Visite au domaine Julien Peyras à Paulhan

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Après deux journées passées dans les grandes manifestations viniques de Montpellier, j’avais besoin de faire une petite sortie dans le vignoble languedocien, histoire de m’oxygéner un peu en allant me promener du côté de Paulhan pour retrouver Julien Peyras, un vigneron atypique (et fort sympathique) que j’ai déjà rencontré à plusieurs reprises (en 2018, 2019 et 2022) et qui élabore des vins 100% naturels.

Avant de commencer notre dégustation, nous parlons rapidement de l’évolution de ce domaine durant ces dernières années.

J’ai retrouvé un Julien Peyras toujours aussi intransigeant quant à sa manière d’exercer son métier :
- à la vigne il a réduit sa surface plantée de 12 à 8 hectares « les vieilles parcelles ont été arrachées et laissées en champ avec des semis pour faire revivre le sol ». Les autres parcelles sont enherbées et les sols ne sont pas travaillés mais amendés avec du compost et protégés avec du broyat « ce qui permet de garder un peu d’humidité ». Julien utilise également du purin d’ortie qu’il pulvérise sur la plante et sur le sol.
Durant cet hiver, il accueille un troupeau de moutons qui paissent dans ses vignes « un troupeau originaire de Roquefort, délocalisé par couple de jeunes éleveurs qui se sont installés sur place dans une caravane pour rester près de leurs animaux ».

- en cave, Julien reste plus que jamais un adepte du « sans intrants »…même si le prix à payer peut être lourd comme pour les blancs du millésime 2024 « victimes d’une bactérie qui m’a obligé à envoyer 35 hectos à la distillerie »…une mésaventure qui a permis à Julien réfléchir sur les moyens d’améliorer encore les mesures d’hygiène nécessaires : « après chaque opération en cave, je désinfecte systématiquement tous les éléments avec de l’eau oxygénée ».
Pour les mises en bouteilles, il a choisi de revenir vers un procédé manuel – une « chèvre » – pour « respecter les jus ».

La gamme habituelle du domaine compte 7 cuvées : 1 blanc, 1 effervescent, 4 rouges et 1 rosé (qui quittera la gamme après le millésime 2025)
Les vins du domaine Julien Peyras sont vendu pour 80% à l’export « mais il faut dire que les marchés sont poussifs en ce moment ».

Avant de déboucher la première bouteille nous parlons rapidement du dernier millésime « un millésime très compliqué avec une canicule sur le fleur en juin et une canicule durant le mois d’août, si bien qu’au 15 août les raisins titraient à 14° potentiels ».
Les pluies de septembre ont fait baisser les degrés mais les peaux des raisins fragilisées ont littéralement brûlé, « notamment les cinsaults et les clairettes ».
Résultat final : une très bonne qualité mais un rendement faible de 15hl/ha.
Allez on goûte !


Nous commençons la dégustation par des vins de 2025 encore en cours d’élevage.

VDF Les Copains d’Abord 2025 (tiré sur cuve) : nez expressif et très complexe avec des notes d’agrumes, de fruits jaunes et d’herbes de garrigue, bouche charnue, légèrement granuleuse et bien saline, finale longue et sapide.
Un assemblage à parts égales de clairettes et grenaches blancs macérés durant 10 jours et de roussannes macérés durant 5 jours…un vin déjà bien en place avec une aromatique et une présence en bouche pleines de promesses.

VDF Vivre Libre 2025 (tiré sur cuve) : nez très discret, presque mutique (mais les jus sont très froids dans la cave), bouche très avenante avec une matière suave, parfaitement équilibrée par une acidité mûre et des tanins poudrés, finale fraîche et sapide avec un long sillage qui laisse deviner de belles notes épicées.
Un assemblage très original avec 50% de clairettes macérées durant 10 jours et 50% de cinsaults en presse directe…un vin encore sur sa réserve mais qui commence à nous faire entrevoir un futur profil plein de gourmandise et de gouleyance.

VDF Les Copains d’Abord 2023 : nez expressif et avenant avec des notes d’abricot mûr, de fruits à coque et d’herbes aromatiques, bouche pleine et bien charnue avec un équilibre vif assuré par une salinité intense et une fine présence tannique, finale longue et salivante.
J’ai toujours bien goûté les blancs élaborés par Julien Peyras et cette cuvée des « Copains d’Abord » 2023 ne fait pas exception…c’est un vin charmeur, gourmand et sapide dont j’aurais bien encavé quelques flacons mais il n’est plus en vente hélas.

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Julien me fera pas déguster la fameuse cuvée Gourmandise 2024 « elle n’est pas encore en place et reste en cours d’affinage en bouteille » je vais donc me consoler en dégustant les rouges disponibles à la vente actuellement.

VDF Dolce Vita 2022 : nez intense sur les fruits rouges frais et les épices « électrisé » par des notes d’acidité volatile assez présentes, attaque très vive en bouche suivie par le développement d’une matière plus ronde, la trame tannique est très fine mais la finale dominée par l’acidité volatile laisse une impression un peu rustique.

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Cet assemblage après fermentation de jus de syrahs, grenaches et carignans égrappés à 100%, ne se goûte pas trop bien à l’heure actuelle…je pense que ce vin plein de générosité et de fougue aura besoin de quelques années en cave pour tempérer son ardeur et intégrer son acidité.

VDF Madame la Rouge : nez complexe et flatteur avec des notes de cassis, de mûre et d’épices sur un fond légèrement torréfié, belle vivacité en attaque de bouche puis développement d’un jus dense et assez riche, finale droite avec une longue persistance sur le cacao amer et le café.

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Réalisée à partir d’un assemblage d’une cuvée de syrah de 2014 élevée durant 8 années dans un fût de 400 litres et d’une cuvée de srayh/grenache/carignan/cinsault de 2022, « Madame la Rouge » se montre très avenante avec une aromatique très séduisante et une présence en bouche pleine d’énergie et de gourmandise…une expérience vinique originale mais bien réussie.

VDF Ramonette 2024 : nez ouvert et complexe avec des notes de fruits noirs, de poivre et de réglisse, bouche juteuse et solidement construite mais d’un abord plutôt avenant, finale droite et sapide.

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Issue d'un assemblage de grenaches, syrahs et cinsaults, cette cuvée qui vient de faire son apparition dans la gamme du domaine commence à révéler une personnalité déjà fort attachante à l’heure actuelle tout en laissant deviner un très beau potentiel d’évolution.


Cette escapade loin du bruit et de l’agitation des salons de Montpellier m’a permis de retrouver une fois de plus l’ami Julien Peyras dans son domaine.
J’ai pu constater que ce vigneron authentique et intransigeant restait plus que jamais fidèle à ses convictions quitte à en payer le prix fort certaines années.
Il poursuit ses réflexions pour améliorer encore son travail à la vigne et reste plus que jamais adepte d’un travail en cave sans intrants et avec un minimum d’interventions sur les jus…une attitude parfois difficile à comprendre mais qui mérite un respect absolu.

Ses vins sont solidement construits et révèlent des personnalités hautes en couleur avec des expressions qui nous emmènent souvent loin des critères esthétiques traditionnels
Bien sûr, il y a toujours l’une ou l’autre cuvée qui me laisse perplexe mais la force des convictions et sa grande cohérence dans l’exercice de son métier de vigneron susciteront toujours mon admiration.

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Merci à Julien pour son accueil

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