Nouvelle visite au domaine Bohn à Reichsfeld

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Après une matinée passée au domaine Deiss je repars avec mes deux compagnons d’échappée en direction de Reichsfeld où notre ami Bernard Bohn nous attend pour nous faire goûter quelques vins nés sur les terroirs de schistes et de grès qui entourent son village.

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Le Schieferberg et les premières maisons de Reichsfeld

Situé au fond d’une vallée verrouillée par l’imposant massif de l’Ungersberg, Reichsfeld est un village pittoresque où personne ne passe par hasard mais les amateurs de vins originaux et authentiques ont enregistrés depuis très longtemps l’adresse du domaine Bohn dans la mémoire de leur GPS…et pour ce qui me concerne, ma voiture trouve le chemin toute seule.
Hoppla…je mets le pilote automatique et c’est parti !

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Le clocher du village et l’Ungersberg à l’horizon


Comme nous avons du pain sur la planche – la gamme actuelle du domaine comporte plus de 30 références – nous partons immédiatement en direction du caveau pour commencer notre dégustation…accrochez-vous, ça va dépoter !!!

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Début de dégustation dans le caveau du domaine Bohn.


Sylvaner Vieilles Vignes 2013 : nez pur et discret, présence en bouche très élégante, équilibre sec et belle salinité en finale.
Sylvaner Indigène 2014 : aromatique fraîche et complexe, notes de fruits blancs mûrs, de cire d’abeille et de fleur de sureau, matière riche et épaisse en bouche, équilibre harmonieux avec des tanins bien intégrés.
Issu d’un assemblage à parts égales de jus provenant de vignes sur grès et de jus provenant de vignes sur schistes, le sylvaner 2013 s’exprime de façon assez classique et nous séduit par sa gourmandise et sa spontanéité.
Déjà goûtée en 2016, l’étonnante cuvée « Indigène » 2014, née sur un terroir de schistes et travaillée « à l’ancienne » (macération des raisins entiers durant 1 mois et vinification et élevage « nature » en barriques durant 12 mois) nous emmène loin des codes esthétiques du sylvaner pour nous faire entrer dans le monde des vins de gastronomie.
Voilà deux vins qui assument fièrement leur caractère !


Crémant Extra Brut-Nature 2007 : nez délicat sur les fruits blancs (pomme, coing frais) et la brioche au beurre, matière très vineuse avec un joli gras, bulle fine, finale sapide avec des amers nobles.
Crémant Extra Brut-Nature 2005 : nez ouvert et flatteur, palette un peu « régressive » avec d’intenses arômes de bonbons aux fruits rouges et de grenadine, présence en bouche suave et profondément fruitée, arômes de grenadine qui s’intensifient, finale sur les fruits rouges et les épices douces.
Crémant Brut : nez pur mais assez discret, notes de fruits blancs accompagnées de petites nuances florales très raffinées, équilibre frais, présence très suave en bouche, mousse onctueuse, finale digeste.

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Dans la famille des crémants, Bernard Bohn nous propose également 3 styles de vins bien identifiés : un brut charmeur et gouleyant à souhait, un 2005 épanoui et bien charnu – mon préféré, mais je ne suis pas un puriste de la « bulle » ! – et un 2007 plus austère mais d’une grande vinosité.
Voilà une jolie triplette qui ne manquera pas d’inspirer tout gastronome désireux d’accompagner un repas de fête.


Riesling Grand Cru Muenchberg 2012 : nez dominé par des notes boisées et fumées, très belle présence en bouche avec une matière dense, une texture bien grasse, une armature minérale puissante et une finale longue mais toujours très marquée par l’élevage (bois et épices).
Elevé pour 30% en fûts d’acacia et pour 70% en foudres, ce Grand Cru affirme son statut en développant une belle énergie en bouche mais pour l’heure son expression aromatique est vraiment perturbée par son élevage original mais trop impressif.
C’est un vin qu’il faudra attendre impérativement.


Riesling Oberhagel 2012 : nez discret, notes de pomme mûre et d’épices douces, ample et rond en bouche, léger CO2, finale courte et un peu déstructurée.
Riesling Oberhagel 2013 : nez séduisant, miel de fleurs et fruits exotiques, matière généreuse, belle charpente acide, grain tannique sensible, sillage minéral et épicé.

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Riesling Schieferberg 2009 : nez ouvert et agréable, palette bien fraîche, menthe verte et aspérule odorante, matière assez riche, silhouette élégante tenue par une structure minérale solide, finale désaltérante, long sillage sur le citron mûr et la chlorophylle.

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Riesling Oberhagel 2000 : nez bien expressif, palette complexe qui rappelle celle du 2009, matière souple et déliée, équilibre sec, finale très saline, long sillage minéral (silex, fumée).
Ce quatuor de rieslings nous permet de voir comment le vieillissement permet aux vins du Schiferberg de révéler l’empreinte saline de leur terroir.
Le 2013 est très prometteur avec des éléments constitutifs solides et une minéralité racée alors que le 2009 se trouve dans la force de l’âge mûr et nous régale par sa complexité aromatique et son étonnante fraîcheur. MIAM !
Avec se 15 ans révolus, le 2000 se livre corps et âme dans le verre en dévoilant la nature profonde du Schieferberg.
« C’est le meilleur vin que j’ai fait jusqu’à maintenant » nous dira son concepteur ».
Un peu pénalisé par une vinification expérimentale, le 2012 déçoit à l’heure actuelle…il lui faudra peut-être un peu de temps pour sortir mauvaise passe.


Vin de France Char’Bohnais 2014 : nez discret (noisette, fruits blancs, beurre frais), matière ample avec un gras très bourguignon, équilibre sec, élevage intégré, finale bien tenue.
Cette cuvée originale créée il y a quelques années par Bernard Bohn a conquis sa place dans la gamme du domaine. C’est un chardonnay vinifié à la bourguignonne qui va dérouter le puriste mais qui trouvera facilement son public parmi les amateurs de blancs de gastronomie.


Oberhagel Hors d’âge : nez discret mais d’une belle complexité, matière pleine, énergie virevoltante, finale longue et saline.
La nouvelle cuvée expérimentale imaginée par Bernard résulte d’un assemblage de 6 barriques de 6 millésimes différents, le plus vieux vin étant de 2007.
C’est un vin dense, cohérent et parfaitement équilibré, qui n’est pas encore commercialisé mais que je suivrai avec grand intérêt.


Pinot Noir Tradition  2011 : fruité intense au nez, belles notes de framboise, suave et bien glissant en bouche, finale fraîche et digeste avec un sillage persistant sur les petits fruits rouges.
Pinot Noir Les Roches Rouges  2011 : nez discret et raffiné, notes de fruits rouges avec une fine touche fumée, matière concentrée, équilibre droit, structure virile, tanins encore très saillants en finale.
Pinot Noir 2016 : nez un peu « dissuasif » marqué par la réduction, matière lisse et juteuse en bouche, équilibre dynamique, finale salivante.
Les pinots noirs du domaine Bohn m’ont déjà étonné à plus d’une reprise lors de dégustations consacrées à ce cépage (ICI ou LA) et ces 3 cuvées semblent bien parties pour marcher dans les trace de leurs aînés avec un « Tradition » d’une irrésistible gourmandise, un « Roches Rouges » taillé pour la garde (élevage 14 mois en barriques) et un 2016 plein de belles promesses (en cours d’élevage dans des fûts de chêne avec un fond en merisier).


Muscat Rosé 2013 : nez très aromatique (raisin frais, fraise des bois), vineux et fruité en bouche, petit grip tannique et amers salivants en finale.

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Muscat 2014 : loquace et très charmeur au nez, palette complexe sur le raisin frais et les fleurs sur un fond légèrement citronné, belle présence en bouche avec une matière très charnue, finale fraîche et désaltérante.
Le muscat 2014 est une vraie friandise alliant une belle expressivité aromatique et un caractère très appétant en bouche alors que la version de 2013 – vinifié après une macération de 3 semaines de muscats égrappés – nous emmène une fois encore hors des sentiers battus avec sa robe saumonée et sa présence en bouche dont la vinosité et la texture en étonnera plus d’un. MIAM !


Pinot Gris Schieferberg 2008 : nez charmeur et bien ouvert, notes de pêche blanche et d’herbes aromatiques, matière sphérique en bouche, finale très digeste avec un petit grip tannique et un sillage bien frais sur la chlorophylle.

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Après plus de 8 années de garde, ce pinot gris semble avoir atteint son plateau de maturité optimale et nous gratifie d’un joli récital sensoriel : une aromatique suave et une matière élégante profondément marquée par la minéralité du schiste…bref, un vrai régal !


Schieferberg Zéro 2015 : nez un peu austère mais palette complexe, notes de rafle et de marc à l’ouverture puis développement aromatique sur les fruits (griotte, pamplemousse), matière ample, texture épaisse, maillage tannique fin mais sensible, salinité intense en finale.
Cette cuvée a été réalisée à partir de 50% de rieslings et 50% de pinots gris laissés en macération par grappes entières durant 4 semaines avant pressurage et vinifiés « nature » (pas d’intrants, pas de SO2, utilisation de la gravité pour le transport des jus…).
Malgré son nez pas trop flatteur, ce vin étonne par sa consistance et sa force minérale.


Gewurztraminer 2015 : nez ouvert et séduisant, parfums de rose sur fond d’arômes exotiques (litchis), matière souple et gourmande en bouche, sillage complexe et persistant.
Voilà une bouteille de gewurztraminer qui s’exprime avec un classicisme parfait et qui montre que chez les Bohn on sait également produire de très beaux vins dans un style plus conventionnel. MIAM !


La Délicieuse 2007 : nez riche et complexe, notes d’abricot confit, d’épices douces sur un fond d’agrumes bien mûrs, matière suave, silhouette très élégante en bouche, finale tonique, sillage fruité et délicatement réglissé.

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Cet assemblage de gewurztraminers (60%) et de rieslings (40%) récoltés en sur-maturité, s’exprime aujourd’hui avec beaucoup de spontanéité tout en révélant une matière bien posée et un caractère très serein…un délice !


Lumière de Feu 2004 : nez fin et distingué, belle palette florale avec de petites touches oxydatives, matière suave et caressante en bouche, finale très longue, sillage aromatique très complexe, notes de citron confit, de pâte d’amande, de crème pâtissière…

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Cet assemblage original (60% gewurztraminer + 30% riesling + 10% pinot gris) qui a été élevé durant 5 années en fûts sur lies et sous voile, se révèle de plus en plus élégant et raffiné en vieillissant.
C’est un vin qui ne ressemble à nul autre – surtout pas à un cru alsacien – mais qui se goûte avec bonheur aujourd’hui tout en laissant deviner de très belles perspectives d’évolution dans les années à venir. MIAM !


Gewurztraminer SGN 2000 : nez exubérant et complexe, notes de raisin de Corinthe, de figue séchée, d’épices orientales…, matière concentrée, structure ample et sphérique, finale riche, rémanences fruitées et épicées très persistantes.
Avec ses 16 ans bien frappés ce gewurztraminer nous gratifie d’une symphonie aromatique et d’une présence pleine et gourmande en bouche.
Magnifique !!!

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Je crois qu’on a bien travaillé !

 

Pour conclure :

- Depuis ma première visite en 2012, c’est toujours avec le même plaisir que je vais me promener du côté de Reichsfeld pour saluer l’ami Bernard et partager quelques belles sensations œnophiles en compagnie de ses vins.
J’aime bien ce charmant village situé au bout du monde et je suis toujours impatient d’aller goûter les dernières créations de ce vigneron qui a pris la bonne habitude de produire quelques cuvées qui bousculent les codes classiques de l’esthétique alsacienne.
« Le jour où je n’aurai plus envie d’essayer quelque chose de nouveau, ce sera l’heure de prendre ma retraite ».
Ceci dit, j’ai bien l’impression que Bernard n’est pas prêt d’abandonner ses vignes et sa cave…même si son fils Arthur qui travaille à ses côtés représente une solide garantie pour assurer sa succession en pérennisant l’esprit novateur qui caractérise ce domaine : le « jeunot » a déjà signé quelques vins qui ont fière allure…comme ce superbe Riesling Obehagel 2013 qui m’a vraiment impressionné aujourd’hui.

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Un conseil plein de sagesse que je vais suivre sans hésiter

- Dans cette gamme assez « ébouriffante » on trouve des cuvées classiques qui révèlent des matières bien mûres structurées par de belles trames minérales mais aussi des vins plus expérimentaux qui vont interpeler le dégustateur en l’emmenant vers de nouveaux horizons gustatifs.

- Pour les coups de cœur du jour, je choisirai en premier lieu le très beau riesling 2013 d’Arthur dont j’ai déjà parlé plus haut – un vin encore loin de son apogée mais déjà profondément imprégné par l’esprit des schistes du Schieferberg – mais j’ai également été séduit par le riesling 2009 et le pinot gris 2008, tous deux issus du Schieferberg, qui nous donnent une interprétation magistrale de ce grand terroir de Reichsfeld en passe d’être classé 1° Cru.
- Pour finir, je voudrais signaler une fois de plus, l’exceptionnel rapport qualité/prix offert par les vins du domaine Bohn : à titre d’exemple, le riesling 2009 et le pinot gris 2008 sont à moins de 10euros…à ce niveau de qualité c’est un vrai cadeau !

- Mille mercis à Bernard Bohn pour sa disponibilité et sa gentillesse.

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Retour at home avec la flèche de la cathédrale en point de mire.

Commentaires (1)

1. Schmitt 03/08/2017

Salut pierre
Christine et moi avons visité le domaine bonh hier. Cest cool on a l'impression d'y être encore aujourd'hui en te lisant.
Je confirme le rapport qualité prix est excellent et accueil (Arthur) est très convivial.
Une petite erreur néanmoins dans ton article la délicieuse c'est 40% de pinot gris. Comme quoi je lis jusqu'au bout.

Bonnes vacances martial

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