Pèlerinage Jura Bourgogne 2015 - Visite au domaine Buisson-Charles

Après plusieurs années de routine avec un parcours gravé dans le marbre qui enchaînait toute une série d’étapes incontournables, le pèlerinage 2015 sera sensiblement différent puisque j’ai opté pour un circuit plus large qui passera par le vignoble jurassien avant de retrouver les terres bourguignonnes.
Pour préparer ma rentrée de professeur d’E.P.S. autrement qu’en chargeant des cartons de vins dans ma voiture, la mise en condition du premier jour sera assez physique avec une étape sportive dans le Doubs pour découvrir la via ferrata des « Echelles de la Mort »…même pas peur !

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Le soleil brille, le rocher est très beau…rien de tel qu’une petite via ferrata pour se dégourdir les jambes…et les bras ! 

Pour récupérer de mes émotions rien de tel qu’une petite virée sur les routes magnifiques qui serpentent sur le plateau jurassien en direction d’Arbois puis de Lons le Saunier : au programme une visite au domaine de la Pinte et au domaine Pignier.
Le lendemain, je reviendrai vers des contrées plus familières avec un passage en Bourgogne et des visites au domaine Buisson-Charles et au
domaine Chicotot.
Hoppla c’est parti !

Jour 2. : domaine Buisson-Charles à Meursault


Après un séjour agréable à l’hôtel « Parenthèse » à Chille – un joli cadre au calme, une piscine et un restaurant offrant un excellent rapport Q/P et une carte des vins qui laisse une large place à des crus locaux vendus à des prix très doux – je repars direction le nord-ouest pour commencer ma journée bourguignonne par une petite promenade matinale à Puligny avant de me rendre à Meursault pour mon premier rendez-vous vinique au domaine Buisson-Charles…l’une de mes adresses absolument incontournables en Côte de Beaune !

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Meursault en août 2015.

De part et d’autre de la route qui mène de Puligny à Meursault, il y a des équipes de vendangeurs qui commencent à couper des raisins. Sagesse ou excès de prudence ?...en tous cas, au domaine Buisson-Charles on a pris le parti d’attendre pour laisser aux fruits le temps de terminer leur cycle de maturation.
La date des vendanges est visiblement le sujet brûlant du moment…d’ailleurs lorsque j’arrive vers 10 heures du matin rue de la Velle, je retrouve Patrick Essa en compagnie d’un journaliste du « Bien Public », venu pour entendre les explications d’un vigneron qui ne cède pas à la panique « on est sur le point de pouvoir récolter les plus beaux raisins de cette dernière décennie…ça mérite bien qu’on prenne le risque d’attendre un peu ».

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Interview de Patrick Essa sous l’œil attentif de Michel Buisson.

Certes il y aura un effet millésime – comment peut-il en être autrement avec une année comme 2015 ! – mais Patrick n’a aucune inquiétude sur la qualité de ses acidités : les matières seront peut-être un peu plus généreuses mais les terroirs de Meursault sont capables de générer des acidités et les salinités qui vont structurer et équilibrer les vins…Confiance !

L’interview terminée, Patrick propose au jeune journaliste de nous accompagner en direction la cave pour déguster quelques cuvées de 2014 qui finissent leur élevage en fûts…rien de tel que des travaux pratiques pour faire comprendre une théorie !

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Une partie de la cave est préparée pour le nouveau millésime : murs nettoyés et graviers neufs au sol.

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Heureusement qu’il reste quelques vins à goûter dans la cave voisine !

Chablis 1° Cru Les Lys : fruité expressif sur la groseille blanche bien mûre mais le fond minéral est déjà très présent, matière alliant gras et tension en bouche, notes pierreuses et belle nervosité en finale.
Cette nouvelle cuvée « négoce » du domaine Buisson-Charles provient d’une parcelle située dans le secteur haut du premier cru Vaillons. C’est un vin pur, facile à aimer où on perçoit une petite touche murisaltienne qui lui apporte un supplément de volume sans pour autant altérer son caractère résolument chablisien.
Un vrai plus dans la gamme !


Chablis Grand Cru Vaudésir : nez discret et racé, notes de pierre à fusil avec une touche d’élevage très raffinée, matière ample et généreuse, ligne acide mûre mais très pénétrante qui tend une finale longue et minérale.
Comme pour le vin précédent, on sent un travail d’élevage dosé avec finesse et intelligence pour enrichir ce Vaudésir sans dénaturer sa personnalité…j’ai comme l’impression que, malgré la distance géographique et culturelle qui sépare Meursault et Chablis, l’ami Patrick est en train de se positionner comme une référence qualitative sur les Grands Crus chablisiens. MIAM !

Chassagne Montrachet 1° Cru Les Caillerets : nez sensuel et complexe, notes de fruits blancs et de fleurs des prés, matière en demi corps, précision et élégance, finale de longueur moyenne avec un beau sillage sur les agrumes frais.
Avec son aromatique déjà bien en place – et diablement séduisante – ce premier cru de chassagne se livre avec une amabilité qui peut sembler un peu précoce mais sa complexité et sa belle profondeur ne trompent pas…il y a du vin et du potentiel dans cette bouteille !

Meursault 1° Cru Les Cras : nez pur et discret, évocations florales sur un fond de poudre de craie, matière svelte et tendue en bouche, finale élégante, beaucoup de fraîcheur et minéralité naissante.
Après un Chassagne particulièrement loquace, ce premier cru de Meursault montre une droiture et une retenue qui laissent une impression d’austérité.
Mais pas d’inquiétude, comme à son habitude Cras 2014 possède une profondeur et un raffinement qui ne trompent pas…cette bouteille respire la classe !

Meursault 1° Cru Les Charmes : nez fin et précis sur un registre floral déjà très agréable, bouche ample, solidement tendue, finale longue et délicatement citronnée.

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Très « Charmes » par son aromatique aérienne et primesautière, ce Meursault prend un peu de recul en bouche avec une présence très verticale qui laisse une impression de sérieux un peu inhabituelle.
Voilà peut-être la cuvée de garde de la série de premiers crus 2014 du domaine Buisson-Charles.

Meursault 1° Cru Bouches Chères : nez discret mais très agréable, notes de fruits blancs bien mûrs, matière concentrée, volume et charpente acide bien structurée, finale tonique avec une belle allonge, sillage aromatique fruité et minéral (boîte de craie).

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Après un Charmes qui se cherche encore un peu, ce Bouches Chères montre une personnalité un peu plus posée. Ce grand vin qui finit de se mettre en place nous séduit déjà par son expression pleine et équilibrée. MIAM !

Meursault 1° Cru Goutte d’Or : nez déjà remarquable de finesse et de pureté avec palette qui évoque l’eau de roche (un peu comme le somptueux 2010), nuances zestées en fond, bouche intense, matière puissante articulée autour d’une colonne acide pleine d’énergie, finale très longue, minérale et délicatement citronnée.

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A peine remis de la claque que m’avait mise Goutte d’Or 2010, j’en reprends une autre avec l’édition 2014 de ce magnifique premier cru : une définition aromatique aussi parfaite que celle de son ainé mais avec un soupçon de puissance en plus…il y a des moments où c’est facile de tendre l’autre joue. RE-MIAM !

Corton Charlemagne : nez sur les fruits blanc bien mûrs avec une touche minérale déjà bien imprimée (poudre de craie, plâtre), concentré, opulent et solidement tramé en bouche, finale longue avec de belles rémanences mentholées et une minéralité très profonde.

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Avec ce vin on change un peu de monde car ce Corton Charlemagne qui possède une personnalité haute en couleurs ne donne pas l’impression qu’il va faire des concessions au dégustateur.
C’est un Grand Cru bien né, sûr de sa force et qui assume pleinement son statut…âmes sensibles s’abstenir !

Puligny Montrachet 1° Cru Les Caillerets : nez suave et charmeur, notes de fruits blancs, fine touche vanillée, silhouette oblongue, équilibre très vertical, finale sapide et bien glissante.
Après la forte tête de la série on apprécie ce séducteur « bien sous tous rapports » qui se déguste avec facilité et volupté, même si pour l’instant on peut regretter un petit déficit de minéralité…presque trop facile pour un Puligny !

Meursault Les Tessons : nez très élégant avec un fruité net et une touche boisée classieuse, matière lisse et fuselée, équilibre remarquable entre gras et acidité, finale longue et solidement tendue, minéralité naissante.
Comme je sais que Patrick aime particulièrement le terroir des Tessons, je suppose que le choix de placer cette cuvée après quelques aristocrates de la Côte de Beaune n’était pas fortuit.
En ce qui me concerne, j’avoue ne pas avoir senti de rupture qualitative en dégustant ce vin : déjà superbe aujourd’hui, je sens qu’il a le potentiel pour rivaliser avec les plus grands dans quelques années. MIAM !

Volnay 1° Cru Santenots : nez ouvert et profondément fruité, notes de petits fruits rouges, grande finesse en bouche, chair juteuse, trame tannique très mature, longueur et fraîcheur agréable en finale.
Une vieille vigne sur un beau terroir, des petits rendements et un travail d’orfèvre en cave…dans de telles conditions on ne peut que réussir une grande cuvée.
Même si ce sont les blancs qui m’attirent chaque année au domaine Buisson-Charles, je sens que je suis en train de tomber sous le charme de ce très beau premier cru de Volnay. MIAM !

Pour finir cette belle séquence de dégustation Patrick nous emmène dans la vinothèque du domaine pour taster quelques 2013 en bouteilles :

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Dernière étape de notre dégustation dans la vinothèque du domaine Buisson-Charles

Meursault Vieilles Vignes : nez discret, palette complexe, fruits blancs frais, petites notes florales et fines nuances crayeuses, bouche bien en place, équilibre impeccable, silhouette svelte et fuselée, salinité naissante perceptible en finale.

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Ce Meursault villages qui s’exprime déjà avec une grande sérénité séduit par sa présence en bouche tout à fait remarquable : une carnation très gourmande autour d’une colonne acide bien construite et une trame minérale qui commence à se dessiner...avec des premiers crus rares et quelque peu onéreux, cette cuvée « Vieilles Vignes » constitue une alternative de luxe pour chaque amateur. MIAM !

Meursault Les Tessons : nez délicat avec une belle palette florale, ample et généreux en bouche, structure solidement établie, finale très salivante avec un sillage aromatique déjà empreint de minéralité.

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Je ne me lasserai jamais de dire tout le bien que je pense de cette cuvée qui nous propose un profil tout aussi élégant et raffiné que les « Vieilles Vignes » tout en révélant une matière plus concentrée et une structure minérale plus profonde. RE-MIAM !

Chassagne Montrachet 1° Cru La Romanée : nez ouvert et résolument charmeur, registre fruité complexe et bien mûr, présence en bouche très « consensuelle » avec un équilibre gourmand et une expression fruitée très agréable, finale nette et digeste.
Midi sonne et la petite série de vins en bouteilles se termine avec ce Chassagne facile d’accès qui montre un beau niveau qualitatif sans pour autant arriver à rivaliser avec les Meursault dont les structures minérales me semblent plus abouties…mais ça reste un vin qu’on a beaucoup de difficulté à recracher – d’ailleurs je ne l’ai pas fait ! – et puis il y a le nom qui fait quand même belle impression sur une étiquette.


Comme pour mon compte-rendu de l’année dernière, je ne vais pas m’attarder sur des impressions générales à propos de ce domaine que je suis maintenant depuis près de 10 ans et dont j’apprécie autant les vins que les vignerons qui les conçoivent.
Je ne peux que vous renvoyer vers mes écrits antérieurs –
comme celui-ci – publiés sur mes différents espaces virtuels.

Patrick et Catherine Essa nous proposent une gamme impeccable avec des cuvées murisaltiennes qui brillent comme toujours par leur pureté et leur précision et une série de vins de négoce dont la qualité progresse millésime après millésime.
J’ai été très agréablement surpris par les deux « intrus » chablisiens : le petit nouveau originaire des Vaillons semble déjà parfaitement à l’aise dans la cave Buisson-Charles et le Grand Cru commence à trouver sa place en imposant l’originalité de sa personnalité dans cet environnement de « fortes têtes » beaunoises : Vaudésir 2014 est superbe, qu’on se le dise !
Le Corton Charlemagne très « spectaculaire » tient son rang avec une certaine arrogance et les crus de Chassagne, remarquables de sociabilité, pourront s’apprécier plus jeunes et permettront à l’amateur d’attendre que les grands Meursaults du domaine atteignent leur pleine maturité.

Les trois vins de 2013 dégustés montrent un équilibre parfaitement balancé et se livrent déjà avec une belle spontanéité même si on les sent encore en pleine évolution : les expressions aromatiques et minérales commencent à se définir mais l’apogée semble encore lointain. Très prometteurs en tous cas !

Et un petit « Copier-Coller » de 2014 pour finir :

Avec sa gamme de plus en plus complète, le domaine Buisson-Charles offre à l’amateur une promenade inoubliable parmi les crus d’exception de la Côte de Beaune…une visite indispensable pour un picoleur « bourguignomane » de mon acabit !

Merci à Catherine et à Patrick pour leur accueil…et à l’année prochaine !

 

Commentaires (2)

1. pierre_radmacher (site web) 30/04/2016

Merci pour cette lecture attentive...je corrige la boulette illico.

2. LES SENTIERS 26/04/2016

Pierre, il me semble que tu as laissé une erreur à propos du Meursault 1er cru "Goutte d'or" gouté sur fût : "A peine remis de la claque que m’avait mise Goutte d’Or 2010, j’en reprends une autre avec l’édition 2013 de ce magnifique premier cru"
Je pense que tu voulais dire l'édition 2014 !
Bien cordialement !

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