Périple sudiste 2013 - Domaine Danjou-Banessy

PERIPLE SUDISTE 2013


C’est toujours avec le même plaisir que je m’engage dans la troisième édition de mon périple annuel dans les vignobles du sud car, en plus du retour prochain de l’été et des beaux jours, il annonce toujours des rencontres humaines enrichissantes et de belles découvertes viniques.
Le programme 2013 est particulièrement dense puisque, en 5 journées je vais me promener tour à tour près de la colline de l’Hermitage, dans le Roussillon, dans le Languedoc, en Provence et en Ardèche…qui m’aime me suive !

Journée « studieuse » au pied du Canigou
Domaine Danjou-Banessy à Espira de l’Agly

Après cette petite séquence de dégustation au domaine Padié effectuée en dehors du programme prévu par notre organisateur, nous avons fini par accumuler plus d’une heure de retard dans notre horaire prévisionnel : il est bien plus de 17 heures et notre rendez-vous au domaine Danjou-Banessy à Espira de l’Agly était fixé à 16 heures…alors fouette cocher, il va falloir remonter le temps !

Avertis par Dany de ce contretemps, les frères Danjou nous reçoivent souriants et détendus, dans leur maison où de gros travaux de transformation sont en cours.

86747640-o.jpgBenoît et Sébastien Danjou au milieu du chantier…

Le programme de restructuration de leurs locaux professionnels leur permettra d’évoluer dans des volumes plus spacieux et plus fonctionnels…mais pour l’heure ils sont obligés de se débrouiller car dans ces conditions matérielles provisoirement précaires « c’est difficile car la moindre opération de cave est compliquée à mettre en œuvre…vivement la fin des travaux ! ».

En se faufilant entres cuves et échafaudages nous arrivons quand même à nous rendre dans le caveau de dégustation pour déguster quelques cuvées produites au domaine.

86747680-o.jpgDans le caveau de dégustation en compagnie des deux frères.

La Truffière VDP des Côtes Catalanes blanc 2011 : le nez très discret semble encore un peu fermé, en bouche la matière dense et juteuse est tenue par une acidité pure et tendue, la finale laisse persister de belle notes vanillées et finement fruitées.
Avec sa mise récente, cette cuvée issue de carignan gris sur un terroir de schistes à base calcaire, révèle une aromatique encore très fermée mais montre une présence en bouche de très grande classe. Grand MIAM à venir !

Coste Côtes du Roussillon blanc 2011 : le nez est discret mais déjà bien complexe, on y décèle des arômes de fruits blancs, d’amande fraîche et de craie, la bouche est d’un abord très avenant avec une texture bien glissante mais très vite la marque minérale se manifeste et se combine avec une délicate amertume pour donner un côté particulièrement sapide à la finale.
Cette cuvée 100% maccabeu, née sur un terroir à base calcaire riche en galets roulés, allie la gourmandise d’un fruit bien mûr et une présence minérale dont on ne ressent que les prémisses aujourd’hui.
Avec cette cuvée, les jouisseurs impatients pourront se régaler dès maintenant mais les amoureux de l’expression du terroir devront encore patienter un peu.

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Roboul  Côtes du Roussillon rouge 2010 : le nez est élégant sur un registre très « noir » avec ses notes de myrtille, d’olive et de mine de crayon, la bouche est puissante avec une matière généreuse mais sans lourdeur, la finale est assez vive avec une trame tannique fine mais bien présente.
Issue de jeunes vignes de mourvèdre et de grenache sur un terroir de galets roulés et de tuffeau, cette cuvée marque les esprits par l’élégance très classique de son expression aromatique et par le raffinement qui se dégage de sa matière dense et juteuse.

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La Truffière Côtes du Roussillon Villages rouge 2011 : l’olfaction est complexe avec des notes d’agrumes et une minéralité déjà très sensible, en bouche la matière est dense et puissante et la finale soutenue par une trame tannique serrée confirme le caractère minéral perçu au nez.
Conçue à partir de grenaches (vigne de 60 ans) et de carignans (vigne de 80 ans) récoltés sur des terroirs de schistes et travaillés en vendange entière, cette cuvée pleine de sève est imprégnée d’une marque minérale déjà bien profonde. Sa jeunesse et sa mise récente (il y a 3 semaines) lui confèrent un côté encore un peu sauvage mais les éléments en place sont plus que prometteurs…un peu de patience et le plaisir sera total !

Estaca VDP des Côtes Catalanes rouge 2010 : le nez est discret et raffiné avec des notes d’agrumes, de graphite et un fumé délicat, la bouche possède une chair opulente appuyée sur une structure puissante, la finale est longuement aromatique mais les tannins très virulents lui confèrent un côté un peu austère.
Cette cuvée issue d’une parcelle de grenaches centenaires sur schistes et travaillée en vendange entière est un monstre d’énergie : l’extrême densité de la matière et la violence de sa trame tannique en font bien évidemment un vin de très longue garde…Je pense qu’il lui faudra une bonne décennie en cave et peut-être la compagnie d’un daube provençale bien goûteuse pour l’assagir.

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Pour poursuivre notre tourd horizon de la production du domaine, Benoît nous invite à déguster les vins en cours d’élevage :

Carignan 2012 : le nez est très surprenant avec des notes de fumé, de pierre à feu…et de pomme chips, l’attaque en bouche est avenante, la matière est riche et tonique, la finale ne semble pas encore tout à fait en place avec une aromatique un peu écourtée et une présence tannique bien rugueuse.
Cette vieille parcelle complantée mais à dominante carignan a engendré une cuvée qui s’exprime de façon très virile en ce moment : ce vin qui est en train de se faire n’a visiblement pas apprécié qu’on le dérange. Bien costaud mais bougon !

La Truffière Côtes du Roussillon Villages rouge 2012 : le nez est fin et discret avec des notes d’élevage sensibles, assez ronde à l’attaque la matière montre une belle concentration avec une structure acide solide, la finale est marquée par des arômes lactés (un peu caramel au lait) et par une trame tannique très virulente.
Cette cuvée est issue d’une vendange entière comme pour le 2011 mais est élevée en demi-muids neufs. La marque de l’élevage est perceptible mais le jus est très beau : grande densité, belle colonne vertébrale acide et tannins solides…on peut voir l’avenir avec confiance !

Estaca VDP des Côtes Catalanes rouge 2012 : le nez est fin et complexe avec de belles notes de fruits noirs et un boisé noble, la bouche est riche, puissante et concentrée avec une trame tannique très épaisse qui donne un côté assez rustique à la finale.
L’énergie débordante de cette cuvée élevée en bois neuf peut surprendre…et peut-être même agresser un peu les palais peu familiarisés avec ce type de vin. Mais on n’est qu’au début de l’élevage…Patience !

Mirande Syrah 2011 : le nez est superbe de finesse et de complexité avec ses notes de graphite, d’encre et une délicate touche fumée, la bouche est bien en place, dense mais très élégante avec une trame tannique serrée mais très mûre et une finale assez pointue qui revient sur des nuances fumées.
Récoltée sur un terroir argilo-calcaire cette syrah s’exprime déjà avec beaucoup de classe au niveau de l’aromatique (en fait elle me fait un peu penser à Pey Cherres d’Eric Supply), par contre elle a conservé la structure solidement charpentée qu’on retrouve dans les vins de ce domaine…MIAM aujourd’hui et surement bien plus dans quelques années !

Cinsault 2011 : le nez est discret et bien mûr sur la cerise à l’eau de vie, l’amande et le cacao amer, la tenue en bouche est de toute beauté avec une chair savoureuse tenue par une trame tannique fine mais solide.
Avec cette étonnante cuvée 100% cinsault on entre dans un autre univers aromatique, nettement plus solaire, mais la matière reste bien équilibrée avec une ossature tannique qui tient solidement l’ensemble.
Grâce à la qualité du travail des frères Danjou, ce cépage surtout connu pour produire de petits rosés légers (souvent fluets ou faméliques d’ailleurs…), a généré un vrai vin de terroir, profond et structuré. Belle surprise !

Malgré notre retard initial nous avons pu faire un joli tour d’horizon de la production du domaine Dabjou-Banessy…bien sûr il reste la gamme des Rivesaltes Rancio mais là il va nous falloir être raisonnable et remettre cette série pour une prochaine visite…
Juste pour exciter notre curiosité et créer le désir…Benoît nous sert un dernier verre :

Rancio Rivesaltes 2000 : le nez raffiné et évolutif s’ouvre avec des notes de raisin de Corinthe avant de développer un registre complexe sur les épices douces, le caramel, le tabac blond…, la bouche très charnue possède un grain velouté tout en gardant un équilibre très tonique, la trame tannique est fine mais bien présente et la finale très longue laisse un sillage où se mêlent des notes de raisin confit et de noix..
Wouah ! Malgré ses 12 ans bien sonnés qui ce Rivesaltes possède une énergie vitale fantastique même si la grande complexité aromatique trahit les premiers effets de la patine du temps…
Si les frères Danjou voulaient nous faire regretter d’avoir été obligés d’écourter notre dégustation, c’est pleinement réussi…mais nous reviendrons, foi d’alsaco !

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Avec cette visite un peu écourtée chez les frères Danjou, nous terminons notre journée au pied du Mont Canigou de la plus belle façon qui soit : des vignerons accueillants et généreux qui parlent avec passion et sincérité de leur métier et de leurs vins…, que demander de plus !
Benoît (vigneron à plein temps) et Sébastien (professeur d’anglais et vigneron) mettent en commun leurs convictions et leurs énergies pour perpétuer une tradition viticole familiale en essayant de mettre en lumière la diversité des terroirs autour de leur village d’Espira de l’Agly.
Leurs vignes sont travaillées en suivant les préceptes de la biodynamie (sans revendiquer un label officiel). La taille et l’ébourgeonnage sévère permet un contrôle strict des rendements (20 à 25 hl/ha en moyenne) et la qualité des fruits récoltés offre la possibilité à ces vignerons de privilégier les vinifications en vendange entière.
En cave, les interventions œnologiques sont réduites : les jus effectuent leurs fermentations sans ajout d’intrants (sucres, levures…) et les vins ne sont ni collés ni filtrés. Après des élevages longs les vins sont très légèrement sulfités à la mise.
Dans toutes leurs interventions à la vigne comme en cave les frère Danjou recherchent une vraie proximité « physique » entre l’homme, la nature et le vin : à la vigne ils sont adeptes des outils traditionnels comme le sécateur à main ou la pioche et en cave ils privilégient l’utilisation de la gravité pour leurs opérations…leur nouvelle cave à plusieurs niveaux est conçue pour faciliter ces pratiques.

Leurs vins blancs sont des modèles d’équilibre avec une trame minérale qui imprègne leur structure dès leur plus jeune âge.
Les rouges sont complexes avec des matières denses, des expressions de terroir très profondes et des structures tanniques extrêmement solides.
Plus montagnards que méditerranéens ces différents crus exigent de la patience avant de révéler leur vraie nature.
L’impression de plénitude et de raffinement laissée par la seule cuvée Rancio dégustée m’a fait vraiment regretter que le temps soit passé un peu trop vite durant cette belle après-midi…voilà encore une nouvelle adresse à graver dans mon carnet de voyage vinique.

Notre longue journée dans le Roussillon se termine avec cette rencontre à Espira de l’Agly, il ne me reste plus qu’à redire ma reconnaissance à notre guide, pour le choix de ses adresses et pour la qualité irréprochable de son organisation.
Merci Dany…et à l’année prochaine, ou peut-être avant, en Alsace, qui sait…

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