Rominger (deux grands noms du vignoble alsacien qui nous ont quittés en 2014), nous sommes invités à étrenner nos magnifiques Riedel pour déguster les cuvées sélectionnées par Gerhart Eichelmann.

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Notre belle boîte à outils Riedel.

Gerhard Eichelmann qui publie ses écrits sur le vin depuis 1997 est l’auteur de 7 livres sur le champagne dont un « Guide Larousse du Champagne » traduit en français et paru en novembre 2014.
A l’heure actuelle, il considère la champagne comme la région vinicole la plus dynamique d’Europe. Les jeunes vignerons qui choisissent de faire leur vin travaillent en recherchant des expressions du terroir avec des pratiques très exigeantes : limitation des rendements, cuvées parcellaires, viticulture biologique ou biodynamique…
« Sachant  que le raisin champenois se monnaye entre 5,50 et 7 euros le kilo, il est évident qu’un vigneron de cette région peut vivre très bien en se contentant de produire des raisins…autant dire que les vignerons qui on décidé de continuer à faire leur vin font preuve de beaucoup de courage ».
Ces producteurs de « Grands vins de la Champagne » font école dans cette région puisque de plus en plus de grandes maisons leur emboîtent le pas en proposant des cuvées élaborées avec des processus plus respectueux du terroir et de l’environnement.

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Gerhard Eichelmann au micro

Pour la suite de cette visite champenoise, Gerhard Eichelmann nous propose d’illustrer ses propos par la découverte de 6 grandes cuvées sélectionnées par ses soins. Suivant ses conseils c’est dans le plus grand des verres Riedel que nous sommes invités à déguster ces champagnes : « La flûte c’est bien pour les vins festifs mais un grand champagne se boit dans un grand verre…et peut même être servi en carafe si le vin est jeune ».

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Le Riedel « Véritas-Pinot Noir » conseillé par le maître de séance.


La Vigne d’Or – Blanc de Meunier 2003 - Champagne Tarlant à Oeuilly
La complexité du nez étonne d’emblée avec des notes de foin, de fruits blancs frais et de miel de fleurs. Après une attaque assez douce, la matière se tend et déploie une vraie vinosité. La mousse est très élégante avec une bulle fine, légère et persistante. La finale est marquée par un retour aromatique très long sur l’abricot frais complété par de fines notes boisées et quelques amers nobles.
(100% pinot meunier – vendangé le 30 août 2003 – vinifié en barriques non neuves – embouteillé en mai 2004 et dégorgé en février 2013 – dosage : 4g).
Né dans la vallée de la Marne, sur une parcelle argilo-calcaire de vieilles vignes plantées en 1947, ce champagne nous fait entrer de plain pied dans le monde du grand vin : complexité aromatique, profondeur et équilibre de la structure, onctuosité de la mousse et longueur exceptionnelle en bouche. Que demander de plus !

Les 7 – Extra Brut – Champagne Laherte frères à Chavot
Comme pour le premier vin, c’est la complexité de la palette aromatique qui marque les esprits dès le premier coup de nez : notes florales, chèvrefeuille et fougère évoluant vers des nuances d’herbe sèche, de noisette et de beurre. En bouche, l’attaque surprend par sa vivacité, la matière élancée et élégante est tendue par une acidité puissante, la bulle est d’une finesse absolue et la finale délicatement citronnée laisse une belle impression de fraîcheur
(Complantation de 7 cépages : 18% chardonnay + 18% pinot meunier + 17% pinot blanc + 15% petit meslier + 14% pinot noir + 10% pinot gris + 8% arbanne – vinification et élevage sur lies fines durant 6mois en barriques non neuves – assemblage de 60% de vin du dernier millésime et de 40% de vins provenant de la réserve perpétuelle du domaine – dégorgé en décembre 2013 – dosage : moins de 4g)
Née dans la vallée de la Marne sur le lieu-dit « Le Clos » situé sur un coteau argilo-calcaire près du village de Chavot (au sud d’Epernay), cette cuvée fortement typée a un peu divisé l’assemblée et suscitée pas mal de commentaires.
La jeunesse de la parcelle, la nature des cépages utilisés, la vinification sans malo (la cuvée précédente aussi d’ailleurs) peuvent expliquer la force de cette trame acide qui a interpelé un bon nombre de dégustateurs ce soir…mais cet assemblage incroyable de cépages et de millésimes (de 2011 à 2005) m’a vraiment étonné par son style rare et original. Ebouriffant !!!

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Les Pierrières – Blanc de Blancs Extra Brut 2008 – Champagne Ulysse Colin à Congy
Le nez impressionne par sa complexité et sa noblesse, on y décèle de belles notes de citronnelle, de pêche blanche, de brioche au beurre sur un fond d’élevage très raffiné (vanille, boisé fin). En bouche, la matière se déploie avec volupté, ample, large avec une bulle vraiment « classieuse » qui donne beaucoup d’onctuosité à la texture. La finale est longue, salivante et finement boisée.
(100% chardonnay – vendangé très mûr à 11°5 – vinifié et élevé 13 mois en barriques neuves pour 1/3 – 3 ans sur lattes avant le dégorgement – dosage : moins de 2g).
« Les Pierrières » est une parcelle dont le sol pierreux et peu profond (moins de 50cm) repose sur un socle de craie et de silex. Situé sur la côte de Sézanne, ce coteau exposé plein sud a fourni une matière bien mûre qu’Olivier Colin a travaillé à la « bourguignonne » : fermentation et élevages en fûts, malo faite, bâtonnages…
Bien évidemment cette cuvée n’a pas manqué de surprendre les puristes à la recherche de tension et de vivacité mais l’amateur de grands blancs de la côte de Beaune que je suis a complètement succombé au charme de cette bouteille. MIAM !

Les Orizeaux – Extra Brut 2009 – Champagne Chartogne-Taillet à Merfy
Le nez révèle une palette florale très raffinée. En bouche, la matière vineuse et concentrée est stimulée par une acidité bien mûre et une bulle fine et filante. La mousse est persistante et onctueuse et la finale d’une longueur considérable développe un sillage aromatique complexe avec des notes de santal, quelques nuances oxydatives et une remarquable présence saline.
(100% pinot noir – vendangé en 2009 – vinifié en barriques non neuves – embouteillé en 2010 et dégorgé en 2014 – dosage : 3g).
Issue d’une vieille vigne (plus de 50 ans) située sur un terroir de sable brun et de craie du massif de Saint Thierry (montagne de Reims) ce champagne blanc de noirs non dosé m’a impressionné par sa présence en bouche pleine d’énergie et de vinosité et par la profonde empreinte minérale qui donne de l’éclat et de la noblesse à sa finale.

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Vénus – Brut Nature 2008 – Champagne Agrappart et fils à Avize
Le nez discret mais complexe nous délivre un ensemble de senteurs subtiles de fruits blancs et de fleurs complétées par une touche un peu pâtissière de cake au citron. En bouche on trouve une matière longiligne, tendue par une acidité mûre et droite, stimulée par une bulle très vive mais pas agressive. La finale est magnifique avec une pointe saline et délicatement tannique, un sillage aromatique où le fruité est accompagné par quelques notes fumées et minérales (boîte de craie).
(100% chardonnay – vendangé en 2008 – vinifié et élevé en barriques et ½ muids non neufs – embouteillé en mai 2009 et dégorgé en septembre 2014 – dosage : 0g).
« Vénus » n’est pas le nom d’un lieu-dit mais celui du cheval qui travaille cette parcelle de vieux chardonnays (plantés en 1959) depuis l’année 2000 : le vrai nom de ce lieu-dit situé sur un terroir très crayeux est « La Fosse ».
Cette cuvée qui a passé 5 ans sur lattes avec un bouchage liège s’est imposée à moi comme le plus grand vin de la soirée : complexité inouïe, équilibre magistral, finesse dans la texture…tout respire la classe absolue. MIAMMMMM !

Les Rachais – Brut Nature 2009 – Champagne Francis Boulard à Cauroy-les-Hermonville
Le nez pur et discret délivre de fins arômes de fruits blancs sur un fond délicatement fumé. En bouche, la matière est vive et tendue avec une bulle virulente et une acidité bien marquée qui donnent une belle impression de profondeur. La finale développe un sillage aromatique très long sur les agrumes tout en révélant une intense minéralité et de petites nuances oxydatives.
(100% chardonnay – vendangé en 2009 – vinifié et élevé en fûts de plusieurs vins – dégorgé en juillet 2014 – dosage : 0g).
Né sur une parcelle de chardonnays (une vigne de 43 ans) située sur un terroir d’argiles, de calcaire et de sables siliceux, ce dernier champagne est peut-être le plus austère de la série (avec la cuvée 7). Le dégustateur qui approche cette cuvée risque d’être impressionné par la force de sa minéralité (chez moi, ça n’a pas raté !) mais le gastronome averti y verra la possibilité d’une infinité d’accords gustatifs.

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La partie conviviale de la soirée fait une place d’honneur aux fromages de Jacky Quesnot qui vont accompagner les bouteilles apportées par les convives…en ce qui me concerne, je dois reprendre la route vers Strasbourg car mon emploi du temps du lendemain m’invite à être raisonnable malgré l’envie de prolonger cette soirée autour de ce magnifique buffet...la prochaine fois peut-être !

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La sélection de fromages signée Jacky Quesnot…MIAM !


Comme il aime à le répéter, Gerhard Eichelmann est « fasciné par l’évolution actuelle du vignoble champenois ». Sous l’impulsion de vignerons ambitieux désireux de redonner leur identité de grands vins aux champagnes, les pratiques viticoles de cette région ont considérablement changé durant cette dernière décennie : rendements baissés, culture biologique ou biodynamique, cuvées parcellaires, travail des vins en barriques, augmentation de la durée d’élevage sur lattes, dosages faibles…

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La couverture du livre de G. Eichelmann

Je reconnais volontiers que ces quilles de bulles festives vendues souvent trop cher et dont le seul mérite consiste à se laisser boire facilement et sans trop réfléchir par le plus grand nombre ne m’intéressaient pas plus que ça jusqu’ici…mais après deux magnifiques soirées consacrées à la Champagne – celle-ci et la récente session AOC – ma position est en train d’évoluer. Je serai sûrement moins « exclusif » que Gerhard Eichelmann, mais il est vrai que ces deux dégustations m’ont emmené en promenade dans un grand vignoble avec des terroirs aptes à engendrer des vins somptueux.
Cet oenophile allemand qui s'exprime dans un français irréprochable (ou presque...), nous a fait le plaisir de partager avec nous son amour de la Champagne et de ses vins en nous présentant 6 pépites absolument superbes pour étayer son discours...et je dois dire que j'ai été pleinement convaincu. Bravo et merci Gerhard !

La sélection de notre maître de séance nous a fait découvrir quelques cuvées remarquables de finesse et de complexité qui portaient cette marque minérale et saline qu’on ne trouve que dans les grands vins de terroir. Inutile de préciser que je n’hésiterai pas à faire une place dans ma cave à chacune des bouteilles présentées ce soir…même si le prix élevé de quelques unes d’entre-elles peut faire réfléchir.
Malgré tout, mon coup de cœur absolu reviendra à « Vénus » de la maison Agrappart : à mon goût ce fut le vin le plus complet et le plus abouti de cette magnifique série…mais aussi l’un des plus cher hélas !

Une belle salle, une ambiance à la fois conviviale et studieuse, un intervenant passionnant et une sélection magistrale de bouteilles servies dans des verres splendides…voilà ce que j’appelle une soirée pleinement réussie !

Merci à tous ceux qui ont œuvré pour nous offrir ces instants de bonheur gustatif.

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