Une série de Châteauneuf du Pape 2005

Panneau chateauneuf

Voilà pas mal d’années maintenant que j’arpente le vignoble de Châteauneuf, et, depuis le millésime 1998, je goute tous les millésimes sur environ, 7/8 domaines différents par an voire plus. C’est très intéressant de découvrir chaque millésime en ayant des références passées. J’ai eu des « déceptions » comme 98, 2001 voire 2004, millésimes que je voyais plus grands à leur naissance. J’ai eu de grandes satisfactions comme 1999, 2006 voire 2011 que j’avais jugés plus faibles et qui, finalement, me régalent souvent.
Et puis 2005……haaa 2005 ! Tout de suite j’ai adoré cette année avec de véritables claques prises même sur des vins encore en élevage. Les 1ères mises en bouteille n’ont fait que confirmer et le temps qui passe et les bouchons qui sautent, avec parcimonie, me rappellent à chaque fois combien j’aime ce millésime. Pour ses 10 ans, j’ai voulu faire un tour d’horizon de pas mal de bouteilles, toutes bues à table et, au minimum, en compagnie de mon épouse dont c’est l’appellation préférée.
C’est parti ? Allez !

Domaine Charvin 2005 : aucune trace d’évolution pour ce vin qui fait preuve d’une jeunesse insolente. L’aromatique est d’ailleurs en retrait et s’oriente doucement vers la pêche, le thym. C’est la texture en bouche qui en fait la force. Une grande douceur avec des tanins fondus et une grande fraicheur, comme si l’on venait juste de couper une grappe de raisin au matin. Un trait mentholé renforce cette impression  avec une finale qui s’étire tout en longueur dans un équilibre parfait.
Le vin est très jeune encore, il gagnera à être gardé 4/5 ans minimum pour atteindre un plateau de maturité et atteindre un niveau qui me semble très élevé.

Domaine Bois de Boursan 2005 : très légèrement briqué, là encore on a un festival de senteurs sur la cerise, le thym, le tabac blond, les épices. C’est un vin plein de vie, plein d’énergie. Assez fondu déjà, il s’exprime avec pas mal de fraicheur, plutôt sur le fruit avec une pointe acide qui réhausse le tout.
On est assez proche de la pleine maturité pour ce vin qui donne déjà pas mal de plaisir.

Domaine de Ferrand 2005 : il reste un peu en dedans, très jeune, légère volatile, il peine à s’exprimer. Un bon coup de carafe lui fait le plus grand bien. On reste dans un registre qui a l’air d’être une signature du millésime : la cerise, les herbes aromatiques, le thym et surtout cette sensation de jeunesse tout en ayant une texture assez douce, des tanins fondus. L’alcool est présent mais bien intégré, le tout demande encore du temps pour, à mon sens, être encore d’un niveau supérieur.
C’est le millésime ou j’ai découvert le domaine, depuis je suis fidèle chaque année !

Photo ferrand

Domaine château Maucoil 2005 : tout de suite, je sens l’erreur de casting. Nez poussiéreux, pruneau. On a une sensation de bois sec, de demi-corps avec une acidité assez haute qui s’exprime avec des notes de merise. On manque d’allonge, la finale est dissociée. Le plaisir est absent. Le seul vin de la série non acheté au domaine mais en grande surface donc méfiance.
Problème de bouteille ? Peut être, à voir…

Domaine de la Janasse 2005 : une belle couleur avec des reflets vifs. Glycériné, expressif tout de suite, mais dans un style différent de ces congénères. Framboise, puis mûre avec des accents confiturés légers. L’ensemble est savoureux, avec une note de musc qui apparaît reflétant une part d’animalité. La finale est gourmande, sans lourdeurs avec même au contraire un trait « acide » qui porte le tout.
Le vin me semble complètement à maturité et le plaisir est tel aujourd’hui qu’il ne faut pas s’en priver !

Photo janasse

Domaine Raymond Usséglio 2005 : rouge mat, tout d’abord fermé, puis avec des notes de pruneau, de poivre noir, de kirsch et une grosse matière, encore serrée. Le vin semble encore bien jeune, avec beaucoup de structure. L’ensemble n’est pas encore tout à fait en place notamment avec des tanins encore bien présents mais pas secs du tout. En effet la bouche se montre assez glycérinée et savoureuse.
Un châteauneuf qui demandera encore du temps pour se fondre mais l’ensemble est de qualité

Domaine le clos des Papes 2005 : noyé tout d’abord dans des limbes de noirceur, titillé par un pet’ de volatile, le vin va tout gagner à être aéré car le temps va laisser place à une formule 1 ! Le nez explose au fur à et à mesure sur le thym, la cerise, le laurier, le zan et une once de cuir. On ressent une grande puissance, de l’alcool certes mais l’ensemble garde un équilibre sur le fil qui impressionne. La profondeur interminable en bouche demande du temps avant de pouvoir remonter à la surface sans que le mot fin ne puisse s’imposer.
Dégusté à sa naissance avec l’ami Vall, avant que les critiques ne le porte aux nues,  j’avais reçu une claque. C’est encore le cas aujourd’hui mais je vais attendre pour ses petites sœurs car j’ai envie de boire ce vin en 2025 …au moins !

Domaine Eddie Ferraud 2005 :  brillant, gras, il s’exprime de façon très immédiate dans le verre avec de savoureuses senteurs de framboises, de fruits rouges à l’alcool avec une toute petite pointe de champignon qui laisse penser à un début d’évolution que la couleur ne trahissait pas du tout. Cela se confirme en bouche, très fondue, de pleine maturité avec un léger côté terrien qui arrive sur la finale. Le tout reste frais, équilibré.
Bouteille à boire et qui donne à mon sens tout le plaisir qu’elle peut donner aujourd’hui.

Phototrio

Pfffffffffff, quelle série ! Je ne me rappelle pas avoir bu une série de vins sur un thème donné avec autant de qualités et d’un niveau homogène aussi élevé. Le maître mot est l’équilibre. Le plaisir est au rendez avec des bouteilles qui en offrent déjà beaucoup aujourd’hui et d’autres comme Clos des Papes ou Charvin qui vont gagner à vieillir encore. Je me rappelle, notamment avec l’ami Vall, les têtes que nous avions à  chaque fois que, chez les vignerons, nous goutions ce millésime à sa sortie. Des têtes de « ravi de la crèche » !  On a fait des stocks mais trop peu car les prix ont, à ce moment là, commencé à monter sévère chez certains. Je ne vois pas d’année égale voire au dessus de 1998 à 2012. 2005 est et reste à mon sens Le millésime de ces 15 dernières années à Châteauneuf et on va se régaler pendant longtemps encore, surtout pour ceux qui ont la fibre d’achat en magnum…

Cyril Amelin - octobre 2015

 

Commentaires (1)

1. cyra 04/02/2016

une précision, j'ai goûté Maucoil 2005 hier soir et le vin était très agréable, juteux, entre fruité (cerise) et animalité (cuir) avec une pointe plus sauvage de roncier, de merisier. L'adage "il n'y a pas de bons vins seulement de bonnes bouteilles" se confirment encore ici.

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