Bonnes feuilles à déguster

Ma vie en vin - Pierre Perret

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Dans ce livre qui respire l’optimisme et qui sent bon l’amitié, l’ami Pierrot nous fait partager son amour pour la dive bouteille à travers plus de soixante petites histoires gourmandes contées avec la truculence qu’on lui connaît depuis bien longtemps.

Des premières lichées en compagnie de son père parti en quête de vins à servir sa clientèle du « Café du Pont » aux flacons les plus prestigieux débouchés avec les grands noms du show-biz, de la gastronomie ou de la politique, Pierre Perret nous raconte comment est née sa relation passionnelle au vin et comment elle n’a cessé de grandir au fil du temps et des rencontres.

C’est avec le même enthousiasme qu’il parle des plus grands Bordeaux (surtout de Pétrus son préféré) ou des petits coups de rouge plus modestes (comme les piquettes à faire des centenaires servis par Jean Ferrat) tous reliés par un même leitmotiv : « Le partage du cru le plus exceptionnel aux incomparables saveurs s’appelle : L’AMITIE »

En lisant ces courts récits de rencontres viniques et gastronomiques, le lecteur pourra croiser des personnages célèbres – Eddy Barclay, Lino Ventura, Aznavour, Noiret, Gainsbourg…et même Georges Marchais – et des vins exceptionnels que Pierre Perret décrit (les personnages et les vins) avec beaucoup de sincérité et un enthousiasme communicatif.

Certes, l’homme ne boit pas assez d’Alsace et beaucoup trop de Bordeaux à mon goût mais je crois que ceux qui ont la chance de le côtoyer un jour dans sa cave, dans sa cuisine ou ailleurs mais toujours en compagnie d’une bonne bouteille, ne l’ont jamais regretté

Si le bon Dieu nous a donné
Dans sa largesse un trou sous l’nez
Pour baiser nos maîtresses
Pour compléter son souhait divin
Il voulu qu’on y verse
De temps en temps un verre de vin.

« Le Vin » P. PERRET

12°5 - Des raisins et des hommes - Jajazine N° 1

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Avec son habillage élégant et sa reliure soignée, 12°5 fait davantage penser à un « beau livre » qu’à une revue, mais le contenu y est structuré comme dans un magazine : on y trouve plus de vingt articles sur des thèmes divers mais toujours plus ou moins « alcoolisés ».

On y parle de vignerons (et de vigneronnes), de vignobles, de gastronomie, de technique (un peu) et de plein d’autres thèmes en rapport avec la chose vinique.
Pour vous faire une petite idée, voici quelques titres d’articles traités dans ce numéro :
- Patrick Baudoin, un homme sur le bon chenin
- Antoine Pétrus, étoile de terre.
- Tu sens la malo, non mais tu la sens ?
- Cheval d’attrait
- Un prof dans les vignes.
- Et avec ça ? Accords et désaccords
….

J’ai voyagé des vignobles d’Anjou vers les coteaux abrupts du Valais en passant par le plateau jurassien, j’ai redécouvert le terroir des Terrasses du Larzac, j’ai visité les caves du Georges V, j’ai savouré quelques belles recettes de plats en accord avec des vins…bref je me suis régalé à chaque page !

Les photos sont sublimes, les illustrations vraiment originales et les textes rédigés dans style alerte et souvent facétieux, nous livrent une foule de connaissances, de belles émotions et quelques jolis moments de poésie.

Vous l’aurez compris, ce premier numéro de 12°5 qui apporte un souffle nouveau dans le monde des publications oenophiles est un must absolu !!!

NB : on le trouve en librairie au prix de 20 euros…ça paraît cher mais jetez-y un coup d’œil vous comprendrez.

Le vin snob - Jacques Orhon

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Comme on peut le lire en quatrième de couverture, l’auteur de ce livre est un sommelier canadien qui parcourt les vignobles du monde depuis plus de 40 ans.
Expert reconnu en dégustation de vins, il a publié de nombreux livres et collaboré à des émissions de télévision et à des magazines traitant de la chose vinique.

Avec le sous-titre accrocheur de la première page qui nous annonce des « propos décapants » sur ce monde du vin que je fréquente maintenant depuis quelques années, j’ai eu immédiatement envie d’acheter ce livre…mais je n’aurais pas du !

Les chapitres s’enchainent, tous plus ennuyeux les uns que les autres malgré des titres parfois accrocheurs…je cite au hasard : « Mythes, clichés et idées reçues » (le livre en est rempli de la première à la dernière page), « Le vin-dollar » (je regrette la vingtaine que j’ai lâché pour acquérir ce « chef d’œuvre »), « Bio ou pas, encore faut-il que ce soit bon ! » (une évidence, non ?), « Le vin et la santé » (Pasteur ou Evin…en tous cas rien de bien nouveau sous le ciel de France) etc...

Bref, même si je suis très bon public dès qu’un livre parle de picole, je me suis tellement ennuyé avec la prose de M. Orhon que j’ai craqué à 40 pages de la fin en abandonnant tout espoir de trouver un passage digne d’intérêt dans cet ouvrage. Quelle déception !

Donc si vous voulez un bon conseil, oubliez « Le vin snob » et faites vous plaisir en achetant une bonne bouteille de vin d’Alsace…on en trouve d’excellents pour le prix du bouquin.

Archive des bonnes feuilles à déguster

L'été et les vacances approchent doucement, je me permets donc de vous rappeler quelques conseils de lecture publiés sur mes anciens blogs :

- Invignez-vous de Jacques Dupont (publié le 21/06/2013)

- Alsace, une civilisation de la vigne de Claude Muller (publié le 23/06/2012)

- Château Bordeaux de Corbeyran et Espe (publié le 05/03/2012)

- Les Ignorants d'Etienne Davodeau (publié le 20/01/2012)

- Le désir du vin à la conquête du monde de J.R. Pitte (publié le 26/02/2010)

- Les gouttes de Dieu de T. Agi et S. Okimoto (publié le 07/08/2009)

C'est du vin...et alors ? de Roland Lecarpentier (publié le 29/06/2009)

- Le vin mode d'emploi de Jacques Vivet (publié le 03/05/2009)

- Les Grands Crus d'Alsace de S. Dubs et D. Ritzenthaler (publié le 16/04/2009)

- In vino satanas de D. Saverot et B. Simmat (publié le 02/04/2009)

- Mes aventures sur les routes du vin de Kermit Lynch (publié le 01/04/2009)

- Le goût et le pouvoir de Jonathan Nossiter (publié le 01/04/2009)

 

Le dictionnaire amoureux du vin - Bernard Pivot

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J’ai longtemps hésité à acheter ce livre : auteur trop connu, sujet bateau et présentation un peu académique de la question…un dictionnaire, excusez du peu !
Cependant, lorsqu’en cherchant un peu de lecture pour accompagner mes instants de détente après-ski dans mon hôtel autrichien je suis tombé sur la version « poche » de cet opuscule, je me suis laissé tenter…et je dois avouer que j’ai pris un vrai plaisir à déguster ces pages rédigées par notre professeur de dictée favori.

Le livre regorge d’anecdotes personnelles racontées dans une langue truculente et raffinée…à l’image de cet auteur qui voue une passion au vin et à la bonne chère.

On se rend vite compte que ce dictionnaire est une forme d’autobiographie qui relate de nombreux évènements de la vie personnelle et publique de Bernard Pivot liés à la culture du vin.

Bien sûr, l’amateur averti relèvera quelques lieux communs et autres truismes, notamment sur les vins d’Alsace (GRRR !!!), mais ce ne sont que de petites réserves qui n’on limité en rien mon bonheur de partager ces moments de gourmandise.

Je vais même vous inviter à savourer deux morceaux choisis…à la bonne vôtre :

« Je crois que les femmes et les hommes dont l’enfance et l’adolescence ont couru les vignes ne sont pas tout à fait comme les autres. Ni pires ni meilleurs, mais d’une nature un peu différente, d’une sensibilité légèrement plus minéralogique. Le terroir a une si grande importance pour le vin qu’il en a forcément aussi, même si cela n’est pas mesurable, pour les personnes qui y ont grandi et s’y sont…cultivées. Dans l’intimité des vignes et des caves, on prend une mentalité de feuilletoniste. Au prochain chapitre ! A suivre, à suivre…avec le vin on n’en a jamais fini ».

« Le terroir, c’est la rencontre d’un sol qui a du talent, parfois du génie, toujours du caractère, avec un vigneron qui a du talent, parfois du génie, toujours du caractère ».

 

Antiguide du vin et de la vinasse - Stéphane Rose

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J’aime bien de temps en temps me faire chahuter par ce type de livre dont le but est de caricaturer certaines attitudes et comportements qu’on retrouve chez des groupes d’individus partageant des convictions, des passions ou tout simplement le même métier.
D’ailleurs, je lis toujours avec intérêt des ouvrages qui relèvent les travers des enseignants ou des fonctionnaires : certains me font rire, d’autres m’agacent mais tous me font plus ou moins réfléchir…

J’ai trouvé ce petit opuscule chez mon libraire habituel et je l’ai acheté sans hésiter, pensant que sa lecture me ferait passer un bon moment de détente tout en me rendant attentif à certains excès que ma passion a pu engendrer dans mes rapports à la chose vinique.

Hélas, dès les premières pages j’ai compris que je venais de perdre 6 euros (Collection « J’AI LU ») et que j’aurai du mal à arriver au bout des 150 pages de ce livre.

C’est mal écrit et l’humour gras et lourd de l’auteur suscite plus l’affliction que le rire.
On a droit à un ramassis incohérent de truismes et de platitudes souvent empreints d’une navrante vulgarité.

Exemple « Monsieur et madame spécial vin #6 : Monsieur et madame Champagne ont un fils comment s’appelle-t-il ?...Pippo » Tout est dit !!!

Conseil à suivre : gardez votre argent et allez chez un bon caviste…ou un bon vigneron : pour le prix de ce livre on trouve d’excellents sylvaners ou pinots blancs alsaciens.
A la vôtre !

Le vin d'Alsace a-t-il un avenir ? - Pierre Seltz

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« Le passé est la rampe de lancement vers l’avenir. (...) Celui qui ne sait pas d’où il vient ne peut savoir où il va car il ne sait pas où il est. »

Voilà en quelques mots la raison d’être de ce livre volumineux (540 pages) dense et solidement documenté écrit par l’un des vignerons emblématiques de Mittelbergheim.

Après avoir quitté son village en 1957 pour aller aux Etats-Unis, Pierre Seltz a été rappelé en Alsace 5 ans plus tard pour reprendre les rênes du domaine familial : il a laissé les grands espaces de l’Ouest américain pour revenir travailler sur les coteaux du piémont vosgien, mais son désir de voyage et d’ouverture au monde ne s’est jamais tari.

C’est un livre où l’histoire du vignoble alsacien tient une place prépondérante : une douzaine de chapitres chronologiques assez ardus à lire nous remettent en mémoire les grandes époques de la viticulture régionale. Bien évidemment Mittelbergheim reste le centre de gravité du récit mais dans son étude Pierre Seltz est amené à nous livrer des développements qui dépassent souvent le contexte local : en ce sens « Le vin d’Alsace a-t-il un avenir ? » est avant tout un livre d’histoire.

Dans la partie consacrée au XX° l’auteur change de statut en passant d’historien à témoin de l’époque : il nous fait partager des souvenirs de famille et son vécu personnel de fils de vigneron dans la France des années 30 jusqu’à la fin des années 50.
Ecrites avec beaucoup de sensibilité mais aussi avec ce regard distancié qui permet l’analyse ces pages m’ont particulièrement touché.

La dernière partie apporte quelques pistes pour répondre à la question du titre. Pierre Seltz a aiguisé sa plume pour pointer les responsabilités à tous les niveaux : le libéralisme sauvage, l’Europe, les prohibitionnistes français, les lobbies, les syndicats vignerons qui n’arrivent pas à coordonner leurs action mais aussi les vignerons qui ne sont pas toujours à la hauteur de leur tâche…

Pierre Seltz est un auteur érudit et militant qui s’appuie sur la glorieuse histoire du vignoble alsacien pour trouver des raisons de croire en des jours meilleurs…avec un bon verre de sylvaner Zotzenberg à la main je lui emboîte le pas sans hésiter !

 

Aux portes du vin - Isabelle Chrétien

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Virgile est un sexagénaire retraité des R.G. qui décide de léguer sa cave remplie de flacons prestigieux à Aurore, une jeune voisine qui ne connaît rien au vin.
Isabelle Chrétien nous raconte cette histoire d’amour originale entre un vieil œnophile passionné et une femme dans la fleur de l’âge qui ne s’intéresse absolument pas à la chose vinique.

Les grands crus – de Bordeaux surtout – offerts par Virgile à Aurore, servent de médiateurs entre ces deux êtres un peu paumés qui n’ont rien en commun à priori mais qui vont apprendre à se connaître et à s’apprécier grâce aux émotions que ces divins breuvages vont susciter chez Aurore…après le langage des fleurs, Virgile invente le langage du vin.

Isabelle Chrétien qui aime le vin autant que les mots nous gratifie d’un récit truffé de notes de dégustations très intéressantes et de quelques leçons précises et accessibles sur le vin.
Personnellement je regrette un peu que la sélection vinique soit trop largement dominée par des crus bordelais, mais quand on connaît son mentor on lui pardonnera facilement cet excès de chauvinisme régional.

Ceci dit, si l'amateur alsacien très éclectique a été un peu frustré par le parti pris girondin de l’auteur, le futur retraité et fou de vin s'est délecté de ce récit qui l'a fait rêver d'une vieillesse illuminée par une telle passion.

Ma cave est bien garnie et j'attends mon Aurore...