Visite au domaine Pierre Henri Ginglinger à Eguisheim

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Un peu contraint par un calendrier très chargé – de nombreux salons en perspective – c’est au lendemain de la journée des Grands Crus à Kientzheim que le domaine Pierre Henri Ginglinger a organisé un évènement « gourmand » avec une dégustation dans leur cave à Eguisheim et un déjeuner dans le restaurant L’Altevic de Hattstatt.
OK, je ne suis pas encore en pleine forme, mais au vu du programme imaginé par Mathieu Ginglinger et son équipe, je vais quand même faire l’effort de reprendre la route pour une nouvelle journée dans le vignoble haut-rhinois…je sens que je ne vais pas le regretter.
Hoppla c’est parti !

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Eguisheim dans la brume vue des hauteurs de Husseren les Châteaux

Dans un caveau flambant neuf, aménagé pour l’occasion – en temps normal, il est utilisé pour servir le petit déjeuner aux clients des chambres d’hôtes – nous sommes invités à découvrir l’ensemble de la production du domaine P.H. Ginglinger.

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Le caveau
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Mathieu Ginglinger qui a pris la succession de son père en 2001 exploite actuellement 9 hectares de vignes autour d’Eguisheim et de Herrlisheim, un patrimoine qu’il à complété en 2011 en faisant l’acquisition de 6 hectares sur le ban de Wuenheim « pour augmenter le volume produit et pour diversifier l’offre vinique ».
Le domaine est certifié en BIO depuis le millésime 2004 : « mon père travaillait en bio depuis de longues années, mais il n’aimait pas la paperasse…lorsque je suis arrivé au domaine pratiquement toutes les conditions étaient réunies pour faire ma demande de conversion ».
Le domaine commercialise actuellement une vingtaine de références qui nous sont présentées sur 3 tables différentes selon un classement par catégorie :
- cuvées traditionnelles
- cuvées Grand Crus
- pinots noirs et cuvées spéciales

Au domaine Ginglinger, les vins de cépage comme les Grands Crus sont élevés en foudres « le respect des traditions avant tout ».
Seules quelques cuvées particulières comme Ambre et Rubis bénéficient d’un élevage moins classique en demi-muids ou en barriques.

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La table des cuvées Tradition.

Bon, il est 11 heures…et si on commençait par goûter quelques vins !

Sylvaner 2012 : aromatique nette et bien fraîche (citron, foin), bouche légère, très bien équilibrée, finale digeste avec un côté glissant très agréable.
Pinot Blanc 2012 : nez discret avec une belle franchise aromatique (fruits blancs frais), bouche plus large que le sylvaner, légère présence tannique en finale.

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Considérant les cuvées d’entrée de gamme comme une référence incontournable pour étalonner la qualité de la production d’un domaine, j’ai goûté ces deux vins avec grand intérêt et le verdict est sans appel : ce sylvaner sans esbroufe mais terriblement bien vinifié et ce pinot blanc 100% auxerrois qui m’a étonné par sa belle présence minérale m’ont donné une furieuse envie de découvrir la suite…c’est très bon signe !

Riesling 2013 : nez vif, notes de citron et de verveine, bouche tendue et fluide, finale salivante avec quelques amers nobles.
Issu d’un assemblage entre des parcelles plantées sur des sols pauvres sur Eguisheim et d’autres sur des sols plus riches autour de Herrlisheim, ce riesling droit et minéral s’exprime sur un registre très classique qui séduira les puristes du cépage.
Servi avec un plat goûteux et complexe au restaurant l’Altévic, ce vin affirmera aussi un réel potentiel gastronomique. MIAM !

Muscat 2014 : nez intense, palette florale incroyable, bouche un peu fluette avec une matière ondulante qui souffre d’un déficit de structure.
Avec son expression aromatique très flatteuse qui a fait naître des attentes un peu trop élevées quant à sa présence en bouche, ce muscat laisse une impression frustrante d’inachevé…triste conséquence de l’hécatombe « suzukii » sur les muscats d’Alsace qui auraient sûrement apporté plus de nerf et de structure à ce vin. Quel dommage !

Le temps qui passe toujours trop vite quand on passe un bon moment, me contraint à faire l’impasse sur quelques vins de la première table pour m’intéresser à la fameuse cuvée Ambre, conçue à partir d’un assemblage à parts égales d’auxerrois et de pinot gris vinifié et élevé à la bourguignonne dans des demi-muids :

Ambre 2011 : nez délicat avec une palette fruité bien mûre et un boisé discret déjà bien intégré, matière ample et large, richesse sensible mais équilibre sec, finale tonique.
Ambre 2009 : nez complexe et particulièrement charmeur, charnu et épanoui en bouche, rondeur et gras équilibrés par une belle tension, toucher soyeux et finale délicate avec un sillage aromatique très raffiné.
Ambre 2008 : nez fin et complexe, notes de fruits blancs et de pain grillé, silhouette élancée en bouche, équilibre frais, finale marquée par des notes de caramel au lait.

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Cuvée atypique, ambitieuse et travaillée avec beaucoup de soin par Mathieu Ginglinger, « Ambre » nous dépayse un peu par son côté bourguignon très explicite mais très vite on tombe sous le charme de ce vin complexe, généreux et assez facile d’accès. Après un 2008 toujours un peu marqué par le bois, un 2009 qui fait penser à d’un chardonnay de la Côte de Beaune, le 2011 montre une vraie personnalité originale et se déguste avec grand plaisir…affaire à suivre !

Sur la même table que la cuvée Ambre, le domaine nous présente ses pinots noirs :

Pinot Noir Tradition 2014 : joli nez frais et fruité, bouche juteuse et gouleyante, fine présence tannique en finale.
Récoltés sur des parcelles sur les bans d’Eguisheim et de Wuenheim, ces pinots noirs ont bénéficié d’une macération pelliculaire à froid pendant 3 jours – « pour extraire davantage d’arômes et faire baisser la température » – avant d’être entonnés dans des vieux foudres de 20 hl.
A la fois gourmand et bien charnu, ce vin qui se livre avec une grande spontanéité étonne par la pureté de son expression dans un millésime réputé compliqué pour ce cépage. Beau travail !

Pinot Noir Rubis 2005 : nez fin et complexe, silhouette fuselée, trame tannique veloutée, sillage aromatique très long avec des notes de fruits noirs bien mûrs.
Pinot Noir Rubis 2007 : nez plus évolué, fruits rouges et épices, matière bien tendue en bouche, finale un peu austère avec des tanins très fermes.
Pinot Noir Rubis 2013 : nez charmeur avec de fines notes de torréfaction qui laissent rapidement la place à de beaux arômes de fruits noirs (mûre, cassis), jus fruité et concentré en bouche, trame tannique solide mais sans agressivité.

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Née sur une vieille vigne plantée sur le lieu-dit « Striebicher » (au bas de l’Eichberg) cette cuvée a été élevée durant 12 mois en barriques.
Dégusté dans la force de l’âge mûr, le superbe 2005 confirme que ce millésime a été particulièrement favorable à la réussite de grands pinots noirs en Alsace. Le 2007 qui se goûte encore bien semble néanmoins avoir dépassé son apogée alors que le 2013 qui développe sa matière riche et équilibrée avec une pointe d’insolence semble bien parti pour rivaliser avec le 2005. Très prometteur !


Pour finir, je fais une ultime halte à la table des Grands Crus pour découvrir les rieslings Grand Cru Ollwiller et Eichberg.
Toujours un peu contraint par un timing serré – l’heure du repas à L’Altévic approche – je fais l’impasse sur les autres cépages et sur les vins du Pfersigberg où le domaine propose une cuvée de pinot gris et une cuvée de gewurztraminer…une autre fois peut-être !

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La table des Grands Crus

Riesling Grand Cru Ollwiller 2013 : nez complexe et fin avec une palette très originale sur la fougère et les épices, droit et altier en bouche, finale salivante avec un sillage délicatement épicé.

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J’ai retrouvé avec beaucoup d’intérêt ce Grand Cru rare dont je ne connaissais que l’interprétation particulière de Thomy Brucker…un peu trop moelleuse à mon goût. Avec sa silhouette élancée et racée et son expression aromatique classieuse, le riesling Ollwiller de Mathieu Ginglinger nous emmène dans un autre univers et même si on sent encore un petit déficit de profondeur (pour un G.C. du moins), il est évident que ce vigneron est en train de mettre à jour le potentiel encore trop méconnu de ce terroir.

Riesling Grand Cru Eichberg 2014 : nez bien ouvert, notes zestées et minérales, matière ample et large, fine tannicité, fin de bouche plus élancée avec une belle longueur aromatique.
Riesling Grand Cru Eichberg 2013 : nez bien en place, palette classique sur les agrumes frais, bouche généreuse mais bien équilibrée, présence saline marquée en finale.
Riesling Grand Cru Eichberg 2010 : nez noble et complexe, délicatement miellé avec des évocations florales et quelques nuances terpéniques, matière assez riche qui s’affine et s’allonge progressivement, finale tendue avec un retour aromatique long, notes persistantes de miel et de pierre chaude
Riesling Grand Cru Eichberg 2002 : nez complexe, citronné et minéral, matière plus svelte en bouche, acidité plus souple qui peine un peu à tenir la structure, sillage aromatique fin et raffiné…mais un peu court.

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Les 3 étiquettes de la verticale sur l’Eichberg.

Cette petite verticale sur le terroir de l’Eichberg nous a offert des rieslings qui s’expriment sur un registre presque archétypique : des notes d’agrumes, un fond terpénique et balsamique, une structure assez large mais qui s’allonge en finale et une belle présence minérale.
Si on excepte le 2002, un peu trop évolué pour moi – mais je ne goûte pas bien les vins vieux – je dois avouer que les Eichberg du domaine Ginglinger m’ont vraiment comblé…des rieslings comme j’aime !


Avec des racines familiales profondément ancrées dans l’histoire vinicole du village, Mathieu Ginglinger poursuit l’œuvre de ses ainés en produisant des vins de haute tenue.
Armé d’une solide expérience et d’une indéfectible volonté de progresser, ce vigneron a choisi l’exigence de la culture biologique pour ses vignes et effectue un travail en cave qui allie tradition et modernité pour permettre à chaque cuvée de laisser s’exprimer au mieux le terroir qui l’a vu naître.
Mathieu Ginglinger s’investit également dans des opérations de communication : certaines comme aujourd’hui destinées à faire connaître la production de son domaine et d’autres plus globales pour mettre en avant la qualité des vins nés sur les coteaux d’Eguisheim, comme cette présentation des Grands Crus Eichberg et Pfersigberg organisée à son initiative à l’occasion du
« Salon des Grands Vins Blancs 2014 » de Strasbourg.

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Une sélection de pépites sorties pour l’occasion de la réserve du domaine.

En découvrant les vins du domaine j’ai eu l’impression qu’ils partageaient un certain nombre de caractéristiques communes : finesse, classicisme et buvabilité sont des qualités qu’on retrouve dans chaque bouteille de la gamme.
Bref, voilà des vins que l’on crache difficilement et qu’on regoûte toujours avec grand plaisir.
J’ai été content de pouvoir déguster des rieslings de l’Ollwiller (ici et au restaurant) et de constater que Mathieu Ginglinger avait su faire parler l’originalité de ce terroir dans ces deux cuvées.
Si le riesling Eichberg 2010 s’impose sans discussion comme coup de cœur absolu de cette matinée, je donnerais volontiers un accessit à la cuvée de pinot noir Rubis 2013, très convaincante lors de la dégustation en cave et vraiment magnifique au restaurant face à une poitrine de cochon caramélisée. MIAM !
Avis aux amateurs de grands pinots noirs qui ne peuvent plus accéder aux crus bourguignons, le Sundel de Christian Beyer, les Rocailles de Michel Ginglinger et le Rubis de Mathieu Ginglinger vous offrent des alternatives de luxe qu’il ne faut rater sous aucun prétexte…et c’est un fan de longue date de la Bourgogne qui vous le dit !

Merci à Mathieu Ginglinger et son équipe pour cette matinée riche en découvertes.

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Ambiance chaleureuse et traditionnelle au caveau du domaine Ginglinger.

 

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