Portes Ouvertes 2014 au domaine Deiss à Bergheim

 

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Comme l’édition 2013 de cette journée « Portes Ouvertes » organisée par le domaine Deiss m’avait vraiment enthousiasmé, j’ai immédiatement placé cet évènement dans la liste des rendez-vous incontournables dans mon agenda vinique alsacien.
Hoppla, c’est parti !

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Bergheim au printemps 2014

Après une première visite l'année passée, je sais maintenant comment il faut que je m’organise pour profiter au maximum de toutes les animations proposées par l’équipe du domaine Deiss à l’occasion de cette journée.
Je vais commencer par un échauffement papillaire avec la dégustation des cuvées de cépages, ensuite ce sera un petit intermède gastronomique avec l’atelier d’associations gustatives, puis un retour vers les vins de terroir avant de vivre une première initiation à la dégustation « géo-sensorielle ».
Pour finir en beauté je reviendrai une dernière fois dans le salon principal pour me régaler avec les grands crus du domaine…joli programme non !

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Le salon du domaine avec les cuvées classées premiers crus et grands crus

Mise en bouche rouge

Burlenberg 2009 : nez élégant, très bourguignon, matière généreuse et concentrée, trame tannique assez ferme.
Burlenberg 2008 : nez bien en place et très complexe, matière longiligne et droite avec une acidité plus marquée qui rehausse la présence tannique en donnant un côté austère à la finale.
Née sur le Burlenberg, un terroir calcaire assez froid où les raisins mûrissent lentement, cette cuvée issue d’une complantation de pinots noirs et de pinots beurots est incontestablement un vin rouge de garde : en 08 comme en 09 les matières sont concentrées mais les structures tanniques gardent encore beaucoup de fermeté.
Deux vins très « sérieux » qui auront encore besoin d’un peu de temps pour se livrer.


Un peu de légèreté avec quelques vins de fruits

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L’atelier « vins de fruit ».

Pinot d’Alsace 2012 : nez tonique sur la groseille et les fruits blancs, flatteur en bouche avec une matière assez opulente, un léger perlant et belle sapidité en finale.
Riesling 2012 : nez classique et précis sur les agrumes frais, vif et plein d’énergie en bouche.
Muscat 2011 : nez précis, délicatement floral, bouche avenante avec une matière équilibrée, légèrement moelleux mais élancé et digeste en finale.
Ces cuvées qui font un peu exception dans une gamme largement dominée par des vins issus de complantation sont de petites friandises qui séduisent par leur équilibre et leur grande précision. La qualité du travail des Deiss se manifeste avec éclat dans ces cuvées d’entrée de gamme…mais on n’en attendait pas moins !
(copié lâchement sur mon CR de 2013 mais je ne peux pas dire mieux cette année !)


Petit intermède gastronomique

Jean-Luc Brendel, le chef du restaurant La Table du Gourmet à Riquewihr, a crée 3 bouchées riches en saveurs pour donner la réplique à 3 crus du domaine Deiss :

Duo 1 : gambas snackées sur kumquat sous pression et brousse de brebis avec un Grasberg 2009 :

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Le Grasberg délicatement moelleux avec des arômes d’agrumes confits résonne superbement avec ce plat subtil et raffiné…l’évidence du ton sur ton !


Duo 2 : cube de pastèque sur petits pois à l’agastache et tomate sèchée avec un Burg 2009 :

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Le Burg qui se montre généreux mais longiligne et bien minéral en bouche se goûte avec grand plaisir aujourd’hui…ceci dit, ce vin peine un peu à trouver une harmonie avec ce plat original aux saveurs bien équilibrées mais qui développe de puissantes notes végétales...la coexistence est tout à fait pacifique mais les deux éléments ne communiquent pas vraiment.


Duo 3 : veau fermier cuit 48 heures, jus concentré au poivre de Timut, carotte jaune, chou vivace et pousse de moutarde avec un Gruenspiel 2009 :

Présenté dans une petite cocotte ce plat recherché et goûteux aurait également mérité une photo mais j’ai oublié...la fatigue déjà !!!
Il n’en reste pas moins que l’accord avec un Gruenspiel 2009, complexe, sec et gras a crée une très belle surprise…une preuve de plus que les grands blancs alsaciens tiennent magnifiquement sur des plats de viande.

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Le trio de 2009 qui a accompagné les créations gastronomiques de J.L. Brendel


Retour à la dégustation avec les cuvées « Vins de Terroir » du domaine Deiss

Alsace 2012 : olfaction suave et délicate, matière équilibrée et finale légère et bien glissante.
Berkem 2011 : style aromatique très proche de celui du vin précédent mais plus de richesse et de structure en bouche, belles sensations salines en finale.

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Provenant de parcelles autour de Bergheim ces deux cuvées ouvrent la gamme de vins issus de complantation. « Alsace » séduit par son profil gouleyant et sa facilité d’accès, « Berkem », plus riche et plus concentré, se positionne déjà comme un vrai vin de garde.
Première rencontre réussie avec ces deux vins qui nous donnent une furieuse envie d’entrer dans le monde des vins de terroir du domaine Deiss.

Langenberg 2011 : olfaction complexe avec un fruité bien mûr et une touche d’herbes aromatiques, puissant et salin en bouche.
Engelgarten 2011 : nez assez exubérant sur les fruits blancs et les agrumes, bouche mûre avec un équilibre très dynamique, belle montée en puissance jusqu’en finale.
Rotenberg 2010 : nez bien mûr avec une touche finement grillée, ample et plein d’énergie en bouche, charpente acide solide, digeste et très long en finale.
Schoffweg 2010 : discret et très complexe au nez, joli gras et belle tension en bouche, notes minérales et amers nobles en finale.
Grasberg 2010 : nez racé avec des notes de pomelo mûr et une présence minérale sensible, volumineux, intense mais très bien équilibré en bouche, finale avec une salinité profonde.
Ces cuvées dont j’ai décrit les terroirs dans mon CR de 2013 assument pleinement le style Deiss : des vins riches et puissants avec une ossature minérale qui les structure tout en apportant la signature du terroir.
Issus de deux millésimes bien différents, les vins montrent des équilibres gourmands et digestes et un très grand potentiel de garde. Les 2011 sont volumineux et plutôt sphériques, les 2010 ont des profils plus allongés pour finir un peu plus pointus. Mais ne me demandez pas quel millésime je préfère…avec les crus du domaine Deiss c’est impossible !

Huebuhl 2008 : nez qui a pris de l’épaisseur avec une belle complexité aromatique, bouche puissante, ronde mais tenue par une salinité intense, finale raffinée sur le tabac et les épices.
Burg 2009 : nez épanoui sur les agrumes mûrs et une petite touche de fleurs blanches, bouche intense et concentrée, charpente solide et finale avec des amers nobles et un long sillage aromatique.
Gruenspiel 2009 : nez ouvert et causant avec une registre exotique et finement épicé, bouche ample, pleine d’énergie, finale bien minérale et légèrement poivrée.

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La suite de la série « vins de terroir » nous propose 3 références du domaine après quelques années de vieillissement et nous permet de constater que le temps apporte à ces vins un regain de complexité dans leur aromatique et un supplément d’élégance dans leur silhouette.
Ceci dit, malgré un 2008 qui commence doucement à révéler sa nature profonde, il me semble que ces vins cueillis en pleine phase ascendante sont encore bien loin de leur optimum de maturité.
Estampillées « vins de terroir » par leur concepteur, ces cuvées sont évidemment aussi des « vins de temps »…qu’on se le dise !


La dégustation géosensorielle : théorie et pratique

Après cette nouvelle série tout à fait convaincante, il est l’heure pour moi de participer à une séquence d’initiation à la dégustation géosensorielle dirigée par Jean-Michel Deiss.

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Jean-Michel Deiss, orateur passionné et passionnant…comme d’habitude !

En guise de préambule, dans le hangar où sont entreposés tous les outils pour le travail de la vigne – une collection impressionnante ! – Jean-Michel Deiss nous expose ses convictions profondes de militant pour l’excellence vinique alsacienne.
« Lorsque j’avais 17 ans et que je j’apprenais mon métier au domaine Hugel, j’entendais déjà le grand Jean Hugel, fustiger ces vignerons qui n’avaient comme seule ambition de faire presque aussi bon que le voisin, mais légèrement moins cher… »…une philosophie hélas encore largement répandue dans notre région !
Convaincu depuis toujours que le vignoble alsacien doit s’orienter vers la production de grands vins, il a initié la création de l’Université des Grands Vins (U.G.V.) : cette association rassemble professionnels et amateurs (500 membres à l’heure actuelle) qui se rencontrent régulièrement au cours de sessions de formation et d’échanges autour du concept de « Grand Vin »…peut-être un acte fondateur pour une révolution copernicienne dans le vignoble d’Alsace !
L’atelier de « travaux pratiques » est installé dans l’espace de réception de vendange entre les trois pressoirs du domaine : un verre noir, un crachoir et 3 bouteilles mystère…
« On reconnaît un grand vin par sa densité et sa profondeur…le dégustateur doit donc s’éloigner de l’expertise aromatique pour se concentrer sur la qualité tactile et structurelle d’un vin…ça dépasse la technique, c’est presque un art ! ». Je sens que cela ne va pas être évident…

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L’atelier de dégustation « géosensorielle »

Avec un guidage patient du maître de séance nous arrivons peu à peu à « lâcher » des mots pour parler de ces 3 inconnus :

Vin 1 : chaud, large, tramé avec précision, légèrement granuleux, finale qui file tout droit, très salivante…c’est un Langenberg 2004.

Vin 2 : complexe, fruité, dense ouvert et généreux, structure plus ondulante, finale suave, longue et saline…c’est un Altenberg de Bergheim 2004.

Vin 1 : froid, assez sombre, longiligne, cinglant à l’attaque le vin fléchit légèrement pour prendre une impulsion très longue vers la finale, sillage avec des amers délicats…c’est un Schoenenbourg 1994.

Cet exercice difficile, même un peu déstabilisant, nous a permis d’expérimenter une autre façon d’appréhender un vin en nous focalisant moins sur les effets de surface comme la robe ou l’expression aromatique mais en essayant de pénétrer dans l’épaisseur de sa matière pour comprendre sa nature profonde…autant dire que mes habitudes de dégustateur amateur on été sévèrement secouées cet après midi !
Ceci dit, j’avoue ne pas trop aimer boire dans un verre noir, cela me prive du plaisir d’admirer la beauté et l’éclat d’une robe…même si je sais que ces sensations peuvent être trompeuses.
Je suis aussi très sensible à ce miracle permanent que constitue le développement aromatique d’un grand vin : le humer longuement pour suivre la succession de senteurs qui naissent dans le verre est une étape dont je saurai me passer.
Je ne serai peut-être jamais un grand adepte de ce type de dégustation mais je suis convaincu que cette pratique qui nous propose un autre logiciel d’analyse et un nouveau champ lexical permettra à chaque amateur de progresser vers une meilleure compréhension d’un vin…C’est bien là l’essentiel !
Pour en revenir aux vins dégustés lors de cette expérience, je n’ai qu’un seul mot à dire « bluffant » : des personnalités bien dessinées, une tenue pleine de classe et une jeunesse étonnante après 10 ou 20 ans de garde…en plus sur des millésimes assez délicats en Alsace !
La performance force le respect et confirme le fait que pour les vins du domaine Deiss, le terroir transcende le millésime.

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Les outils de la dégustation « géosensorielle ».

Après un petit passage par la cave à barriques où séjournent les cuvées de rouge du domaine, je retourne dans la salle de dégustation pour une dernière série consacrée au Grands Crus.

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La cave d’élevage des vins rouges du domaine.


Pour finir en beauté

Grand Cru Altenberg de Bergheim 2009 : aromatique discrète et complexe, matière sphérique, puissante et mûre, vin déjà bien posé en bouche, longueur finale exceptionnelle.
Grand Cru Altenberg de Bergheim 2008 : nez qui s’ouvre avec un fruité très élégant, attaque assez vive en bouche avec une acidité plus étirée qui allonge la forme du vin, toucher finement tannique et bien minérale.

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Le 2009 et son équilibre très gourmand soumet le dégustateur à la tentation de profiter de sa beauté juvénile sans trop tarder et pourtant, comme tous les Grands Crus du domaine, cet Altenberg demandera beaucoup de temps avant qu’il puisse nous transmette la lumineuse beauté du message de son terroir. Le 2008 a commencé sa mutation en épurant sa structure et en livrant un petit préambule aromatique très prometteur mais on est encore très loin de l’apogée.

Grand Cru Schoenenbourg 2009 : nez plus intense sur les fruits jaunes mûrs et les épices douces, bouche parfaitement équilibrée avec une matière opulente tenue par une acidité bien traçante, minéralité qui s’exprime par des amers nobles en finale.

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A l’instar des deux vins précédents, ce Grand Cru se livre à nous sans rechigner dans sa prime jeunesse, mais celui qui voudra apprécier la richesse et la complexité de ce vin devra s’armer de patience…le plaisir ressenti lors de la dégustation du Schoenenbourg 1994 devrait constituer une motivation suffisante pour réfréner l’envie de déboucher cette bouteille trop tôt.

Grand Cru Mambourg 2011 : pur mais encore assez fermé au nez, dense, puissant en bouche avec un gras un peu bourguignon et un équilibre bien sec, long sillage minéral, finement tannique et discrètement fruité en finale.

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Toujours aussi atypique dans la gamme du domaine, ce Mambourg 2011 possède une énergie incroyable tout en montrant déjà une classe absolue…un vin qui ferait presque peur tant son potentiel est grand.
Impressionnant !


Pour conclure :

- J’avoue, je suis toujours très enthousiaste, lorsqu’un grand domaine alsacien ouvre ses portes pour inviter les amateurs de vin à découvrir son travail et sa production.
A cette occasion, la famille Deiss et leurs collaborateurs n’ont vraiment pas économisé leurs efforts pour nous proposer une visite où se sont succédés des instants de gourmandise pure et des temps de formation durant lesquels ces vignerons passionnés nous ont fait partager leur conception du vin et leur amour des terroirs alsaciens.
(OK, ça ressemble à ce que j’ai écrit l’année passée…mais je n’ai rien de mieux à dire aujourd’hui !)

- Le style des vins du domaine se caractérise par une synergie très dynamique entre une matière pure et généreuse et une structure profondément tramée par la minéralité de chaque terroir. Les crus qui s’expriment souvent avec beaucoup de force et d’exubérance ne laissent personne indifférent. Ce sont des bouteilles à mettre en cave pour de longues années et à déboucher religieusement en compagnie d’amateurs capables d’apprécier des breuvages d’exception.
Dans un style plus immédiat et plus simple, j’aime beaucoup les cuvées d’entrée de gamme du domaine qui sont travaillées avec les mêmes exigences qualitatives que leurs plus grands vins.
J’ai également découvert avec un vrai plaisir les cuvées « Alsace » et « Berkem » : véritables traits d’union entre les vins de fruits et les vins de terroirs, elles sont les premiers jalons indispensables pour entrer dans l’esthétique particulière des vins signés Deiss.

- Jean-Michel Deiss conçoit son métier comme une quête jamais achevée vers toujours plus d’exigence et de qualité : « vu sous cet angle, c’est un métier exaltant mais difficile »…la création de grands vins a son prix !
Il est convaincu que la valorisation et la mise en avant des terroirs permettra aux vins d’Alsace de gagner leur place parmi l’élite vinique nationale et internationale : « Dans un grand vin, le raisin doit parler la langue du lieu ».
La qualité irréprochable de sa production et la notoriété de ses vins en France et dans le monde sont autant de preuves pour démontrer qu’il a sûrement raison…

- Mille mercis à tous ceux qui ont œuvré pour que cette journée soit une belle réussite.

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Vignes de plaine près de Bergheim au pied du Haut Koenigsbourg.

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