"Villages, cépages et terroirs à travers les âges en Alsace" par Claude Muller à l'Université des Grands Vins

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Afin de terminer en beauté cette année 2025, l’U.G.V. a choisi de donner une nouvelle fois la parole à Claude Muller, docteur en histoire, lettres et théologie, pour partager avec nous ses connaissances sur le vignoble alsacien.
Comme souvent nous sommes accueillis dans le grand caveau du domaine Rolly-Gassmann pour cette nouvelle conférence-dégustation qui aura comme thème « Villages, cépages et terroirs à travers les âges en Alsace ».
Bien évidemment, je ne raterai sous aucun prétexte cette nouvelle occasion de parfaire ma culture vinique et passer un beau moment de convivialité avec des amateurs passionnés.
Hoppla c’est parti !

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Comme toujours, c’est le domaine Rolly-Gassmann qui accueille cet évènement

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Le programme et les verres « Riedel » sont prêts…    

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...mais place à notre historien qui va nous présenter l’évolution du vignoble alsacien du Moyen-âge à nos jours

Avant d’aborder le sujet principal Claude Muller nous fait un petit rappel des éléments développés lors de son intervention de 2024 en présentant rapidement les trois grandes périodes du vignoble alsacien : « la période faste », « la descente aux enfers » et « la renaissance ». (pour en savoir plus CLIC).

Au cours du XVIème siècle, l’identité du vin était liée au village : « les villages viticoles ont été classés selon le prix de vente des vins qui y étaient produits ».
Ce prix dépendait de la qualité des vins mais aussi de la communication faite par chaque village au sujet de leur production.

Les cépages étaient multiples : « en consultant les archives, on pouvait repérer plus de 300 noms de cépages…mais il y en avait sûrement moins puisqu’il y avait beaucoup de dialectes à cette époque en Alsace qui était très morcelée politiquement et de ce fait, un même cépage pouvait avoir plusieurs noms différents ».
C’est au XVIème siècle que Hieronymus Bock a publié une première étude ampélographique qui identifiait plus précisément les différents cépages en révélant notamment la présence de « riesling » et de « muskateller » dans le vignoble alsacien.
La dernière ampélographie consacrée à l’Alsace date du XIXème siècle et est l’œuvre de Jean-Louis Stoltz, un médecin et viticulteur, qui a dressé une liste des cépages cultivés dans la vallée du Rhin.
Les cépages ont été classés progressivement selon leur aptitude à produire des vins de qualité : « on différenciait les vignes qui pissent et les vignes qui produisent des raisins de qualité ».

Pour Claude Muller, la notion de terroir est apparue assez tôt dans l’histoire du vignoble mais sa valeur était surtout dépendante du statut du propriétaire : « la vigne du seigneur local était considérée comme étant bien meilleure que celle du simple paysan ».
Au fil de l’histoire les secteurs les plus propices à la culture de la vigne ont été identifiés et délimités pour arriver à la configuration actuelle avec les 51 Grands Crus. Mais Claude Muller estime que les délimitations actuelles de la plupart des Grands Crus sont « contestables et mériteraient d’être reconsidérées ».
A titre d’exemple, il cite le cas du Sporen de Riquewihr qui a vu sa superficie passer de 5 hectares à 15 hectares lorsqu’on l’a classé Grand Cru ou encore le cas du village de Rorschwihr qui peut revendiquer 12 terroirs identifiés historiquement depuis très longtemps mais dont aucun n’a été classé.

Bon, après cette conclusion un peu polémique, il est temps de passer à la dégustation des vins : 9 cuvées exceptionnelles sélectionnées par 9 vignerons présents ce soir.
Les vins sont servis étiquettes découvertes et commentées par les vignerons qui les ont élaborés.


Alsace Grand Cru Engelberg Riesling 2015 – Domaine M. Pfister à Dahlenheim : nez ouvert et expressif avec une palette bien mûre sur les agrumes et le miel de fleurs, bouche ample et concentrée avec un joli gras, portée par une acidité très large, finale longue et épicée, stimulée par une salinité sensible et de beaux amers minéraux.

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Après une petite décennie de garde, cette cuvée semble arrivée dans sa phase de plénitude et développe un jus riche et généreux qui enrobe une cette belle acidité calcaire qui marque les grandes cuvées issues de l’Engelberg.
C’est un grand riesling, harmonieux et épanoui, qui a encore quelques belles années devant lui.

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Mélanie Pfister


Alsace Grand Cru Kitterlé Riesling 2014 – Domaine Schlumberger à Guebwiller : nez plutôt discret avec une palette qui révèle de fines notes florales et briochées, boucle volumineuse mais d’une grande sapidité équilibrée par une acidité vibrante, finale très appétante avec des amers minéraux et un long sillage vanillé/mentholé/fumé.

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Provenant d’une vigne plantée sur le secteur volcaneux-gréseux du Kitterlé, ce riesling arrivé à maturité, remarquable de finesse et d’élégance, nous rappelle que les grands vignerons alsaciens ont réussi à produire de très belles cuvées en 2014.


Alsace Clos du Zahnacker 2014 – La Cave de Ribeauvillé : nez intense et complexe avec des notes de citron mûr et d’angélique sur un fond fumé et mentholé, bouche puissante avec un jus riche et consistant, une texture soyeuse avec un gras très élégant, finale très digeste, délicatement épicée, étirée par une belle ligne acidulée

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Cette cuvée monopole de la Cave de Ribeauvillé est issue d’une parcelle complantée de riesling, pinots gris et gewurztraminer située sur le Grand Cru Osterberg.
L’assemblage de 2014 est réalisé avec 53% de riesling, 39% de pinot gris et 8% de gewurztraminer, la faible proportion de gewurztraminer étant due à la drosophile « suzukii » qui a particulièrement attaqué ce cépage.
C’est un grand vin arrivé à maturité, qui nous a régalés par son parfait équilibre des arômes et des saveurs.

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Evelyne Bleger, l’œnologue responsable technique de la Cave de Ribeauvillé


Alsace Pinot Noir « S » 2020 – Domaine Bechtold à Kirchheim : nez flatteur et très complexe avec des notes de fruits noirs confits (mûre, cassis), de boîte à cigares et d’épices, bouche longiligne avec un centre charnu et bien gourmand, des tanins fondants, une finale longue et sapide agrémentées de fines touches fumées et épicées.

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Née sur une parcelle de pinot noir plantée sur le Grand Cru Steinklotz il y a une quinzaine d’années, cette cuvée a été élevée durant une année en pièces bourguignonnes non neuves cédées par un ami vigneron de Vosne-Romanée.
C’est un vin rond et puissant, qui sort un peu des codes esthétiques alsaciens mais qui se livre à la dégustation avec une spontanéité gourmande tout à fait réjouissante.

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Théo Bechtold


Alsace Pinot Auxerrois « H » 2000 – Domaine Josmeyer à Wintzenheim : nez mûr et très avenant avec des notes de mile floral, de brioche et de fruits secs, bouche riche et bien concentrée tenue par une acidité très souple, finale stimulée par un léger grain tannique marquée par de fines touches oxydatives.

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Jean Meyer a toujours considéré que l’auxerrois méritait sa place sur les grands terroirs alsaciens et cette cuvée issue d’une vigne plantée en 1959 sur le Hengst nous en apporte une preuve très convaincante.
C’est un vin qui porte son quart de siècle avec une grande élégance…respect total !

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Isabelle Meye
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Alsace Grand Cru Zotzenberg Sylvaner Vieilles Vignes 2006 – Domaine A. Seltz à Mittelbergheim : nez intense et très complexe avec d’herbe sèche, de champignon frais et de fruits secs, bouche puissante et volumineuse avec une chair bien dodue, de la salinité et une petite mâche tannique très gourmande, finale très sapide avec des amers délicats, de fines nuances oxydatives et un long sillage sur les épices.

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Produite par l’un des plus ardents défenseurs du sylvaner, un vigneron créatif, anticonformiste voire un peu provocateur, cette cuvée issue du Grand Cru Zotzenberg a été mise en bouteilles après avoir passé 14 années sur lies dans la cave du domaine.
C’est un vin hors normes avec une expressivité et une énergie en bouche qui forcent le respect et suscitent l’admiration.

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Albert Seltz


Alsace Grand Cru Zinnkoepflé Riesling S.G.N. 2007 – Domaine S. Landmann à Soultzmatt : nez expressif et très complexe avec de notes de marmelade d’orange, de thé « earl grey » et de menthe poivrée sur un fond légèrement balsamique, bouche d’une richesse « ultime » avec une matière sirupeuse rafraîchie par une acidité très vive, presque mordante, finale digeste avec une persistance d’une longueur incroyable sur les fruits secs, les épices et le citron confit.

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Il y a des vins qui sont à l’image du vigneron qui les a crées comme ce superbe riesling qui s’approche tout doucement de sa deuxième décennie sans donner de signes de fatigue : c’est un vin lumineux et exubérant, qui s’offre au dégustateur avec une grande spontanéité, un vin qui donne le sourire en attisant l’envie de profiter de la vie.
Merci Seppi !

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Seppi Landmann


Alsace Grand Cru Vorbourg Muscat Clos Saint Landelin S.G.N. 2001 – Domaine Muré à Rouffach : nez intense et expressif des notes de raisin sec et d’épices douces relevés par de fines touches mentholées, bouche qui développe une liqueur riche et concentrée portée par une acidité souple et bien mûre, finale longue et sapide qui laisse persister de beaux arômes d’herbes méridionales et de menthe fraîche.

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Si vous me connaissez un peu vous savez à quel point je peux m’émouvoir devant un vieux muscat…et ce n’est pas cette cuvée issue d’une parcelle de 50 ares située sur le Clos Saint Landelin qui va remettre en cause ma dilection pour ce cépage.
C’est un vin exceptionnel élaboré à partir de raisins botrytisés – « une rareté sur cette parcelle qui a plutôt tendance à produire des raisins en surmaturité » – un vin complexe, bien construit mais très charmeur, un vin insolent de jeunesse, parti pour défier le temps.

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Véronique Muré


Alsace Gewurztraminer Brandhurst de Rorschwihr S.G.N. 2018 – Domaine Rolly-Gassmann à Rorschwihr : nez ouvert et très complexe qui s’ouvre sur des notes de fruits jaunes confits, de vanille et d’épices douces avant de développer une palette exotique (banane, litchi) soutenue par des nuance d’eucalyptus, bouche puissante, d’une concentration extrême: soutenue par une acidité large et fondue, finale assez tonique qui prolonge de beaux arômes exotiques et poivrés.

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Avec ses 180 g de sucres résiduels, cette Sélection de Grains Nobles de gewurztraminer, terminer cette dégustation en nous offrant un vrai feu d’artifice sensoriel.
C’est une bouteille « bonus » fournie par Pierre Gassmann qui ne pouvait pas concevoir qu’une dégustation de grands vins d’Alsace ne proposait pas de gewurztraminer, « un cépage qui nous permet de faire des vins qu’on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde »...c’est vrai qu’il aurait été dommage de rater ça !

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Pierre Gassmann

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Une assiette très réconfortante de « Fleischschnäka » et un dessert au chocolat préparé par la Maison Ferber pour terminer la soirée en beauté.

Cette soirée proposée par l’U.G.V. nous a permis de compléter encore un peu notre culture historique régionale tout en nous proposant de découvrir une série de pépites viniques présentées par de grands vignerons alsaciens.

Les 9 bouteilles présentées ce soir ont révélé une grande diversité dans leurs expressions et leurs équilibres tout en réalisant un sans faute sur le plan qualitatif.

Bravo et merci à tous ceux qui ont œuvré pour nous permettre de vivre ces beaux moments de culture et de gourmandise.

 

 

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