Petite virée oenophile avec Claude Weinzorn - Domaine Bechtold

Cela faisait longtemps que le grand Claude, mon copain vigneron du domaine de l’Oriel, m’avait proposé de faire ensemble un petit périple oenophile dans le vignoble bas-rhinois. Sachant que Claude réfléchit depuis quelques temps à une possible transformation de ses espaces de travail, j’ai donc établi un programme destiné à lui faire rencontrer quelques vignerons dont j’apprécie les vins depuis fort longtemps et dont je savais qu’ils venaient d’effectuer des travaux de restructuration et de construction dans leurs caves.
La première étape du jour nous conduira au domaine Pfister à Dahlenheim, la deuxième au domaine Bohn à Reichsfeld et la dernière au domaine Bechtold récemment installé à Kirchheim.
Voilà une petite virée qui s’annonce conviviale et instructive à la fois…Hoppla c’est parti !


Visite au domaine Bechtold à Kirchheim


Après un déjeuner succulent servi par le chef Jean-Victor Kalt dans son restaurant à Erstein nous repartons en direction de Kirchheim, un petit village à côté de Marlenheim, pour faire notre dernière visite du jour au domaine Bechtold.

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Je tenais absolument à ce que Claude fasse la connaissance de ce vigneron dont j’apprécie le travail et les vins et qui « se distrait » en démontant des vieilles maisons alsaciennes à colombages pour les reconstruire chez lui…
Nous sommes donc venus à Kirchheim pour voir le nouveau caveau que j’avais déjà pu visiter à la fin de l’année 2014 mais surprise…le caveau et la maison sont bien là mais un nouveau chantier est en route !
Jean-Marie est en train de réaliser le projet dont il m’avait parlé en 2014 : une nouvelle cave coiffée d’une grande bâtisse à colombages qu’il a démontée dans le village voisin d’Ittenheim…ma parole, il ne s’arrête jamais le bougre !

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Le chantier…attention, ça ne rigole pas !
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Après un petit tour sur le chantier nous terminons notre visite dans le caveau du domaine où le poêle diffuse une chaleur bienvenue et où Jean-Marie nous propose de goûter quelques vins proposés à la vente actuellement.

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Dégustation et discussion au coin de feu


Riesling Sussenberg 2011 : aromatique fruitée très franche, matière puissante, structure droite, finale minérale.
Riesling Grand Cru Engelberg 2013 : olfaction délicate, palette florale, matière gourmande, finale glissante mais sensations salines marquées et persistantes.
Riesling Grand Cru Engelberg 2012 : nez complexe, notes de citron vert et d’herbes aromatiques (mélisse, citronnelle), bouche longiligne, belle tension, finale fraîche et minérale.

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Nés sur les pentes du Scharrachberg, ces trois rieslings sont intensément imprégnés par la minéralité de leur terroir calcaire tant dans leurs palettes aromatiques que dans leurs architectures.
En provenance du Sussenberg – un coteau assez pentu situé dans le prolongement de l’Engelberg vers l’ouest – le riesling 2011 développe d’une énergie farouche qui est en train de se discipliner alors que sur le Grand Cru Engelberg les deux vins sont bien posés et brillent par leur équilibre et leur belle complexité…le 2013 promet et le 2012 est superbe !


Pinot Gris 2012 : aromatique discrète, bouche ample, belle puissance, équilibre sec, sensations saline intenses en finale.
Pinot Gris Silberberg 2012 : fruits blancs juteux et amande fraîche au nez, matière dense, structure rectiligne, finale intense mais très sapide.
Pinot Gris Grand Cru Engelberg 2012 : grande complexité aromatique, palette évolutive, notes de fruits blancs et de fleurs, petite touche de caramel au lait et nuances minérales (pierre, craie) en fond, bouche concentrée, tonique et profondément saline.
Cela fait quelques années (depuis le millésime 2010 je crois) que Jean-Marie a choisi de travailler ce cépage dans des fûts de chêne en privilégiant des élevages longs sur lies (12 mois pour l’Engelberg). Le résultat est convaincant car ces 3 cuvées de pinot gris remarquables d’harmonie révèlent de vraies dispositions gastronomiques : du « générique » au Grand Cru les équilibres sont impeccables et les trames minérales bien marquées…très jolie triplette !


Les Pinots 2007 : aromatique riche et originale, notes de miel, de fruits secs et d’épices douces, matière très gourmande en bouche, toucher onctueux, finale sapide et glissante, belles rémanences épicées.

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« Oublié » dans sont tonneau durant 4 années et sans ouillage, cet assemblage de pinots (gris et blancs) qui m’avait déjà fortement impressionné lors d’une soirée fromages et vins au domaine Bechtold, continue de bousculer les codes esthétiques alsaciens…même si on sent que ce vin atypique est en train de lisser son profil. J’aime toujours autant !


Gewurztraminer Obere Hund 2011 : palette expressive, florale et épicée, équilibre sec, structure tendue, finale fraîche et aromatique.
Gewurztraminer Grand Cru Engelberg 2012 : aromatique discrète, notes épicées sur fond minéral, ample et onctueux en bouche, belle salinité en finale.
Le gewurztraminer de l’Obere Hund, un coteau pentu exposé au couchant, possède un côté guilleret très plaisant alors que celui né sur le terroir classé de Dahlenheim montre de la retenue et de la distinction mais ces deux vins sont conçus pour bien se tenir à table grâce leur équilibre sec et digeste.


Pinot Noir Obere Hund 2013 : nez sur les fruits rouges et les épices, matière assez solidement charpentée mais bien gourmande, ligne acide très droite et trame tannique souple.
Pinot Noir Obere Hund 2012 : dégusté et commenté récemment (novembre 2015), très beau vin.
Jean-Marie Bechtold nous a habitué à réussir de très beaux vins rouges sur l’Obere Hund et ces deux cuvées ne dérogent pas à la règle : le 2013 demandera encore un peu de patience pour que son énergie débordante se calme un tant soit peu mais le 2012 est superbe aujourd’hui. MIAM !


Crémant Extra Brut : frais et guilleret avec une palette agréable sur les fruits blancs, notes florales subtiles, bulle très fine, mousse onctueuse, fraîcheur désaltérante, vinosité et salinité en finale.
Même s’il réussissait à sortir régulièrement de très belles cuvées, Jean-Marie reconnaissait sans détour ne pas trop aimer faire du crémant mais avec depuis qu’il a commencé à travailler ses cuvées sans dosage, son intérêt pour la bulle ne cesse de grandir…et cet Extra Brut issu d’un assemblage de chardonnay, auxerrois et pinot noir a vraiment fière allure.


Je repars toujours d’une visite chez Jean-Marie Bechtold avec la même question qui me taraude: mais comment fait-il pour réussir à mener à bien autant de projets ?
Avec l’aide de son épouse et de son fils, il gère son domaine avec beaucoup de bon sens, produit une gamme de vins d’une remarquable homogénéité qualitative, propose la location de gîtes ruraux et à ses moments perdus s’applique à redonner une nouvelle vie à des vieilles maisons alsaciennes…étonnant !

La nouvelle cave du domaine Bechtold permettra un regroupement de tout l’outil de production à côté de son domicile Kirchheim…un petit village excentré par rapport à la Route des Vins, où personne ne passe par hasard mais où tout amoureux de l’Alsace devrait faire étape pour rencontrer ce vigneron bâtisseur.

Merci à Jean-Marie pour son accueil et bravo pour tout !

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