Portes ouvertes 2014 au domaine Kreydenweiss à Andlau

J’aime le printemps en Alsace non seulement parce que les beaux jours reviennent – ce qui est particulièrement vrai cette année – mais aussi parce que nos amis vignerons ont pris l’habitude de profiter de cette période de sortie d’hiver pour organiser leurs journées Portes Ouvertes.
Comme chaque année, l’équipe du domaine Kreydenweiss s’est investie sans compter pour nous accueillir au domaine en nous invitant à découvrir (ou redécouvrir pour les récidivistes comme moi…) les espaces de travail où ils élaborent leurs vins, grâce à plusieurs « ateliers » savamment arrosés et installés dans leur grande maison de la rue Deharbe.

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La maison Kreydenweiss sous le soleil…ça change de 2013 !

Le programme de cette journée est maintenant bien rôdé et nous propose de commencer par une visite de cave avec la découverte de quelques vins en cours d’élevage, pour suivre avec une dégustation des crus disponibles actuellement au domaine et la découverte de quelques pépites prélevées dans l’oenothèque familiale.

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Les verres et le programme des réjouissances à l’entrée de la cour du domaine.

La journée est aussi agrémentée de quelques intermèdes non viniques qui vont nous permettre de ménager des pauses réparatrices pour nos papilles : expositions artistiques, promenade en calèche dans les rue d’Andlau et démonstration de labour.
Hoppla c’est parti !

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C’est qui la star de la journée !!!

La première étape de la visite se situe dans la cave entre les foudres qui contiennent les cuvées de 2013 et de 2012 encore en cours d’élevage. Agés de 5 à 6 ans pour les plus jeunes et presque centenaires pour les plus vieux ces contenants traditionnels qui viennent d’être traités à l’huile de lin, sont utilisés pour l’affinage de tous les vins du domaine Kreydenweiss.

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Etape classique à la cave avec la dégustation de vins en cours d’élevage.

3 vins en cours d’élevage et prélevés sur foudres sont proposés à la dégustation :

Pinot Blanc La Fontaine aux Enfants 2013 : nez encore un peu sur la retenue, jus bien riche et structure souple en bouche, finale avec une touche saline très tactile.
Né sur une parcelle granitique située au sommet du Kastelberg ce pinot blanc élevé en ½ muids n’a subi aucune intervention extérieure depuis le pressurage. Il lui reste encore un peu de sucre à transformer mais sa gourmandise et sa buvabilité rappelle déjà un peu le superbe 2012…J’en veux !!!

Riesling G.C. Wiebelsberg 2012 : nez au fruité déjà très charmeur, matière délicate, pure et tendue par une acidité fine et longue.
Déjà bien en place ce riesling commence à exprimer la finesse et l’élégance des vins qui naissent ce terroir gréseux… il est fort probable que le 2012 nous donnera une interprétation très classique du Wiebelsberg. Un futur Grand Cru de puriste !

Riesling G.C. Kastelberg 2012 : nez peu engageant avec des notes végétales très surprenantes, bouche qui marque par sa puissance presque sauvage, sa trame tannique impressionnante et sa finale très longue mais avec une aromatique encore très perturbée.
Il y a quelques mois, Antoine m’expliquait que les rieslings du Kastelberg se montraient très capricieux lors qu’on les « dérangeait » pendant leur phase d’élevage…c’est vrai, j’ai pu le vérifier aujourd’hui !
Avec son registre aromatique particulièrement revêche, ce vin m’a vraiment dérouté…Il reste quand même les sensations liées à sa texture et la force dégagée par sa matière qui ne trompent pas mais il y a surtout l’expérience et la conviction d’Antoine qui affirme que cette cuvée lui rappelle le Kastelberg 2010…Confiance !

A la sortie de la cave nous retrouvons l’espace de stockage transformé pour le week-end en galerie d’art où sont exposées les œuvres originales des artistes qui ont crée les différentes étiquettes du domaine.

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Les œuvres originales de Max Kaminsky (mill. 1990) et de Charles Joguet (mill. 2006)

Arrivés dans la cour nous poursuivons notre voyage gustatif sous la tonnelle en dégustant une première série de vins en bouteilles :

Pinot Blanc Kritt 2012 : nez délicat sur le raisin frais avec une petite touche de miel de fleurs, juteux, léger, longiligne et très délié en bouche.
Riesling Andlau 2012 : nez très discret, bouche ample avec un joli gras et une acidité bien droite, pureté et tension en finale.
Pinot Gris Lerchenberg 2012 : olfaction bien ouverte sur un registre finement floral, matière équilibrée qui possède une texture très sensuelle, finale qui dégage une belle impression de fraîcheur.

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Ces 3 jolies cuvées d’entrée de gamme possèdent toutes un charme très direct décliné selon des modes différents : le pinot blanc, fruité et aérien, est déjà bien en place et prêt à boire, le riesling reste encore un peu secret mais brille par sa texture raffinée en bouche, le pinot gris ouvert, généreux et bien structuré mais qui se goûte sec, se place d’emblée dans ma sélection des coups de cœur du jour.

Pinot Blanc La Fontaine aux Enfants 2012 : nez charmeur, fruité mûr ; équilibre gourmand et buvabilité exemplaire…un must !

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Goûté et approuvé à de nombreuses reprises (CLIC ou CLIC) ce vin est toujours aussi irrésistible. MIAM !

Clos du Val d’Eléon 2011 : nez complexe encore très discret avec du fruit et de la minéralité, matière ample et puissante, encore un peu austère mais élégante et équilibrée, finale longue et finement tannique.

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Récolté sur une parcelle de schistes bleus de Villé complantée de rieslings et de pinots gris, ce « vin de pierre », riche et intensément minéral, est taillé pour défier le temps !

Riesling Clos Rebberg 2012 : nez complexe sur un registre végétal (aspérule) et délicatement floral, belle matière volumineuse en bouche avec une minéralité complexe, finale longue et saline.
Riesling Clos Rebberg-Nature 2010 : nez complexe avec des notes de silex, de pierre chaude et une touche fruitée très timide, en bouche il y a de la droiture, une solide tension acide et une minéralité très noble, finale équilibrée et très digeste.
La version légèrement sulfitée du Clos Rebberg 2010, m’avait déjà fait une belle impression l’année passée, la version « Nature »qui a bénéficié d’un élevage plus long me semble encore plus aboutie…Un vin d’esthète !
Le 2012 est également marqué par la pénétrante minéralité de ce terroir de schistes : déjà bien disert aujourd’hui, il ne livre pourtant pas encore toute la richesse de son message…Patience !

Pinot Gris Clos Rebberg 2008 : nez fin et élégant avec une esthétique un peu « bourguignonne », une tenue très distinguée en bouche, du gras, une acidité bien polie et une finale longue et salivante.

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Je crois bien que ce superbe pinot gris sera l’une des découvertes de cette après-midi : malgré un style pas trop conventionnel en Alsace ce vin dégage une classe folle !
Je ne sais pas ce qui ce passe en ce moment mais je crois que ma relation avec ce cépage est en train de changer…il n’est pas impossible que mes rayonnages de pinots gris alsaciens se regarnissent à nouveau dans les prochains temps !

Riesling Grand Cru Wiebelsberg 2008 : nez fin, pur et précis avec de fines évocations florales, bouche svelte, très élégante avec une acidité filiforme mais d’une longueur considérable.
Riesling Grand Cru Wiebelsberg 2009 : nez plus mûr avec un fruité riche agrémenté d’une fine touche de cuir, gras et onctueux en bouche mais finale rafraîchie par une fine acidité qui se tend progressivement.
Riesling Grand Cru Wiebelsberg 2010 : nez d’intensité moyenne, notes de fleurs et d’agrumes, présence en bouche alliant une matière assez mûre mais un peu moins riche que le 2009 et une tension acide qui fait penser au 2008, belle salinité en finale.

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Cette mini-verticale très intéressante de rieslings Wiebelsberg nous permet de déguster 3 cuvées assez typées par leurs millésimes mais qui ont gardé ce style fin, délié et digeste qui caractérise les vins nés sur ce terroir gréseux d’Andlau.
Le 2008 ciselé avec précision semble prêt à boire, le 2009 est riche et très gourmand et le 2010 propose une synthèse presque idéale des deux millésimes précédents. Joli travail !

Pinot Gris Grand Cru Moenchberg 2011 : nez riche et expressif sur des fruits jaunes très mûrs, jus gourmand et acidité délicate en bouche.
Pinot Gris Grand Cru Moenchberg 2009 : nez classique mais d’une précision redoutable avec des notes de mirabelle et de froment, bouche généreuse mais avec un équilibre très tonique, jolie fraîcheur et longue persistance aromatique en finale.

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Ces deux Moenchberg issus de millésimes chauds sont des vins opulents et assez expressifs mais qui ne sont pas tombés pas dans le piège de l’excès de richesse. Le 2011 qui laisse une impression de facilité (et peut-être même de superficialité) est encore bien jeune, le 2009 ne renie pas son air de famille avec le précédent mais se montre déjà beaucoup plus raffiné et plus profond…charmeur, mais encore loin de son optimum. Il ne faut jamais oublier que les Moenchberg sont des vins de temps.

Riesling Grand Cru Kastelberg 2010 : nez encore discret mais la complexité et la noblesse se ressentent en filigrane, dense, minéral, chargé d’une énergie impressionnante en bouche et puissamment salin en finale.
Riesling Grand Cru Kastelberg 2011 : nez bien ouvert et plus expressif que le 2010 qui développe une fine palette florale et discrètement minérale, ample, généreux, bien large avec une matière un peu moins puissante mais un maillage minéral dont on commence à sentir la présence.

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Les « cuvées phare » du domaine, toujours très attendues se montrent une nouvelle fois à la hauteur de leur réputation : le 2010 déjà impressionnant l’année passée confirme sont statut de très grand vin, le 2011 est encore un peu « enveloppé » par une matière marquée par la richesse du millésime mais il a tout pour marcher dans les pas de son aîné.

Avant de passer au prochain atelier gustatif, nous décidons d’octroyer une petite pause à nos palais déjà copieusement arrosés en profitant du soleil qui brille sur Andlau pour faire une petite promenade jusqu’au Clos Rebgarten afin d’assister à la démonstration de labour à cheval.
Cette parcelle de jeunes vignes de gewurztraminer a été spécialement agencée pour pouvoir être travaillée au cheval.
Le grand « Sam » semble dans de très bonnes dispositions et ne se laisse plus trop perturber par le public venu assister à sa prestation. Antoine en profite pour nous faire une démonstration complète avec tous les types de charrues : griffage profond et superficiel, buttage, travail de l’inter-cep…

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Antoine et Sam au griffage…

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…et les mêmes au buttage.

Un sol moins tassé, un travail au rythme du cheval et surtout une proximité accrue entre le vigneron et sa vigne sont quelques uns des nombreux avantages de cette pratique qu’Antoine généraliserait bien sur l’ensemble du domaine. Mais ce mode de culture est très coûteux « ce serait possible si je pouvais vendre toutes mes bouteilles à plus de 30 euros »…bon, je mentirai si je disais que cette perspective m’enchante, mais il faut bien accepter le fait que le respect de la nature a un prix !

De retour dans la salle de dégustation du domaine, décorée par les œuvres picturales de Nathyi, l’artiste dont une œuvre illustre les étiquettes de 2012,nous sommes invités à déguster quelques « pépites » sorties de l’oenothèque familiale ainsi que les cuvées produites par Marc Kreydenweiss et son épouse dans leur propriété de Manduel.

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Des rouges du sud et des blancs alsaciens dans la salle de dégustation du domaine

Pour cette dernière partie de la visite je ne prends plus de notes détaillées mais je relèverai quand même quelques belles rencontres notamment avec un riesling Wiebelsberg 2001 dans sa phase de plénitude et un incroyable riesling Kastelberg SGN 1989

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Pour conclure :

- Comme chaque année depuis 2011, l’équipe du domaine Kreydenweiss a conjugué ses efforts pour créer cet évènement qui nous invite à passer un agréable moment de convivialité de convivialité et de culture autour du vin.

- Sous un soleil qui brillait généreusement en ce dernier week-end de mars, c’est en plein-air sous une tonnelle que nous avons pu déguster une impressionnante série de vins mais aussi quelques fromages locaux ainsi que d’odorantes (peut-être un peu trop !) tartes flambées cuites sur place dans un four à bois…c’était la fête des papilles durant toute l’après-midi !

 - Le petit spectacle offert par Antoine et Sam dans les vignes du Clos Rebgarten fut un réel moment de plaisir où nous avons apprécié la belle complicité entre l’homme et l’animal dans un exercice de labour qui nous a rappelé qu’un vigneron c’est aussi (et peut-être avant tout) un travailleur de la terre.

- Les vins présentés cette année sont à l’image de ceux que j’aime retrouver au domaine Kreydenweiss : des expressions aromatiques pas trop spectaculaires mais qui portent toujours l’empreinte de leur terroir d’origine et des matières en bouche pleines d’énergie et de minéralité avec une balance entre la richesse et le complexe acidité/salinité toujours en équilibre…MIAM général !

- Pour la sélection coups de cœurs de cette année ce sont les vins issus de terroirs de schistes qui remportent encore une fois la mise : comme je l’avais déjà senti l’année passée le riesling Kastelberg 2010 est magnifique mais il y a aussi les vins du Clos Rebberg, de superbes réussites avec une mention spéciale au pinot gris 2008 pour son élégance absolue, pour finir je mentionnerai également la cuvée Val d’Eléon 2011, véritable modèle d’expression du terroir avec son assemblage révélateur de minéralité.

- Mille mercis à l’équipe du domaine Kreydenweiss pour ce beau moment de culture oenophile.

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