Présentation des Grands Crus d'Alsace au Château de Kientzheim - Edition 2015

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Après une édition 2014 organisée dans les salons de l’hôtel Hilton à Strasbourg, la Présentation des Grands Crus d’Alsace 2015 a retrouvé son cadre historique traditionnel à Kientzheim dans ce magnifique Château où siège la Confrérie Saint Etienne.
Grâce à un congé, octroyé pour une convalescence après une intervention chirurgicale, j’ai pu remplacer ma journée de rentrée par une petite virée œnophile dans le Haut-Rhin…quoi de mieux que de se refaire une santé en sirotant quelques vins nés sur les plus beaux terroirs alsaciens !

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Kientzheim et son Château en automne…la saison touristique est bien terminée !

En guise de mise en condition j’ai proposé à Cyril, mon compagnon d’escapade, de faire une petite promenade apéritive sur le coteau du Rosacker, histoire de prendre quelques photos pour illustrer mon futur article consacré à ce Grand Cru.
Après une petite heure dans la brume et l’herbe humide des vignes de Hunawihr nous avons rejoint Kientzheim et son château pour effectuer notre deuxième mission du jour : goûter une série de Grands Crus alsaciens et rencontrer les vignerons qui les produisent.

Face à une offre vinique aussi pléthorique – une soixantaine de domaines – le dégustateur amateur est toujours un peu déboussolé : par où commencer et comment choisir ?
Nous avons passé près de quatre heures à nous promener dans les trois étages du château et nous avons dégusté chez une bonne quinzaine de vignerons...performance modeste certes, mais je pense que nous avons quand même de quoi nous faire une petite idée de la qualité des derniers millésimes en Alsace !
Comme souvent dans ce type de manifestation, ma prise de notes est un peu trop lapidaire pour permettre la rédaction de commentaires détaillés : je vais donc me contenter de vous livrer quelques impressions générales ainsi qu’une petite sélection tout à fait subjective de bouteilles qui ont attiré mon attention aujourd’hui.

Les crus du Bas-Rhin

Malgré leur jeune âge, les Engelberg de Jean-Marie Bechtold sont déjà bien expressifs : le riesling 2013 incisif et citronné parle haut et fort, le riesling 2012 est un peu plus apaisé avec des nuances aromatiques plus douces (agrumes et miel d’acacia) et une salinité naissante et les deux pinots gris qui ont bénéficiés d’élevages prolongés en fûts étonnent par leur droiture et leur belle tenue en bouche.

Les rieslings de l' Altenberg de Wolxheim présentés par Bruno Schloegel, actuel Grand Maître de la Confrérie, sont de grands vins secs avec des matières très concentrées qui prouvent que ce terroir est sûrement l’un des plus qualitatifs du Bas-Rhin : le riesling 2014 présente un contraste intéressant entre une aromatique délicate et florale et une présence très puissante en bouche, le riesling 2012 commence à exprimer la race du Grand Cru par sa complexité aromatique (zestes, petits fruits rouges, épices) et sa puissante salinité.

Plus classiques et plus posés, les rieslings du Bruderthal de Gérard Neumeyer, sont de vrais séducteurs : le riesling 2014 est franc, longiligne et finement citronné, le riesling 2013 possède une aromatique assez délicate (brioche au citron, miel de fleurs) mais sa constitution est plus puissante avec une structure vive et droite.

La première vraie découverte de la journée furent les crus du Zotzenberg de Fernand Seltz : présentés dans des bouteilles luxueuses, le sylvaner 2014 ample, dense et marqué par de beaux amers minéraux manque juste d'un peu de tension pour être vraiment top, avec son aromatique sur les agrumes frais et sa belle salinité le riesling 2013 est vraiment irréprochable...et que dire de l'incroyable riesling 2004, où j'ai vainement cherché les classiques arômes de persil ou de gentiane (histoire de faire le malin...) et qui s'est montré d'une précision et d'une pureté inouïes.

Chez Guy Wach, nous avons goûté des rieslings Kastelberg un peu mutiques mais toujours aussi amples et profonds : le riesling 2013 fermé à double tour mais puissant et le riesling 2012 où on commençait à percevoir les nuances minérales particulières de ce terroir de schistes (pierre à feu, fumée).
Les rieslings Wiebelsberg se sont montrés nettement plus sociables : notes d'agrumes mûrs, rondeur confortable et finale élégante pour riesling 2013, suavité et structure très élancée pour le riesling 2012.

Juste pour le plaisir nous avons fait une petite halte à la table du domaine Hubert Metz, histoire de vérifier que le riesling 2012 du Winzenberg était toujours à la hauteur de la belle impression qu'il avait laissée lors de notre session A.O.C. de juin 2015. On a retrouvé cette matière juteuse et bien gourmande, cette acidité fine et tendue...pas de doute, c'est toujours aussi bon !

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Les vignerons bas-rhinois présentaient leurs vins dans le grand caveau du château.


Les crus du Haut-Rhin

La première étape dans la grande salle Dreyer du premier étage, nous conduit chez Etienne Sipp (domaine Louis Sipp), pour goûter le riesling 2013 du Kirchberg de Ribeauvillé auréolé de son récent succès au Trophée Régional Decanter 2015. Ce vin qui s'exprime avec une grande retenue nous impressionne par sa trame minérale intense avec une présence saline très tactile...une quintessence de terroir !
Le riesling 2010 arrive dans une phase plus paisible et nous séduit par son aromatique délicate sur les agrumes frais et son toucher de bouche plus sensuel avec une minéralité toujours très présente mais plus affinée.

Au domaine Jean Becker, nous dégustons un riesling 2014 du Schoenenbourg, particulièrement loquace et sûr de sa force, opulent, profond, miellé et citronné. La belle surprise viendra cependant d'un terroir un peu moins célèbre (et bien plus petit en terme de superficie), le Mandelberg, avec un riesling 2012 bien droit mais d'une grande élégance, qui s'exprime avec noblesse (notes de zestes et touche minérale racée) et dont les fins amers rendent la finale très digeste.

Mittnacht-Klack est un domaine de Riquewihr bénéficiant d'un longue et solide réputation mais dont je n'avais que très peu goûté de vins jusqu'ici. En considérant la qualité des Schoenenbourg présentés aujourd'hui, je me rends compte qu'il était grand temps de combler cette lacune : le riesling 2012, droit, ample et salin est déjà superbement équilibré, le riesling 2010, intensément minéral, présente une silhouette fuselée et une finale longuement aromatique, enfin, le riesling 2007, magnifique de plénitude, qui nous a impressionnés par son équilibre idéal entre souplesse et minéralité...quelle élégance !
Après ce beau trio le riesling 2012 du Sporen a gaillardement tenu sa place avec un nez riche et complexe, une présence en bouche affirmée et un salinité marquée qui rafraîchit une finale délicatement mentholée.

Au domaine Paul Blanck on a pris l'habitude de commercialiser les Grands Crus après quelques années de vieillissement mais Philippe Blanck nous invite quand même à découvrir le riesling 2014 du Schlossberg présenté en magnum pour l'occasion : un vin puissant dans sa structure et discret au niveau de son expression aromatique avec une énergie encore incandescente que le temps calmera sans aucun doute. Son ainé de 2011 fait montre d’une réelle sérénité avec une matière généreuse mais très bien équilibrée alors que le riesling 2011 du Furstentum joue la carte du charme avec une silhouette longiligne et une structure souple et élégante. Issu d’une très vieille vigne (presque centenaire) au rendement minuscule (moins de 20 hl/ha) le riesling Sommerberg 2012 peut dérouter l’amateur par sa concentration et sa puissante salinité.

Le riesling Kaefferkopf 2014 du domaine Maurice Schoech est un modèle d’expressivité sur granit : nez complexe, riche et très ouvert, acidité fine mais bien traçante, silhouette longiligne et grande buvabilité. Avec le riesling Rangen 2014 on entre dans un autre univers : le nez est assez fermé avec des notes florales et un fumé subtil mais la matière en bouche donne une impression de puissance peu commune avec une acidité rectiligne très marquée et un longue finale grillée/fumée.

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Les crus du centre Alsace étaient présentés au premier étage dans la salle Dreyer.

La halte à la table du domaine Barmes-Buecher nous a permis de découvrir les riesling Grand Cru 2013 issu du Hengst et du Steingrubler : le premier est encore très fermé et s’exprime de façon très discrète mais le jus est concentré et la colonne acide bien vive, le second est plus loquace et plus facile d’accès avec une aromatique bien mûre et une matière charnue dont la structure se tend progressivement.
Nous regoûterons tout ça en détail au printemps prochain lors de la journée « Portes Ouvertes »…

Mes visites régulières à Eguisheim et au domaine Emile Beyer me permettent de suivre assez régulièrement le travail de Christian et de son équipe mais bon, qui peut résister à une petite verticale de 3 millésimes sur le Pfersigberg ? En tous cas pas moi !
Le riesling 2014 tout en élégance avec une aromatique très suave et une matière longiligne tendue par une fine acidité est très prometteur…et déjà bien en place d’ailleurs, le riesling 2012 riche et gourmand structuré par une acidité fine et très longue me fait beaucoup penser au superbe 2010. Pour finir, le riesling 2008, plus vertical avec une salinité très marquée et un sillage aromatique délicatement zesté, dégage une belle impression de plénitude.

Pour continuer la série des adresses déjà bien connues, nous faisons étape à la table du domaine François Schmitt où Frédéric nous propose de découvrir ses derniers-nés sur le Pfingstberg : le riesling Paradis 2014, encore très réservé mais et ciselé avec précision et marqué par une salinité bien présente en finale, le riesling Paradis 2013, longiligne et tendu mais avec une expression aromatique plus ouverte sur les fruits blancs et la groseille à maquereaux. La cuvée riesling Pfingstberg 2013 issue de la parcelle gréseuse est un vin de puriste avec une acidité droite et incisive et une force minérale dont l’intensité peut surprendre.

Notre dernière halte se fera au domaine Dirler-Cadé pour goûter quelques autres rieslings de terroirs gréseux : c’est vrai que j’ai une série A.O.C. à constituer sur ce thème !
Les sables gréseux du Kessler ont généré un riesling Heisse Wanne 2014 assez puissant dont la finale développe une belle salinité donnant un côté légèrement tannique au toucher de bouche.
Sur le Kitterlé le riesling 2014 est déjà bien expressif mais développe une matière très élancée alors que le riesling 2014 du Saering présente une silhouette plus large et une structure plus souple.
Voilà une dégustation comparative qui nous a permis de sentir de vraies différences entre 3 terroirs géologiquement et géographiquement très proches...intéressant !
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Les crus du sud de l'Alsace étaient présentés au deuxième étage dans la salle Schwendi


Pour conclure :

- en premier lieu j’aimerais relever la qualité de l’organisation de cette manifestation qui a permis à tout un chacun de déguster de beaux vins dans de très bonnes conditions : des salles bien aménagées, un verre « efficace » (je n’ai pas noté la marque), du temps pour dialoguer avec les vignerons et un sympathique buffet pour se refaire le palais entre deux séries de vins…que demander de plus !

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Amuse-bouche salés et sucrés dans les 3 salles du château de Kientzheim.

- la dégustation d’une quarantaine de vins – surtout des rieslings – a confirmé ce que mes dernières visites chez des vignerons alsaciens m’ont fait pressentir : on trouvera de très grands vins d’Alsace dans les millésimes 2013 et 2014.
Nés dans un millésime très compliqué, les vins de 2014 ont montré que les efforts de nos grands vignerons alsaciens n’ont pas été vains : tout en finesse, en pureté et en élégance, ils sont assez précoces dans leur qualité d’expression mais recèlent de réelles qualités de vins de garde.
D’après leurs concepteurs, les 2013 ont été plus faciles à faire mais à l’heure actuelle, ces vins peuvent nous bousculer par leur énergie débordante et encore un peu rebelle mais leurs éléments constitutifs puissants et qualitatifs laissent deviner de vrais potentiels de vieillissement…pas grave, on se régalera avec les 2014 pour les attendre !

- bien évidemment, j’ai rendu visite à bon nombre de vignerons que je connaissais déjà très bien et dont je ne me lasse pas de vanter la qualité de la production mais en guise de coup de cœur du jour je vais citer deux très belles découvertes : les rieslings Schoenenbourg du domaine Mittnacht-Klack et les rieslings Zotzenberg du domaine Fernand Seltz…et encore deux étiquettes supplémentaires dans mon livre de cave déjà bien rempli !

- en ce qui me concerne le seul point négatif de cette journée est imputable à mon manque d’endurance dans l’exercice de dégustation, ce qui m’a empêché d’aller voir plus de vignerons et qui m’a contraint limiter ma sélection de vins goûtés au seul cépage riesling…promis, l’année prochaine je fais tous les gewurztraminers !

 

Commentaires (2)

1. Eric Riesling (site web) 12/11/2015

Bravo Pierre pour ton billet très pro ... dans une manifestation qui s'est fermée au public, les blogueurs étant les seuls relais entre le monde professionnel et les amateurs...bon je vais pas parler trop fort je ne serais plus invité
J'ai eu les mêmes impressions globales que toi, le vin d'Alsace a de très beaux vins !

2. Frédéric Voné (site web) 11/11/2015

Félicitations, bel article, très professionnel,
Cordialement

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